Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Trente Ans (guerre de) (suite)

L’empereur doit avoir de nouveau recours à Wallenstein, qui, au printemps de 1632, recrute une armée avec laquelle il chasse les Saxons, alliés des Suédois, de la Bohême, qu’ils ont envahie. Wallenstein se retourne alors contre les Suédois : installé dans un camp retranché à proximité de Nuremberg, il résiste aux assauts des armées de Gustave-Adolphe et les oblige finalement à évacuer l’Allemagne du Sud. Cependant, rattrapé par elles alors qu’il fait mouvement vers la Saxe, il doit livrer, le 16 novembre 1632 à Lützen, près de Leipzig, une terrible bataille qui voit la victoire des Suédois, mais dans laquelle Gustave-Adolphe trouve la mort.


L’internationalisation du conflit et la fin de la guerre (1634-1648)

Gustave-Adolphe éliminé, le commandement suédois se trouve désorganisé. Malgré l’assassinat de Wallenstein (févr. 1634), dont la puissance est devenue suspecte à l’empereur et aux autres princes ses alliés, les catholiques gardent l’initiative : le 6 septembre 1634, les Impériaux, avec Ottavio Piccolomini (1600-1656) à la tête de la cavalerie, achèvent la déroute des Suédois sous les murs de Nördlingen. Les protestants se soumettent de nouveau, et l’Électeur de Saxe signe avec l’empereur le traité de Prague (30 mai 1635), qui peut entraîner une paix générale.

Mais la France se décide alors à entrer elle-même dans le conflit en déclarant la guerre à l’Espagne (19 mai 1635). La défaite des Suédois et des protestants oblige en effet Richelieu à intervenir directement pour contrecarrer la dangereuse suprématie des Habsbourg.

Au début, l’entrée en guerre de la France, qui n’essuie que des échecs, influe peu sur l’évolution du conflit en Allemagne. Par contre, les hostilités s’étendent aux Pays-Bas, à l’Italie et à la Catalogne. L’année 1636 (prise de Corbie par les Espagnols) est désastreuse pour la France. La situation se redresse à partir de 1638, quand Bernard de Saxe-Weimar (1604-1639) s’empare de Brisach, empêchant ainsi les troupes espagnoles d’Italie de gagner les Pays-Bas. En 1642, les troupes françaises occupent le Roussillon et prennent Perpignan.

Ces revers incitent le nouvel empereur, Ferdinand III (1637-1657), à engager des pourparlers de paix (1644). Ceux-ci se poursuivront pendant quatre ans sans qu’il y ait de suspension d’armes, si bien que l’évolution de la situation militaire modifiera souvent l’échiquier diplomatique.

La victoire de Condé* à Rocroi (19 mai 1643) sur l’armée espagnole va permettre à la France de s’emparer, de 1643 à 1646, de Thionville, Gravelines, Courtrai, Mardyck, Furnes et Dunkerque et de menacer directement les Pays-Bas espagnols. En même temps, Mazarin, sur le champ de bataille allemand, s’appuie sur ses alliés suédois, dont les armées, commandées par Lennart Torstensson (1603-1651), seront victorieuses à Breitenfeld en 1642 et, dans leur marche sur Vienne, à Jankau en 1645. En 1644, il a suscité un nouvel ennemi à l’empereur en la personne du prince de Transylvanie, Georges Ier Rákóczi.

L’empereur, abandonné par ses alliés saxons (1645) et bavarois (1647), se résigne à traiter. La victoire de Condé à Lens le 20 août 1648, puis les succès de Turenne* et de Carl Gustav Wrangel (1613-1676) dans le Wurtemberg et en Bavière (bataille de Zusmarshausen, 17 mai 1648), prélude à la marche sur Prague et sur Vienne, précipitent les négociations.


Les traités de Westphalie et leurs conséquences

Les traités dits « de Westphalie » qui sont enfin signés le 24 octobre 1648 concluent les négociations menées à Osnabrück entre l’empereur, la Suède et les princes protestants ainsi qu’à Münster entre l’empereur et la France.

Les clauses territoriales attribuent officiellement à la France les Trois-Évêchés (annexés depuis 1552) ; la France reçoit en outre la plus grande partie de l’Alsace, moins Strasbourg, conserve Brisach et Pignerol et obtient le droit de tenir garnison dans Philippsburg. La Suède obtient la Poméranie occidentale, la ville de Wismar et les évêchés de Brème et de Verden, possessions qui lui assurent le contrôle du commerce allemand en mer du Nord et en Baltique.

Le Brandebourg s’étend à l’ouest (Kamień, Minden, Halberstadt avec l’expectative de l’archevêché de Magdebourg), et le Mecklembourg s’empare des évêchés de Schwerin et de Ratzeburg. Si la Bavière conserve le Haut-Palatinat, le Palatin retrouve le reste de ses États et un nouveau siège électoral. En outre, les Provinces-Unies et les cantons suisses voient leur indépendance de fait reconnue officiellement par l’empereur.

Les clauses constitutionnelles consacrent en droit la supériorité des États et les pouvoirs de souveraineté des princes et des villes libres à l’intérieur de leurs frontières comme dans les diètes d’Empire.

En matière religieuse, l’édit de Restitution est aboli et les biens ecclésiastiques annexés avant 1624 restent acquis. On interdit toute persécution, et le principe cujus regio, ejus religio reste de règle. On proclame également l’égalité absolue des protestants et des catholiques aussi bien au sein des diètes d’Empire que dans le collège électoral, qui est porté à huit membres.

Les traités de Westphalie posent pour un siècle et demi les bases d’une nouvelle organisation de l’Europe centrale, mais ils entérinent aussi les divisions religieuses de l’Empire et paralysent l’action du gouvernement central, représenté par l’empereur. L’Allemagne* est désormais vouée au particularisme : les princes y triomphent tandis que la puissance des Habsbourg y diminue. Elle est la grande perdante du conflit. Livrée à l’anarchie politique, anarchie que la France va s’efforcer d’y perpétuer, elle sort ruinée de la guerre, ayant seule supporté durant trente ans les exactions incessantes des armées de mercenaires, qui lui ont coulé 40 p. 100 de sa population rurale et 30 p. 100 de sa population urbaine. (Ainsi, Magdeburg a perdu environ 20 000 hab. sur les 30 000 qu’elle comptait pendant le sac de la ville par les troupes de Tilly, le 10 mai 1631.)

Si le nord-ouest et le sud du pays ont été relativement épargnés, la Saxe, la Silésie et surtout le Brandebourg, le Mecklembourg, la Poméranie et la Bavière ont été gravement touchés, comme la Bohême et la Moravie. Mais ce sont les régions rhénanes (Palatinat, Hesse, Alsace, Bade, Wurtemberg), axe de communication, qui ont été les plus ravagées.

L’Allemagne sort affaiblie, et pour longtemps, de ce conflit de trente années. Elle va se reconstruire autour de nouveaux pôles d’attraction : les grands États territoriaux qui la constituent. L’universalisme a désormais vécu ; l’empereur ne compte plus que comme souverain de ses États héréditaires, et Rome a échoué dans sa tentative de rétablir l’unité du monde chrétien.

P. P. et P. R.

➙ Allemagne / Bohême / Gustave II Adolphe / Habsbourg / Saint Empire romain germanique / Wallenstein.