Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Touraine (suite)

À l’exemple de l’architecture, les arts d’expression reflètent l’influence classique, unie à un réalisme fondamental. À Saint-Denis d’Amboise est conservé un gisant, dit « la Femme noyée », d’un réalisme saisissant. Quand Michel Colombe*, qui était berrichon, s’établira à Tours, il conservera, dans les monuments qui attestent son talent, notamment le tombeau du duc de Bretagne François II à Nantes, un certain accent naturaliste qui perce à travers son élégance italienne. Colombe a fait école : à son neveu Guillaume Regnault († 1532) est dû le tombeau de Louis de Poncher et de son épouse, de 1523, passé au musée du Louvre ; autres disciples du maître, Martin et Bastien François sont les auteurs, dans la capitale tourangelle, de la charmante fontaine de Beaune, de 1510. À Tours également vient s’établir, vers 1504, le maître florentin Antonio Guisto Betti (1479-1519), souche de la lignée des sculpteurs à laquelle appartient Jean Juste (1485-1549), auteur du monument funéraire de Louis XII et d’Anne de Bretagne à Saint-Denis*.

La peinture s’était manifestée avec éclat au Moyen Âge, non seulement par l’enluminure, mais par la décoration murale, dont il subsiste deux ouvrages importants : la Psychomachie qui décore la crypte de l’église de Tavant et la Vie du Christ de la chapelle Saint-Jean-Baptiste du Liget. Au xve s., Jean Fouquet* peint dans sa province de vastes compositions murales dont rien ne demeure. Jean Bourdichon (v. 1457-1521), enlumineur d’une vingtaine de manuscrits dont les célèbres Heures d’Anne de Bretagne, recueillies à la Bibliothèque nationale, est comme lui né à Tours. Mais ni l’auteur de la Déposition du Christ de Nouans-les-Fontaines ni celui du Triptyque de la Passion du Logis royal de Loches ne sont connus. À Tours vient s’établir en 1516 le maître flamand Jean Clouet*, peintre du roi. Au xviie s. s’illustrent Claude Vignon* et Abraham Bosse*, de Tours, Henri (1603-1677) et Charles (1604-1692) Beaubrun, d’Amboise, tous établis à Paris.

Les arts appliqués n’ont pas moins brillé en Touraine. Du xive s. date le chef reliquaire en argent doré de saint Adrien provenant de l’abbaye de Cormery et conservé à la cathédrale de Tours ; du xve le bras reliquaire de cristal enchâssé d’argent ciselé de l’église Sainte-Catherine-de-Fierbois ; de 1500 environ la célèbre nef de sainte Ursule, chef-d’œuvre de Pierre Rousseau, de Tours, dont Henri III fit présent à la cathédrale de Reims à l’occasion de son sacre. Les vitraux à grands médaillons du chœur de la cathédrale de Tours (xiiie s.) rappellent ceux de la Sainte-Chapelle de Paris ; nombreuses sont les verrières du xvie s. en Touraine, telles celles de Notre-Dame-la-Riche de Tours et le bel ensemble de la sainte chapelle de Champigny-sur-Veude. C’est à Tours que Louis XI instaura, en 1479, la manufacture de soierie qui créa le type de tissage armure dénommé « gros de Tours ». Aux ateliers tourangeaux de tapisserie du xvie s. est probablement due l’italianisante tenture de la Vie de saint Saturnin dont le château d’Angers conserve deux pièces et Langeais une. Le xixe s., enfin, a laissé, dans l’histoire de la céramique, un nom honorable, Charles Avisseau (1796-1861), de Tours, qui consacra son savoir à retrouver la technique de Bernard Palissy.

G. J.

 P. Vitry, Tours et les châteaux de Touraine (Laurens, 1905). / G. Lecointre, la Touraine (Hermann, 1947). / R. Ranjard, la Touraine archéologique (Gibert-Clarey, Tours, 1949). / Touraine romane (Zodiaque, La Pierre-qui-vire, 1957). / M. H. Bourdérioux, Châteaux et manoirs de Touraine (Nouv, Éd. latines, 1966). / D. Janson, Sites et monuments du Grand Tours (Centrale Diffusion, Tours, 1973). / G. Oury, Églises de Touraine (Nouv. Éd. latines, 1973). / P. Leveel, Indre-et-Loire (Delmas, 1975).

tourbières

Groupements végétaux installés dans des stations marécageuses horizontales ou en pente légère et dont les plantes, vivantes à leur partie supérieure, sont mortes en profondeur et donnent une substance très spongieuse, la tourbe, médiocre combustible, qui, ainsi formée, s’accumule en couches épaisses.



Conditions de formation

Pour l’établissement de tels peuplements, un certain nombre de caractéristiques écologiques sont nécessaires ; en dehors d’un sol mal drainé dû à une géomorphologie adéquate imposant la permanence d’une nappe d’eau qui s’établit, dans les périodes les plus sèches, à moins de 50 cm de la surface, il faut un climat le plus souvent frais et humide et tout un cortège de plantes tant supérieures que microscopiques. La transformation de la matière organique se fait très lentement, car le milieu, toujours gorgé d’eau et donc pauvre en oxygène, ne favorise pas l’action des bactéries. Cette décomposition des parties inférieures des plantes (destruction de la cellulose, des hémicelluloses et libération de la lignine) est conditionnée par des eaux limpides et le plus souvent des températures assez basses. Suivant le degré d’humidification et le milieu, il se forme des tourbes calciques, acides, blanches, brunes, grises, noires, fibreuses, feuilletées, limoneuses, à base d’herbes, de mousses ou de bruyères. Les botanistes distinguent différents types de tourbières suivant leur origine, la nature du substrat et la végétation qui s’y développe.


Tourbières basses

Ce type de formation végétale peut s’installer dans le fond des vallées calcaires à écoulement insuffisant, le long des rivières à courant faible ou des pièces d’eau. L’eau de ces marécages, provenant de ruissellement, est neutre ou alcaline (pH 7 ou 8). Leur forme non bombée les fait nommer « tourbières basses » ou « plates » (Flachmoor en allemand) et, comme ce sont des Mousses qui constituent leur population de base, on les désigne également par le nom de « tourbières à Hypnacées » ; enfin, leur croissance est centripète, c’est-à-dire que les parties les plus anciennes se trouvent à la périphérie. La tourbe formée dans ces stations est riche en cendres (15 p. 100) et donc mauvais combustible ; d’autre part, elle est moyennement riche en azote (rapport carbone/azote inférieur à 30). On lui donne parfois le nom de tourbe entotrophe ou mésotrophe. Les bords se caractérisent par la présence de peuplements de grands Carex (C. fusca, stricta, paniculata et vulgaris en montagne). Au centre, il arrive que l’on soit en présence d’eau libre où les Chara prospèrent. Dans certains cas, au milieu d’une vase fluente, ces grands Carex forment de très grosses touffes cylindriques (touradons) qui peuvent s’élever de 1 m au-dessus de l’eau. Sur les bords, on rencontre également des Graminées et des Joncacées et tout un cortège de plantes calcicoles telles que Parnassia palustris, Pinguicula vulgaris, Drosera longifolia. Mais ce sont les Mousses (Arcocladium, Drepanocladus, Philonotis) qui sont dominantes. Les parties les plus extérieures de la périphérie, les plus anciennes, peuvent être peuplées de Saules (Salix cinerea), de Peupliers et d’Aulnes (Alnus glutinosa en plaine et A. incana en montagne et dans le nord de l’Europe). La vie de ces populations est essentiellement liée aux modifications des facteurs édaphiques : si ces derniers sont très stables (humidité abondante constante), il n’y a pas de transformations nettes ; au contraire, s’il y a dessèchement, on constate une évolution vers la formation climax, qui est, en Europe moyenne, la forêt de Chêne pédoncule.