Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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transplantation (suite)

Principales transplantations utilisées en thérapeutique


La transplantation de moelle osseuse

Elle fut réalisée pour la première fois et avec plein succès en 1958 par Georges Mathé (Paris) sur les victimes de l’irradiation accidentelle de Vinca (Yougoslavie). Quelques autres greffes ont été réalisées depuis sur des malades porteurs de leucémie aiguë ou d’aplasie médullaire.


La transplantation rénale

C’est la transplantation d’organe qui a été l’objet de plus de travaux et d’applications cliniques. Cela se conçoit aisément, étant donné la grande facilité de prélèvement et d’implantation, qui l’a fait choisir par les premiers expérimentateurs, le caractère pair des reins, qui permet le prélèvement unilatéral chez un donneur vivant, et surtout la possibilité de vivre plusieurs mois sans reins à la suite de l’invention du rein artificiel par Wilhelm Johann Kolff (Hollande) en 1943.

Plus de 10 000 transplantations rénales ont été réalisées dans le monde. Il en est fait de 150 à 200 par an en France. Ces données expliquent que la greffe puisse bénéficier d’une organisation nationale et même internationale (France-Transplant). Dès qu’un rein dit « de cadavre » peut être recueilli, le receveur est choisi en fonction des groupes tissulaires du donneur sur la liste des malades en attente. Le receveur est convoqué en urgence dans un centre de transplantation, et le rein perfusé et glacé est transporté jusqu’à lui. L’implantation est ainsi faite moins de six à huit heures après le prélèvement. Ces greffes de rein de cadavre réussissent dans 50 p. 100 des cas, alors que les transplantations dans la fratrie réussissent dans 75 p. 100 des cas. Le succès est de 100 p. 100 entre jumeaux vrais.


La transplantation pulmonaire

Elle n’a encore été réalisée qu’une trentaine de fois depuis la première faite par Hardy (Jackson, 1963). Trois malades seulement ont survécu plus d’un mois ; la plus longue survie est de dix mois (F. Derom, Gand, Belgique). Les difficultés particulières viennent ici des aléas de la cicatrisation bronchique, de la fragilité du poumon à l’anoxie et au rinçage en hypothermie, des inégalités de pression et de volume entre le poumon sain greffé et le poumon controlatéral du malade resté en place, et, bien sûr, de l’absence de toute suppléance temporaire prolongée.


La transplantation cardiaque

C’est la transplantation vedette en raison du symbolisme lié au cœur. Dès son début en 1967, elle a fait entrer la transplantation dans le domaine des préoccupations du grand public.

Transplantation cardiaque, dite « greffe du cœur »

La greffe du cœur a pour elle la simplicité de sa technique, l’existence de la circulation extracorporelle, permettant de remplacer le cœur du malade pendant les deux heures que durent l’opération, la bonne tolérance du myocarde à l’anoxie et au refroidissement, autorisant même son implantation différée. Elle a contre elle la gravité des crises de rejet, que ne peut suppléer encore aucune assistance circulatoire prolongée.

Plus de 200 transplantations ont été réalisées dans le monde depuis la première, effectuée en 1967 par Christian Barnard au Cap grâce aux travaux expérimentaux de l’équipe de l’Américain Norman E. Shumway.

La greffe cardiaque est l’opération de la « dernière chance » pour des malades ne pouvant bénéficier d’aucun autre traitement, tant médical que chirurgical.

Cette intervention palliative justifie une rigoureuse sélection des receveurs ; ainsi, on refusera cette technique aux grands malades porteurs d’autres tares viscérales, comme un ulcère gastro-duodénal, un diabète. Il faut tenir compte de l’âge du malade (après la cinquantaine, le risque est très grand) et aussi de son niveau intellectuel pour sa coopération avec le personnel médical.

Quant aux donneurs, ils se recrutent chez des sujets en état de coma dépassé (mort irréversible du cerveau avec tracé électro-encéphalographique « plat »), mais avec intégrité du cœur.

On prélève le cœur du donneur très rapidement, en sectionnant les veines caves, les veines pulmonaires, l’aorte et l’artère pulmonaire. La préservation du greffon à très basse température est capitale. La technique de transplantation proprement dite repose sur les travaux de Shumway chez le chien : après mise en fonctionnement d’une circulation extracorporelle, on retire le cœur du receveur, puis on implante le greffon en suturant successivement les oreillettes, l’aorte et l’artère pulmonaire.

Si l’acte chirurgical ne pose pas de difficultés particulières, les suites postopératoires sont dominées par les problèmes immunologiques, c’est-à-dire ceux du rejet.

Il existe deux types de rejet : les crises aiguës et le rejet chronique.

Les crises aiguës sont précoces. Elles sont caractérisées par un grand remaniement du greffon, conduisant généralement à sa destruction. Le diagnostic doit être fait rapidement à l’aide de l’étude clinique, de l’électrocardiogramme et des examens sanguins pour tenter d’opposer un traitement efficace.

Le rejet chronique survient plus tardivement, à partir du cap du troisième mois. Il est caractérisé par des lésions coronaires (athérosclérose évolutive) et myocardiques (foyer de nécrose). Son diagnostic peut être difficile, et son traitement repose sur les substances immunodépressives.

Les immunodépresseurs sont destinés à diminuer la défense de l’organisme sur lequel on greffe un corps étranger, en l’occurrence le transplant cardiaque.

Le traitement comprend les corticoïdes (dérivés de la cortisone), le sérum antilymphocytaire (le lymphocyte est une variété de globules blancs qui assure, au mieux, la défense de l’organisme) et les substances « antimitotiques » (s’opposant au développement des cellules qui fabriquent les anticorps de rejet).

Ce traitement immunodépresseur présente cependant des complications, surtout infectieuses, par baisse des défenses immunologiques, et aussi sanguines (anémie par insuffisance de production globulaire par la moelle osseuse).