Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Tripoli (suite)

Aussi les comtes ne disposent-ils que d’un petit domaine localisé autour de Tripoli et dans les confins montagneux du haut Oronte, à partir desquels ils ont tenté, mais en vain, de conquérir Homs et Ḥamā ; l’occupation de ces villes leur aurait permis de consolider territorialement leur principauté. « Comtes de Tripoli par la grâce de Dieu », se succédant de mâle en mâle par ordre de primogéniture, ne gouvernant leur comté qu’en accord avec la Haute Cour des barons, les princes de la maison de Saint-Gilles sont secondés par des officiers dont la titulature est empruntée à l’Occident franc : sénéchal, chambrier, chancelier, connétable et maréchaux, ces derniers commandant une armée aux effectifs réduits (800 chevaliers lors du siège de Tortose en 1102 ; 200 chevaliers et 20 000 piétons en 1115), auxquels se joignent les forces des ordres militaires. Après les succès militaires (Mont-Pèlerin) de l’atabek turc de Mossoul Zangī, qui s’empare en 1137 des clefs du comté, Raphanée et Montferrand, Raimond II (1137-1152) confie en 1142 aux Hospitaliers les terres perdues, à charge pour eux de les reconquérir, ainsi que le principal château défendant la trouée de Homs, le célèbre Krak des Chevaliers, dont ils font en deux siècles l’un des chefs-d’œuvre de l’architecture militaire du Levant. Il concède ensuite en 1151 aux Templiers la citadelle de Tortose, puis la forteresse de Chastel-Blanc. Mais l’importance des seigneuries qui sont abandonnées à ces derniers contribue à réduire encore l’importance du domaine du comte, qui doit, en plus, accorder de coûteuses compensations aux seigneurs laïcs dont les biens sont ainsi amputés. Par contre, la ville de Tortose, qui est le port de Homs, et celle de Tripoli, qui sert de débouché aux villes musulmanes de Damas et de Mésopotamie, connaissent une grande prospérité économique, dont bénéficie la principauté, les échanges persistant grâce aux nombreuses trêves conclues avec les musulmans.


L’évolution

L’intervention du comte de Toulouse Alphonse Jourdain, qui, en 1148, tente de disputer le comté à son petit-neveu Raimond II et meurt empoisonné, et l’assassinat mystérieux de Raimond II en 1152 affaiblissent le comté de Tripoli ; celui-ci resserre ses liens de vassalité avec le royaume de Jérusalem sous le règne de Raimond III (1152-1187). Les rois Baudouin III et Amaury Ier exercent tour à tour la régence, le premier jusqu’à la majorité de Raimond III, le second pendant la captivité du roi par Nūr al-Dīn (1164-1172). Ayant à son tour assuré à deux reprises la régence du royaume de Jérusalem au nom de Baudouin IV (1174-1176) et de Baudouin V (1185-86), Raimond III joue un rôle essentiel dans la lutte contre Saladin (Ṣalāḥ al-Dīn). Bon connaisseur du monde musulman, il s’oppose à la guerre engagée par Gui de Lusignan contre Saladin. Ayant réussi à échapper au désastre de Ḥaṭṭīn, il meurt peu après sans enfants (1187), laissant sa principauté à son héritier le plus direct, Raimond IV d’Antioche (1187-1189?). Rattaché dès lors à la maison d’Antioche, le comté suit les destinées de cette principauté sous les règnes de ses princes Bohémond IV le Borgne (1189-1233), qui brise à partir de 1232 les derniers liens unissant le comté au royaume, et Bohémond V (1233-1251), qui en accentue l’italianisation par son mariage avec la princesse romaine Lucia, fille du comte de Segni, Paolo de Conti, et régente de Bohémond VI (1251-1275) au début du règne de ce dernier. Sous la direction des Embriaci, la féodalité tripolitaine engage alors la lutte contre la maison d’Antioche : blessant Bohémond VI sous les murs de Tripoli, Bertrand de Gibelet est assassiné en 1258 à l’instigation de la Cour ; en 1282, Guido II de Gibelet, ayant en vain tenté de s’emparer de Bohémond VII (1275-1287), est enterré vivant, ce qui incite les barons tripolitains à publier le « manifeste de 1287 » contre la domination de la maison d’Antioche et Barthélemy de Gibelet à faire proclamer en 1288 par les habitants de Tripoli la constitution d’une « commune autonome » sous le protectorat de Gênes. Par cette révolte contre la tentative de la sœur et héritière de Bohémond VII, Lucie, de se mettre en possession de la ville, la population chrétienne de Tripoli manifeste en fait, dans ses composantes italienne et provençale, son hostilité profonde à la dynastie romano-poitevine, sans doute pour des raisons culturelles et dialectales. Quelques mois plus tard, elle est massacrée par le sultan mamelouk Qalā’ūn, qui s’empare de Tripoli le 26 avril 1289. Dernier îlot de résistance contre l’offensive musulmane dans le comté, la forteresse tenue par les Templiers à Tortose est évacuée en août 1291. La Syrie franque a vécu.

P. T.

➙ Antioche / Croisades / Jérusalem / Latins du Levant (États) / Liban / Palestine / Syrie.

 M. W. Baldwin, Raymond III of Tripolis and the Fall of Jerusalem, 1140-1187 (Princeton, 1936). / C. Cahen, la Syrie du Nord à l’époque des croisades et la principauté franque d’Antioche (Geuthner, 1940). / J. Richard, le Comté de Tripoli sous la dynastie toulousaine, 1102-1187 (Geuthner, 1945) ; le Royaume latin de Jérusalem (P. U. F., 1954). / R. Grousset, l’Empire du Levant. Histoire de la question d’Orient (Payot, 1946).

Tripolitaine

Partie occidentale de la Libye* comprise entre la mer Méditerranée et le désert libyque.


Au début du Ier millénaire av. J.-C., les Phéniciens colonisent les côtes de Tripolitaine en fondant les cités d’Oea (Tripoli), de Sabratha et de Leptis Magna. Ces trois villes principales (Tripolis) donnent leur nom au pays et acquièrent une grande prospérité en drainant dans leurs entrepôts les produits de l’Afrique intérieure apportés par les caravanes, depuis le Soudan, à travers le Sahara.

Colonisée par les Grecs à la fin du vie s. av. J.-C., la Tripolitaine passe sous la domination de Carthage avant d’être abandonnée aux Numides (146 av. J.-C.). Occupée par les Romains (106 av. J.-C.), elle est incorporée à l’Africa Nova après Thapsus (46 av. J.-C.), puis à la province proconsulaire d’Afrique.