Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Toulouse (suite)

Institutions

• Extension et limite de la puissance territoriale du comté de Toulouse. Englobant le territoire compris entre la Garonne et le Rhône à deux exceptions près : celle du petit comté de Melgueil (auj. Mauguio) et celle du comté de Carcassonne et de Razès, l’État toulousain doit sa grande importance à son extension territoriale, à son indépendance à l’égard d’une monarchie trop lointaine, à laquelle elle a usurpé dès le ixe s. ses droits régaliens. Mais l’accaparement de ces derniers par les vicomtes, qui transforment leurs offices en fiefs héréditaires au xe s., limite considérablement la puissance territoriale des comtes de Toulouse. La maison vicomtale la plus importante est celle des Trencavel, qui est partagée en 1130 entre les trois fils de Bernard-Aton IV : Roger, vicomte de Carcassonne, Razès et Albi ; Raimond, vicomte de Béziers et d’Agde ; Bernard-Aton, comte de Nîmes. La maison vicomtale de Narbonne, héréditaire depuis le début du xe s., et secondairement celles de Bruniquel, de Lautrec, de Lodève, de Grèze et de Polignac, enfin les maisons seigneuriales de Sauve, d’Anduze et de Montpellier acquièrent leur indépendance en reprenant tout ou partie de leurs biens en fiefs de princes étrangers : comtes de Barcelone, devenus ainsi suzerains des Trencavel (pour le comté de Carcassonne en 1067) ou des comtes de Foix ; souverain pontife, dont le comte de Substantion (auj. Castelnau-le-Lez) et de Melgueil se reconnaît le vassal en 1085. Par ailleurs, à la faveur de la réforme grégorienne, les prélats s’affranchissent à la fois de l’autorité vicomtale et de la suzeraineté comtale. Enfin, la survie de nombreux alleux achève de limiter le pouvoir du comte de Toulouse, qui échappe par contre aux conséquences politiques du mouvement d’émancipation urbaine.

• Les éléments du pouvoir comtal. Les comtes ne conservent pas le monopole des pouvoirs régaliens : de nombreux vassaux laïques et ecclésiastiques s’octroient en effet l’usage du sceau, sans doute dès 1097 ; les comtes du Rouergue, les Trencavel, les vicomtes de Narbonne et surtout les comtes de Melgueil s’attribuent au xie s. le droit de battre monnaie, usurpé depuis longtemps par les comtes de Toulouse ; l’exercice de la haute justice se morcelle au bénéfice de nombreux seigneurs, mais les justiciables gardent pourtant un droit d’appel devant la cour de leur suzerain ; quant aux regalia, c’est-à-dire aux droits fiscaux, leur perception se morcelle depuis le xe s. au profit d’innombrables seigneurs, voire de simples bourgeois.

Cet émiettement de l’autorité du comte est compensé par des pratiques ou des institutions qui renforcent l’unité de l’État : adoption dès la fin du xie s. du droit d’aînesse, qui met fin aux partages entre fils ; mise en place certaine après 1050 d’une cour composée de grands officiers ayant compétence pour administrer l’ensemble des domaines du comte ; connétable (au moins dès 1060) ; chancelier expédiant et scellant des chartes comtales dès la fin du xie s. et prenant en charge la justice à la fin du xiie s. ; sénéchal en 1210. Enfin, des officiers subalternes et amovibles ont compétence en matière administrative et judiciaire (viguiers et sous-viguiers) ou en matière domaniale (baillis).

Renonçant au mirage oriental, mais hostile à la tentative faite par les comtes de Barcelone, devenus rois d’Aragon en 1137, de contrôler le Languedoc méditerranéen par l’intermédiaire des Trencavel, Raimond V (1148-1194) fait reconnaître en 1163 sa suzeraineté au vicomte de Carcassonne, à la vicomtesse de Narbonne, au seigneur de Montpellier. En 1176, il annexe le comté de Melgueil, puis il rétablit son autorité sur Nîmes et brise des révoltes soutenues par le roi d’Aragon.

Désireux d’acquérir en outre l’appui de l’Église, Raimond VI (1194-1222) accorde en 1209 la liberté totale des élections épiscopales dont bénéficie Toulouse depuis au moins 1105. Pour gagner celui de la bourgeoisie, il reconnaît en 1198 à Nîmes les prérogatives des consuls, dont les pouvoirs sont analogues à ceux qui ont été concédés par son père à Toulouse par les chartes de 1152 et de 1175.

La crise et l’effondrement de l’État toulousain

Accordant en 1154 de nombreux privilèges aux églises, autorisant en 1163 la vicomtesse de Narbonne à devenir leur vassale immédiate, nouant de bonnes relations avec les Trencavel, avec Guilhem de Montpellier, Louis VII, puis Philippe Auguste contrecarrent ce renforcement du pouvoir comtal.

En faisant hommage de son comté à Henri II en 1173, en prêtant hommage à Jean sans Terre pour l’Agenais et le Quercy, Raimond V et Raimond VI (1194-1222) écartent momentanément la menace capétienne.

Pendant un temps, la crise albigeoise semble devoir renforcer l’unité de l’État toulousain sous l’autorité de Simon de Montfort (v. 1150-1218). Chef des Français du Nord, ce petit seigneur de l’Île-de-France promulgue en effet le 1er décembre 1212 les 46 articles des statuts de Pamiers. Confirmant les privilèges de l’Église, assurant aux bourgeois et aux paysans une justice gratuite et libérale, distribuant enfin aux croisés vainqueurs les biens des hérétiques, Simon de Montfort écarte en outre à jamais la menace aragonaise à Muret le 12 septembre 1213. Reconnu comte de Toulouse par le IVe concile du Latran en novembre 1215, Simon de Montfort ne peut garder sa conquête, à l’intérieur de laquelle il introduit la coutume de Paris et les usages du nord du royaume.

Malgré la restauration de Raimond VI en 1217, et l’avènement sans heurt de son fils Raimond VII (1222-1249), la pénétration capétienne se poursuit donc.

À la suite de l’expédition de Louis VIII en 1226, le traité de Meaux-Paris incorpore en 1229 au domaine royal la partie méditerranéenne de cet État à la seule exception du comté de Melgueil, remis en fief par le Saint-Siège aux évêques de Maguelonne. Surtout, il impose à Raimond VII le mariage de sa fille et unique héritière, Jeanne de Toulouse, avec un frère de Louis IX : Alphonse de Poitiers. Contraint d’accepter la fondation en 1229 de l’université de Toulouse et l’établissement du tribunal de l’Inquisition en 1233, obligé en 1243 de signer le traité de Lorris après s’être vainement révolté en 1242, Raimond VII lègue à sa fille et à son gendre en 1249 un État dont l’administration est calquée en partie déjà sur celle du domaine royal : sénéchaux institués depuis 1210-1216 à Toulouse, à Agen, dans le Rouergue, à Carcassonne et à Beaucaire et qui ont en charge la justice et la défense avec l’aide d’une cour, compétente en particulier en matière financière, avec celle d’un lieutenant du comte dans le Toulousain et l’Albigeois et avec celle, aussi, de nombreux officiers subalternes : viguiers, bailes, chargés de surveiller certains seigneurs belliqueux, châtelains aux fonctions militaires, clercs enquêteurs, enfin, chargés de lever le fouage et autres impôts. Contrôlée par des enquêteurs envoyés dans le Quercy et l’Agenais en 1252, dans le Toulousain et l’Albigeois en 1266-67, cette administration s’avère efficace, malgré l’absence d’Alphonse de Poitiers et de son épouse. Après leur mort sans héritiers, elle facilite l’incorporation au domaine royal du comté de Toulouse en août 1271. Celui-ci a vécu.

P. T.

➙ Languedoc.