Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Touraine (suite)

 R. Dion, le Val de Loire (Arrault, Tours, 1935). / A. Dupuis et E. Millet, Pages tourangelles (Arrault, Tours, 1935). / E. Pépin, Histoire de Touraine (Boivin, 1935). / H. Guerlin, la Touraine (Laurens, 1947). / P. Leveel, Histoire de la Touraine (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1956 ; 2e éd., 1967). / Économie de la Touraine (Tours, 1965). / Y. Babonaux, Villes et régions de la Loire moyenne (Touraine, Blésois, Orléanais). Fondements et perspectives géographiques (S. A. B. R. I., 1966). / Visages de l’Orléanais-Touraine (Horizons de France, 1968). / F. Lebrun, Histoire des pays de la Loire (Privat, Toulouse, 1972).


L’art en Touraine

Tours a été pratiquement, durant le Moyen Âge, avec Paris et Lyon, l’une des capitales du pays français. C’est dans les monastères de Tours et de Marmoutier que s’est formée, sous l’influence d’Alcuin (v. 735-804), conseiller de Charlemagne, la calligraphie Caroline, substituée à l’ancienne cursive mérovingienne. À ces ateliers sont dus, outre la célèbre bible de Charles le Chauve, l’évangéliaire de Lothaire, conservé comme elle à la Bibliothèque nationale, celui de saint Gauzlin, que possède la cathédrale de Nancy. On observe, dans leurs enluminures, un premier essai de rendu réaliste, libéré du formalisme byzantin. L’architecture donnait aussi l’exemple d’une recherche originale. S’il ne reste que peu de vestiges de l’illustre basilique Saint-Martin de Tours, reconstruite au début du xe s. (avant de l’être de nouveau au début du xie s., puis aux xiie-xiiie s.), plusieurs églises dérivées d’elle, notamment celle de Cravant-les-Coteaux, offrent un appareil dont les pierres, de petite taille, sont disposées de manière à former décor. Tours était sur l’une des principales routes de pèlerinage conduisant à Saint-Jacques-de-Compostelle, et le Saint-Martin du xie s. avait bien des points communs avec les grandes églises qui jalonnent ce trajet, ainsi le déambulatoire à chapelle rayonnante permettant la procession de nombreux fidèles.

L’architecture civile, d’abord essentiellement militaire, crée en Touraine les châteaux forts à peu près contemporains de Langeais (994) et de Montbazon ainsi que le donjon de Loches (fin du xie s.), formidable édifice de plan carré, haut de trois cents pieds, aux murailles épaisses de neuf pieds. Chinon a conservé, bien qu’endommagées, ses trois tours rondes ; d’importants restes indiquent la disposition première des châteaux de Cinq-Mars (xie-xve s.) et du Grand-Pessigny (xiie-xvie s.) — ce dernier abritant dans sa partie Renaissance un riche musée de préhistoire, témoin de l’importante industrie du silex dont la région fut le lieu. Une ferme fortifiée du xiie s., à Meslay, constitue l’un des monuments les plus caractéristiques de la Touraine médiévale. Cette architecture défensive exclut naturellement l’ornementation. Les églises romanes même sont d’une remarquable sobriété : tout leur décor est intérieur, limité aux chapiteaux. Le portail historié de l’église Saint-Ours, à Loches, est unique en Touraine, comme sont uniques, mais dans tout l’art roman, les deux pyramides creuses qui surmontent sa nef. La gravité romane marquera longtemps l’architecture tourangelle ; et quand celle-ci s’initiera aux conceptions gothiques, elle le fera d’emblée dans un esprit de rationalité dont témoignent la cathédrale Saint-Gatien de Tours — reconstruite au xiiie s., mais achevée seulement au xvie —, le cloître de la Psalette attenant, l’église Saint-Julien (à clocher-porche roman), toujours à Tours, et quelques restes de la vaste cité abbatiale de Marmoutier — développement de la fondation du ive s. due à saint Martin. À Candes-Saint-Martin subsiste une église des xiie-xiiie s. à voûtes angevines, fortifiée au xve s.

Les conflits confessionnels du xvie s. ont éprouvé cruellement la Touraine et détruit nombre d’œuvres d’art. Par contre, la Renaissance a produit une floraison remarquable. Les forteresses se transforment en résidences. Dès le retour de Charles VIII, l’influence italienne est manifeste ; au château d’Amboise, sa capitale, Colin Biart (1460 - apr. 1515) construit les belles rampes spiraloïdes qui permettent aux cavaliers d’accéder au sommet des tours. Les châteaux de Langeais et d’Ussé, la chapelle du même château d’Amboise, l’oratoire d’Anne de Bretagne à Loches, la chapelle de Chenonceaux annoncent la révolution des styles. En 1515, Pierre Nepveu dit Trinqueau († v. 1542) commence la construction du palais de Chenonceaux, que Philibert Delorme reliera en 1556 à la rive gauche du Cher par une galerie à laquelle Catherine de Medicis fera ensuite ajouter un étage. Dès le début du xvie s. apparaît en Touraine un nouveau type d’architecture civile avec Azay-le-Rideau, construit entre 1518 et 1527 par Étienne Rousseau : ses tourelles encadrent un corps de logis aux baies largement ouvertes sur le paysage. Vers 1532 est rebâti Villandry, dont les jardins en terrasses ont été reconstitués au xxe s. avec leurs « broderies » de buis et leurs plans d’eau. Les maisons particulières à pans de bois et poteaux corniers sculptés abondent au xve et au xvie s. : Chinon, Luynes, Loches en conservent de beaux ensembles, et Tours même dans l’îlot des ateliers où se frappaient les écus « tournoys ».

L’introduction du dogmatisme vitruvien s’effectuera assez tardivement ; il en subsiste au moins un remarquable spécimen, tranchant sur la monotonie des formules classiques, l’ancienne église des Minimes, devenue la chapelle du lycée de Tours. Au xviiie s. est dû, dans la même ville, le pont à quinze arches (auj. pont Wilson) construit de 1765 à 1778 par un ingénieur du nom de Bayeux, prototype du pont de Pierre de Bordeaux. Du château de Chanteloup, domaine des Choiseul, ne reste que la curieuse « pagode » construite en 1775 par Nicolas Le Camus de Mézières (1721-1789) ; du précieux mobilier de Chanteloup, le musée des Beaux-Arts de Tours (installé dans l’ancien archevêché) a recueilli une pièce importante : une superbe commode en marqueterie estampillée par Jean Demoulin (1715-1798).