Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

Toulouse (suite)

Les fonctions


L’industrie

En un demi-siècle, Toulouse a été sensiblement industrialisée : 40 p. 100 environ des actifs sont aujourd’hui employés dans le secteur secondaire. Hormis quelques branches très anciennes, l’industrie est essentiellement due à des initiatives externes, privées ou publiques : aussi, l’emprise du capital extérieur est-elle très forte et les décisions, en la matière, échappent-elles pour la plupart aux milieux toulousains. Malgré la présence de quelques très grosses entreprises, dans le domaine de l’aéronautique et de la chimie essentiellement, cette activité est morcelée en une foule de petites affaires (les entreprises de plus de 100 salariés sont rares) dont un grand nombre même de caractère artisanal. Cette industrie est très variée, encore que l’aéronautique, le bâtiment et la chimie emploient la majorité de la main-d’œuvre.

L’aéronautique est le plus beau fleuron de l’industrie toulousaine. Fruit à l’origine d’initiatives privées (le repli de Pierre Latécoère en 1917), puis de la politique de repli stratégique (à l’écart des frontières menacées du Nord-Est) à partir de 1933, elle a conquis ses lettres de noblesse dans la construction à usage civil : après la réussite de la « Caravelle », l’avenir est toutefois plus incertain pour les programmes « Concorde » et « Airbus ». L’usine de la S. N. I. A. S. (Société nationale des industries aérospatiales) à Blagnac (qui emploie 8 500 personnes) est la pièce maîtresse de cette industrie, mais d’autres installations de fabrication de pièces (dans la banlieue nord), de réparation (ateliers d’Air-France à Montaudran) et de recherche viennent compléter la palette toulousaine. L’usine de l’Azote et produits chimiques (A. P. C.), fondée en 1919-20 sous le sigle O. N. I. A. (Office national industriel de l’azote), fournit essentiellement des produits agricoles, notamment des engrais ; elle emploie 2 500 personnes.

Si une puissante industrie de matériel électronique s’est développée depuis 1967 au Mirail et à Colomiers, elle ne doit pas faire oublier les branches traditionnelles de l’industrie toulousaine. Certaines sont avant tout destinées à satisfaire, tout au moins en partie, les besoins de l’agglomération : puissante industrie du bâtiment à main-d’œuvre (18 000 personnes) en majorité étrangère et travaillant largement hors de l’agglomération ; industries mécaniques et fabrication du meuble ; imprimerie (travaillant en partie pour l’édition parisienne) et édition ; industries alimentaires (laiteries, minoteries). L’abondance de la main-d’œuvre, en particulier de la main-d’œuvre féminine, a permis la croissance de toute une gamme d’industries alimentaires traitant des produits du terroir, alors que le négoce avait suscité le développement de la confection, qui, déclinant lentement, n’emploie plus que 700 personnes dans la ville.


La ville tertiaire et la métropole régionale

Ville industrialisée, Toulouse reste cependant davantage, comme la plupart des grandes cités, une ville d’activités tertiaires. S’y est perpétuée une active tradition de commerce. Certes, le petit commerce semble, surtout dans nombre de quartiers périphériques, avoir beaucoup souffert de la création de grandes surfaces particulièrement dynamiques et attractives. Magasin à succursales, assurant ainsi une fonction de redistribution, l’Épargne, vieille maison toulousaine, est passée sous la coupe du groupe stéphanois Casino. Mais le négoce des tissus étend son influence de Bordeaux à Montpellier et celui de la bonneterie intervient même dans la région nantaise et en Auvergne ; la maison Biec redistribue du café dans une cinquantaine de départements français. En fait, le rôle du négoce toulousain n’est vraiment incontesté que dans un rayon d’une centaine de kilomètres au maximum autour de la ville. Enfin, de puissantes entreprises collectent une part de la production agricole régionale.

Avec plus de 40 000 étudiants, Toulouse est une des villes universitaires les plus actives de France, et son dynamisme, dans ce domaine, a été récemment renforcé par une série de créations ou de décentralisations dans les domaines scientifique et technique. Elle s’enorgueillit, par ailleurs, d’être une des métropoles culturelles les plus anciennes de la province française, importante notamment dans le domaine de l’art lyrique.

Toulouse a été promue au rang de métropole d’équilibre, capitale de la Région de programme Midi-Pyrénées. Cette dernière correspondrait à l’aire d’influence de la métropole languedocienne si n’échappaient quelque peu à son attraction la partie occidentale de l’Armagnac (région de Condom), les confins du Quercy et du Périgord entre Souillac et Brive et toute la moitié orientale du département de l’Aveyron. Mais il est vrai que les confins orientaux du Bas-Languedoc (à l’ouest de Carcassonne) et même l’Andorre et le Val d’Aran gravitent dans la zone d’attraction toulousaine. Le développement de la fonction de métropole régionale a été très largement facilité par la construction d’une étoile de communications autour de la ville. Malgré la situation sur la Garonne, très faible est le rôle des voies d’eau, canal du Midi en direction de la Méditerranée, creusé au xviie s. par Pierre Paul de Riquet (1604-1680), et canal latéral de la Garonne (se substituant comme voie d’eau au fleuve), aménagé au xixe s. : sur ces canaux à très faible gabarit (150 t) où les écluses sont nombreuses et très rapprochées, le trafic est très réduit ; les échanges sont toutefois un peu plus forts à l’est de la ville qu’à l’ouest. La fortune toulousaine s’est en fait, depuis longtemps, surtout appuyée sur l’étoile routière aménagée dans la seconde moitié du xviiie s. (routes royales) et complétée au xixe s. par la pose d’un réseau ferré à peu près parallèle au précédent et qui fut très tôt électrifié (tout au moins pour ses lignes principales) par la compagnie du Midi. Aujourd’hui, Toulouse attend un regain de dynamisme des autoroutes Bordeaux-Narbonne (vers le Languedoc et la Méditerranée), dont la réalisation est proche, et Toulouse-Bayonne (vers l’Atlantique et l’Espagne), dont la construction est plus lointaine. Mais une dépendance sensible dans le domaine bancaire et dans nombre d’affaires vis-à-vis de Paris fait que Toulouse est aussi dans une certaine mesure tributaire de la capitale : tendances que renforcent la qualité et la rapidité des liaisons ferroviaires (le Capitole) et aériennes.

S. L.

➙ Garonne (Haute) / Midi-Pyrénées.