Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

transplantation (suite)

Actuellement, on ne peut établir un bilan définitif de la transplantation cardiaque. Si les échecs augmentent régulièrement au fil des années suivant la greffe (50 p. 100 de survivants au bout de trois mois, 40 p. 100 au bout d’un an, 36 p. 100 au bout de deux ans), cette méthode a le mérite de s’adresser à des malades irrémédiablement condamnés à qui elle permet de donner un espoir malgré le risque immédiat.

Des progrès dans les transplantations d’organes (immunologie, traitement immunodépresseur) amélioreront le pronostic et le bilan de la greffe cardiaque, qui reste encore du domaine de la médecine de pointe.

J. L. S.


La transplantation du foie

Elle a été utilisée pour la première fois en thérapeutique humaine par T. E. Starzl (Denver) en 1963. Depuis, près de 200 cas ont été opérés, et les survies à un an approchent maintenant 30 p. 100. Cette transplantation pose des problèmes techniques délicats en raison du siège et de l’étroitesse des vaisseaux et des canaux à anastomoser, en raison des difficultés apportées à l’opérateur par la maladie pour laquelle on transplante (hypertension portale, volume hépatique), en raison des difficultés du prélèvement chez le donneur, enfin en raison de la complexité des troubles des grands métabolismes (équilibre acido-basique, ionique, glycémique) et de la coagulation qui accompagnent la maladie hépatique qui a justifié la greffe et la période hépatoprive (où le foie ne fonctionne pas). En contrepartie, le tissu hépatique étranger semble assez bien toléré par le receveur.


La transplantation du pancréas

Elle a été réalisée une trentaine de fois pour pallier les diabètes* graves depuis la première tentative sur l’homme par R. C. Lillehei et W. D. Kelly de Minneapolis (déc. 1966). Cette greffe est rendue délicate par la susceptibilité de l’organe, et l’on ne connaît encore que deux succès durables.


La transplantation de l’intestin grêle

Elle a été inaugurée également par R. C. Lillehei et W. D. Kelly en 1967. Elle ajoute aux précédentes greffes une difficulté supplémentaire, liée à la septicité de l’organe. La plus longue survie (presque un mois) a été obtenue par Claude Olivier (Paris).


Autres transplantations

Divers organes — rate, thyroïde, parathyroïde, surrénales, gonades et même thymus chez l’enfant — ont été transplantés. Mais, les indications de ces interventions restant encore exceptionnelles et discutables, elles n’ont pas fait l’objet de travaux cliniques approfondis.

Problèmes immunologiques des transplantations

Les phénomènes de rejet observés lors des transplantations et qui consistent en une destruction du greffon par le receveur sont de nature immunitaire. Le sang d’un individu donné contient des anticorps orientés contre tous les tissus, cellules ou protéines qui ne sont pas reconnues comme faisant partie du sujet. Toutefois, comme pour les groupes sanguins, il existe des groupes d’individus qui ont des anticorps tissulaires analogues et, par conséquent, dont les organes peuvent être transplantés d’un sujet à l’autre à l’intérieur du groupe ; on dit alors qu’il y histocompatibilité (compatibilité entre les tissus). L’histocompatibilité peut s’étudier sur les leucocytes, qui sont répartis en groupes dans un système dit HL-A (Human Leucocyte-Antigens) et sur la peau grâce à des greffes de peau.

Les leucocytes et les plaquettes sont porteurs d’antigènes d’histocompatibilité.

Le rôle majeur du système HL-A dans les problèmes d’histocompatibilité a été démontré par le parallélisme entre la compatibilité dans le système et la compatibilité de transplantation.

Des greffes de peau entre membres d’une même famille ont révélé que, lorsqu’elles avaient lieu entre frères ayant reçu les mêmes gènes HL-A paternels et maternels, et ayant donc une identité HL-A, elles évoluaient vers un succès, même en l’absence de traitements immunosuppresseurs.

De la même façon, pour la transplantation de peau ou de rein entre sujets non apparentés génétiquement, il paraît évident que l’existence des mêmes gènes HL-A est une condition primordiale du succès. Ce fait se vérifie de plus en plus à mesure que le nombre d’antigènes inconnus dans le système HL-A se réduit.

La compatibilité tissulaire est déduite de la comparaison immunologique entre les leucocytes du donneur et ceux du receveur. Une identité complète ou un nombre d’identités supérieur au nombre des incompatibilités est à exiger pour que la tolérance de la greffe soit satisfaisante.

Aussi, actuellement, les équipes de transplantations choisissent-elles les couples donneur-receveur en fonction de ces critères.


Problèmes moraux et médico-légaux des transplantations

À côté des problèmes médicaux purs, le développement des transplantations d’organes pose des problèmes moraux et médico-légaux dont les deux principaux concernent le donneur.


Qui peut être « donneur » ?

Le receveur ne cherche qu’à obtenir un transplant non malade venant d’un donneur non taré et dont le groupe tissulaire soit le plus favorable à la réussite de la greffe. S’il n’y a pas de problème juridique pour le don sans contrainte d’un organe pair comme le rein par un donneur adulte, il n’en est pas de même pour le prélèvement d’organe sur le cadavre. Celui-ci est un bien extrapatrimonial hors commerce, et la loi française et une convention européenne de 1958 interdisent de faire commerce du corps humain ou de ses parties, comme le sang. Traditionnellement, on suit le désir du défunt s’il a été exprimé avant sa mort, ou sinon de ses proches. La loi du 22 décembre 1976, relative aux prélèvements d’organes, précise les conditions dans lesquelles ceux-ci doivent être faits.


Quelles sont les limites de la mort ?

Puisque l’organe transplanté doit être vivant, il ne saurait être question qu’il subisse les altérations irréversibles qui surviennent après l’arrêt circulatoire (vingt minutes environ pour cœur, foie, rein, poumon...) [v. mort].