Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

autoroute (suite)

Les autoroutes de liaison

À quoi servent les autoroutes ? Comment sont-elles conçues, construites, financées ?

Les réponses données actuellement en France à ces différentes questions sont présentées ci-après pour les autoroutes de liaison. Les problèmes spécifiques aux autoroutes urbaines sont traités séparément.


Utilité des autoroutes de liaison

Les autoroutes de liaison, qui constituent actuellement les infrastructures routières les plus élaborées, sont des instruments efficaces pour améliorer et développer la circulation, grâce à la réduction des temps de parcours, du coût total des accidents, de la fatigue de conduite et, éventuellement, des frais de fonctionnement des véhicules. Les régions desservies par une autoroute bénéficient indirectement de ces avantages, favorables à leur aménagement.

Il est possible de préciser la notion d’utilité d’une autoroute en comparant les avantages précités aux dépenses de construction et d’entretien de l’ouvrage.

• L’amélioration et le développement de la circulation routière. C’est la première raison d’être des autoroutes. Celles-ci constituent actuellement l’infrastructure routière la mieux adaptée à l’écoulement de volumes importants de circulation, dans les meilleures conditions de rapidité, de sécurité et de confort. Une autoroute demeure d’ailleurs le seul équipement susceptible d’être envisagé pour les très forts trafics. C’est ainsi que les aménagements routiers de rase campagne les plus élaborés, et qui ne soient pas des autoroutes, sont les routes express à deux chaussées séparées. Ces routes possèdent l’ensemble des caractéristiques des autoroutes, si ce n’est la présence de croisements à niveau avec les routes traversières. En rase campagne, de tels aménagements ne permettent pas d’écouler de façon satisfaisante des volumes de circulation supérieurs, en moyenne journalière, à 15 000 à 20 000 véhicules, du fait de l’engorgement des routes traversières et des encombrements qui en résulteraient aux carrefours.

La réalisation d’une autoroute est en fait justifiée pour de moindres volumes de circulation sur les routes préexistantes si les avantages qu’elle procure sont suffisamment importants pour équilibrer son coût de construction et d’exploitation.

Les divers avantages procurés à la circulation routière par la construction d’une autoroute peuvent en effet être chiffrés, ce qui permet d’effectuer un bilan économique en comparant ces avantages, qui sont fonction du volume de la circulation, aux dépenses de réalisation de l’ouvrage. Les volumes journaliers moyens annuels de circulation justifiant économiquement la construction d’une autoroute de liaison sont ainsi actuellement en France de l’ordre de 10 000 à 15 000 véhicules sur les routes préexistantes.

• L’aménagement du territoire desservi. Une autoroute de liaison, qui permet une réduction importante des coûts de transport, est un facteur de développement des populations qu’elle dessert et favorise l’implantation d’activités industrielles, commerciales ou touristiques à sa proximité. Les deux phénomènes sont liés. Le développement démographique est surtout sensible au voisinage des autoroutes urbaines. Mais il peut ne pas être négligeable dans les agglomérations desservies par une autoroute de liaison, si ces villes présentent par ailleurs les autres conditions nécessaires à leur croissance. L’autoroute n’est, en effet, qu’un facteur de développement parmi d’autres, mais semble jouer souvent un rôle de « catalyseur de croissance ». L’implantation d’industries ou de commerces dans les régions desservies par une autoroute semble bénéficier de la réduction des coûts de transport surtout en ce qui concerne la liaison avec la clientèle potentielle et les possibilités de recrutement du personnel.

Il ne faut cependant pas négliger l’importance des transports par route de marchandises, qui présentent un essor très marqué : de 1955 à 1965, l’accroissement de ces transports avait été de 4 p. 100 en Allemagne occidentale (de 16 à 20 p. 100), de 6 p. 100 en France (de 23 à 29 p. 100), de 10 p. 100 en Grande-Bretagne (de 50 à 60 p. 100).

Les produits de l’agriculture et de la pêche ont leur part dans ces transports, concurremment avec les objets manufacturés.

Les autoroutes, par les gains qu’elles permettent sur les coûts de transport des marchandises, peuvent être des facteurs d’incitation au développement économique des régions desservies.

Les régions touristiques voient, elles aussi, leur développement rapidement assuré par des accès routiers faciles. En France, les autoroutes menant à la région du Languedoc-Roussillon constituent un facteur de développement des activités touristiques du littoral. Il en sera très probablement de même de l’incidence du réseau autoroutier des Alpes sur les stations alpines de sports d’hiver.

Le développement d’une région peut être ainsi largement tributaire de sa desserte par une autoroute de liaison, qui rapproche les zones de production et de consommation, attire et retient les populations dans des lieux d’habitat et d’emploi d’accès routiers faciles, et fait mieux connaître la région en y favorisant le passage. L’autoroute constitue dans ce cas un véritable outil d’aménagement du territoire.

Il ne faut pas omettre, cependant, d’indiquer que la réalisation d’une autoroute peut s’accompagner de certaines nuisances pour les régions traversées. En sus de l’expropriation des terrains nécessaires à l’implantation de l’ouvrage, la construction d’une autoroute perturbe les conditions d’exploitation des terrains agricoles traversés. Pour y remédier, le remembrement permet de remodeler les parcelles, compte tenu de la présence de la nouvelle infrastructure. Les ponts franchissant l’autoroute et les voies latérales éventuelles doivent assurer le rétablissement de toutes les communications, en respectant la catégorie des routes à rétablir. Les autoroutes de liaison en service en France en 1969 comptaient en moyenne un pont de franchissement routier tous les 1 à 1,5 km. Enfin, il peut être souvent remédié aux nuisances de bruit et de voisinage par des plantations judicieusement disposées.