Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

Tournai (suite)

À peu de distance s’élève la cathédrale Notre-Dame, commencée par la nef dans la première moitié du xiie s., avec ses quatre étages superposés et sa galerie haute extérieure très caractéristique. Plus original encore est son transept hérissé de cinq tours, terminé par des hémicycles au nord et au sud, voûté à la fin du xiie s. sous l’épiscopat d’Étienne de Tournai, qui avait été abbé de Sainte-Geneviève de Paris. Les portes Mantile et du Capitole, ornées de sculptures remarquables, y donnent accès. Derrière le riche jubé (1568-1573) de C. Floris* de Vriendt s’ouvre le chœur gothique, lumineux, qui tranche avec le reste de l’édifice ; construit au milieu du xiiie s., il s’inspirait des cathédrales de Soissons et de Cambrai. Il est relié à l’ancien évêché par une arche que surmonte la chapelle Saint-Vincent, élevée par l’évêque Étienne. Le trésor de la cathédrale abrite des pièces de premier plan : la châsse de Notre-Dame, achevée en 1205 par le célèbre orfèvre Nicolas de Verdun, avec ses figures antiquisantes en haut relief, et la châsse de saint Éleuthère, œuvre gothique du milieu du xiiie s.

La tenture de chœur gardée dans le trésor, qui représente l’histoire de saint Piat et de saint Éleuthère et qui fut tissée à Arras* en 1402, pose le problème des origines de la tapisserie tournaisienne : Arras ou Tournai ? Les spécialistes hésitent sur la provenance des plus anciennes tapisseries. Ce n’est qu’au milieu du xve s. que Tournai supplanta Arras sous l’action du duc de Bourgogne Philippe le Bon, mais les deux ateliers avaient des contacts constants et Tournai, comme Arras, fut d’abord un centre bourguignon. La tenture destinée à la salle du chapitre de l’ordre de la Toison d’or, fondé par Phillipe le Bon, y fut tissée. Elle est perdue, mais la tenture des Sacrements, exécutée vers 1475, subsiste en partie, dispersée. Elle fut sans doute offerte à l’église Saint-Quentin de Tournai par Pasquier Grenier, marchand de tapisseries et de vin, dont les fils Antoine et Jean prirent la succession. Ces marchands apparaissent aujourd’hui comme des intermédiaires entre les peintres des cartons, les artisans qui tissaient et la clientèle des princes. Pasquier Grenier fournissait les ducs de Bourgogne, ses fils eurent pour clients le cardinal Georges d’Amboise et Marguerite d’Autriche. Au xvie s., Arnould Poissonnier vendit des tentures à Maximilien d’Autriche. On tissait à Tournai des scènes historiques et bibliques, des pastorales, des verdures et même des scènes exotiques « à la manière du Portugal et d’Indye ». La plupart ne sont plus connues que par des contrats de commande et des comptes. On conserve des pièces ou des fragments des histoires de la guerre de Troie (cathédrale de Zamora), d’Alexandre, d’Esther et d’Assuérus, du Chevalier au cygne. Le déclin des ateliers commença avant le milieu du xvie s. à cause des guerres de Charles Quint, des épidémies et de la concurrence de Bruges et de Bruxelles*.

L’art tournaisien s’est manifesté encore sous d’autres formes. Le chœur (v. 1200) de l’église Saint-Brice est un des premiers exemples d’église-halle en Flandre. Saint-Jacques et Saint-Quentin contribuèrent à propager le style de la cathédrale. L’ancien collège des Jésuites et de belles façades d’hôtels sont les témoins d’un art classique du xviie s., noble et sévère, qui se poursuivit au xviiie dans l’abbaye Saint-Martin, transformée en hôtel de ville, et dans l’hôpital Notre-Dame, aujourd’hui académie des Beaux-Arts. Une manufacture de porcelaine donna, dans la seconde moitié du xviiie s., des produits d’une grande délicatesse. Enfin, le musée des Beaux-Arts, inauguré en 1928, est une œuvre représentative de l’architecte Victor Horta, un des maîtres de l’Art nouveau.

A. P.

 P. Rolland, la Cathédrale de Tournai (De Sikkel, Anvers, 1944) ; la Sculpture tournaisienne (Cercle d’art, Bruxelles, 1944). / La Cathédrale de Tournai (S. A. B. R. I., 1963).

Tournemire (Charles)

Compositeur français (Bordeaux 1870 - Arcachon 1939).


Après de brillantes études au conservatoire de sa ville natale, marquées par un premier prix de piano en 1881, il fut admis au Conservatoire de Paris, où il travailla le piano avec Charles de Bériot, l’harmonie avec Antoine Taudou, l’orgue, la fugue et la composition d’abord avec César Franck, puis avec Charles-Marie Widor, deux maîtres qui, tout en respectant son tempérament personnel et original, le marquèrent d’une empreinte profonde. Premier prix d’orgue en 1891, titulaire du grand orgue de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, il obtint, en avril 1898, à la suite d’un concours, la place laissée libre par Gabriel Pierné aux claviers du grand Cavaillé-Coll de Sainte-Clotilde. Cette tribune, que C. Franck avait rendue longtemps célèbre jusqu’en 1890, il allait l’illustrer à son tour pendant plus de quarante et un ans, en y déployant ses dons de compositeur et surtout de génial improvisateur.

Mystique, pèlerin de l’absolu, il a laissé une œuvre considérable et extrêmement variée, qui, malheureusement, n’est pas assez connue. On y relève, à côté d’œuvres de musique vocale (Recueil de sept mélodies, op. 25 et 28) et de pièces pour le piano (Poème mystique, op. 33, douze Préludes-Poèmes, op. 58), huit symphonies pour orchestre (dont une, la sixième, Symphonietta, avec chœur, solo et orgue, op. 48), quatre ouvrages pour le théâtre en treize actes (dont Les dieux sont morts, op. 42), des pièces pour le concert (le Sang de la sirène, op. 27), les Psaumes LVII et XLVI, op. 37 et 45, une trilogie : Faust, Don Quichotte, Saint François d’Assise, op. 52, la Queste du Saint-Graal, op. 54, l’Apocalypse de saint Jean, op. 63, la Douloureuse Passion du Christ (oratorio), op. 72, des œuvres pour musique de chambre (Sonates, op. 1 et 5, Suites, op. 4 et 11, Quatuor, op. 15, Trio, op. 22, Poème, op. 35, Sonate-Poème, op. 65).