Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Tortues

Ordre de Reptiles* de la sous-classe des Anapsides, appelés généralement Chéloniens, que caractérisent un crâne massif sans fenestration, une carapace ostéodermique protectrice, des membres transversaux, un bec corné et qu’on rencontre dans tous les milieux (Tortues marines, palustres et terrestres).



Description générale

La carapace des Tortues, lorsqu’elle existe, est formée d’une dossière et d’un plastron unis latéralement et constitués de plaques osseuses dermiques auxquelles viennent se souder les côtes ; elle est recouverte de plaques cornées épaisses, desquamant en permanence, ou d’une peau coriacée. Il existe dix-huit vertèbres présacrées non mobiles, sauf au niveau cervical. Les ceintures pectorale et pelvienne sont situées dans la carapace. Les membres sont transversaux (humérus et fémur horizontaux). La langue est massive ou charnue. L’intestin est très long chez les Tortues terrestres — surtout herbivores —, plus court chez les Tortues aquatiques — surtout carnassières. L’ouverture cloacale est transversale ; l’organe copulateur du mâle est un pénis impair et médian. La vessie urinaire est d’origine allantoïdienne, et l’élimination des déchets azotés se fait sous forme d’urée. Le dimorphisme sexuel est faible et ne concerne guère que la taille. Les femelles sont plus grosses que les mâles chez les Tortues palustres et plus petites chez les Tortues terrestres. Toutes les Tortues sont ovipares et pondent de gros œufs à coquille souple, même les Tortues marines, qui reviennent sur les plages pour y déposer à sec plusieurs centaines d’œufs, qu’elles recouvrent ensuite de sable. À l’éclosion, les jeunes Tortues sont les proies des Oiseaux marins. Les Tortues sont renommées pour leur longévité exceptionnelle, qui semble se situer entre cinquante ans et un siècle.

On reconnaît assez aisément les Tortues terrestres, à carapace bombée et à membres en colonne (comme ceux des Éléphants) des Tortues aquatiques, à carapace plus plate et ovalaire, et à membres différenciés (palmure ou palette natatoire). Toutefois, la classification des Tortues se fait sur des caractères ostéologiques complexes, que nous ne pouvons donner ici. On distingue deux grands sous-ordres : celui des Cryptodires, chez lesquels la tête est rétractée sous la carapace, en cas de danger, par flexion du cou dans un plan vertical, et celui des Pleurodires, chez lesquels la flexion est latérale.


Cryptodires

On distingue cinq superfamilles chez les Cryptodires.


Testudinoïdes

Des plaques cornées. Jamais de palettes natatoires. Doigts à trois phalanges au plus. Trois familles principales.

• Chélydridés. Tortues d’eau douce américaines, connues depuis l’Éocène, appelées souvent Tortues voraces. Elles sont en effet très carnassières et agressives ; elles se déplacent facilement à terre, mais nagent mal. Citons Chelydra serpentina, la Tortue happante, vivant du Canada au Brésil et qui peut atteindre une trentaine de centimètres, Macroclemmys Temmincki, la Tortue-Alligator, de l’est des États-Unis, qui peut dépasser 100 kg et vit camouflée sous les Algues qui recouvrent sa carapace, ainsi que des espèces de plus petite taille, appelées Tortues boueuses (genre Kinosternum) ou Tortues musquées (genre Sternothærus).

• Émydidés. Tortues d’eau douce à carapace aplatie et à membres palmés. On y trouve une quarantaine de genres et plus de deux cents espèces, surtout asiatiques ou américaines. Deux espèces européennes, dont une présente en France, la Cistude (Emys orbicularis), et l’autre en Espagne et dans les Balkans (Clemmys leprosa), et qui fréquentent surtout les marais. Parmi les espèces américaines, citons Pseudemys scripta, aux vives couleurs, fréquemment élevée par les aquariophiles et dont l’accouplement est précédé d’une danse nuptiale rare chez les Tortues et Terrapene carolina, la Tortue-Boîte, dont une articulation du plastron permet la fermeture presque hermétique de la carapace.

• Testudinidés. Tortues terrestres à carapace bombée, à doigts à deux phalanges, à membres en colonne, vivant en pays chauds et tempérés. Des sept genres connus, un est américain, cinq sont africains et malgaches, et le dernier, Testudo, est presque ubiquiste. On y trouve des formes géantes, présentes aux Seychelles (T. gigantea) et aux Galápagos (T. elephantopus), dont les adultes peuvent atteindre 500 kg, et des formes de petite taille, comme la Tortue grecque (T. græca) ou l’espèce française (T. Hermanni), présente le long de la côte méditerranéenne. Toutes ces Tortues sont herbivores, et beaucoup creusent des terriers pour passer la mauvaise saison.


Chélonioïdes

Carapace aplatie, membres en palettes natatoires, tête volumineuse non rétractile, mœurs marines. Une seule famille, celle des Chélonidés, connue depuis le Crétacé. On n’y compte que quatre espèces, toutes cosmopolites des mers chaudes, effectuant de longues migrations : la Caouanne (Caretta caretta), Carnivore, qui peut atteindre 1,30 m et dont on mange les œufs ; la Tortue verte (Chelonia mydas), herbivore, dont on mange les œufs et la chair ; le Caret, ou Tortue à écailles (Eretmochelys imbricata), autrefois recherchée pour ses écailles ; enfin la Tortue bâtarde (Lepidochelys olivacea), la plus petite, qui ne dépasse pas 80 cm.


Dermochélyoïdes

Pas de carapace. Une seule famille et une espèce unique, Dermochelys coriacea, dite « Tortue-Luth » ou « Tortue-Cuir », la plus grande des Tortues actuelles, qui peut dépasser 2 m de long, 3 m d’envergure et 400 à 500 kg. Présente dans toutes les mers tropicales, elle se nourrit surtout de Poissons.


Carettochélyoïdes

Carapace recouverte de peau épaisse, sans écailles, membres en palettes natatoires. Une espèce, Carettochelys insculpta, des eaux douces et des estuaires de Nouvelle-Guinée.


Trionychoïdes

Carapace sans écailles épidermiques, palettes natatoires avec hyperphalangie. Une seule famille de Tortues d’eau douce, dites « Tortues molles », carnassières et très agressives. La plupart des espèces sont africaines ou asiatiques ; le genre Trionyx a également des espèces en Amérique du Nord. T. triunguis, d’Afrique, peut atteindre 1 m de long pour une cinquantaine de kilos.