Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Tōkyō (suite)

En avril 1868, l’armée impériale entre à Edo, que quitte le quinzième shōgun Tokugawa ; l’empereur y arrive à la fin de l’année et s’installe bientôt au château. La ville, rebaptisée Tōkyō (« Capitale de l’Est » par opposition à Kyōto), va devenir le centre d’un État centralisé à l’occidentale, et les anciens fiefs sont remplacés par des départements dépendant de Tōkyō. Celle-ci s’ouvre en même temps aux étrangers (après deux siècles et demi d’isolement du pays), qui s’installent au sud de la capitale, sur la plage de Yokohama*, où ils édifient des comptoirs. En 1872, une voie ferrée unit son port à la capitale, que hérissent déjà des poteaux télégraphiques et où les premiers bâtiments de pierre, abritant ministères et banques, apparaissent dans le centre.

Une intense immigration fait accourir alors vers la jeune capitale la population excédentaire des campagnes, où la retenait jusque-là l’interdiction shogunale de changer de résidence. Entassés dans des dortoirs et peu payés, les jeunes ruraux sont toujours en surnombre et le chômage sévit, développant un sous-prolétariat misérable. Une bourgeoisie se forme simultanément : marchands qui se lancent dans les affaires, militaires convertis au commerce et à la banque, fonctionnaires s’installant à Yamanote, tandis que les usines demeurent à Shitamachi, où s’étendent les quartiers ouvriers. À la charnière de ces deux ensembles, le centre se développe : quartier d’affaires de Marunouchi, en bordure du palais, artère commerçante de Ginza avec ses magasins à la mode et ses restaurants. La pierre et la brique remplacent le bois peu à peu dans ces quartiers centraux, reflétant selon leur style le goût du jour. D’immenses incendies ravagent périodiquement la ville ; le dernier, qui accompagne le grand séisme de 1923, achève de rayer du plan de Tōkyō les constructions de l’âge féodal. En 1944-45, les bombardements ne feront pas moins de dégâts, réduisant le nombre d’habitants de l’agglomération de 11 à 5 millions et détruisant 700 000 maisons. En 1956, la ville recouvre sa population d’avant guerre ; elle poursuit sa croissance, expression désormais du boom économique du pays.

L. F. et J. P.-M.


L’administration

La région métropolitaine de Tōkyō (Tōkyō-to) est divisée en 23 arrondissements, 23 villes, 9 bourgs et 9 villages. Chaque arrondissement est géré par une assemblée et un maire, élus pour 4 ans. Le gouverneur, élu par l’ensemble de la population, administre la région métropolitaine à l’aide d’une assemblée de 126 membres élus pour 4 ans. Celle-ci se réunit 4 fois 30 jours par an et élit un président de statut égal à celui du gouverneur. Les organes administratifs comprennent 15 bureaux spécialisés, des agences de nature diverse, des conseils adjoints relevant du gouverneur, 3 services publics (transports, eaux, égouts) et le service des incendies. Le gouverneur nomme en outre des commissions administratives (éducation, expropriation, élections, sécurité publique, pêcheries). Cet ensemble représentait 108 000 fonctionnaires en 1972. L’extension rapide de la conurbation à travers les municipalités voisines rend délicate l’action de cette administration, étant donné la vive tradition d’autonomie locale qui existe au Japon à tous les niveaux de la collectivité. Le budget métropolitain s’est élevé en 1971 à l’équivalent de 11 milliards de francs ; ses ressources proviennent surtout des taxes annuelles des habitants (23 p. 100 du total des impositions payées par les Japonais) ; il est en déficit depuis 1961, en raison des lourdes ponctions qu’y opère l’État.

Au total, la croissance de la plus vaste agglomération urbaine du monde s’est effectuée au milieu de grandes difficultés. Les conditions naturelles ont un caractère d’hostilité marqué, notamment l’instabilité du sous-sol (séismes), le fond de la baie étant l’une des aires d’acuité maximale au Japon. Le grand séisme de 1923 a détruit 500 000 maisons et fait 150 000 victimes, en raison surtout de l’incendie qui l’a accompagné. La maison traditionnelle en bois s’écroule en effet sur le foyer et prend feu immédiatement ; les typhons agissent dans le même sens en exerçant des pressions redoutables sur ces constructions sans fondation. Le feu enfin lui-même a sévi plusieurs fois par siècle et, s’ajoutant (à l’époque féodale) aux épidémies et à la disette, a marqué d’épisodes tragiques l’histoire urbaine. Cette ambiance générale d’insécurité continue de marquer la croissance de la ville, mais ces fréquentes altérations de son visage n’en ont pas pour autant suscité le rajeunissement. Tōkyō demeure, des grandes capitales du monde, celle qui a reconnu le plus tard (depuis la Seconde Guerre mondiale seulement) les nécessités de l’urbanisme moderne. Le manque de capitaux et la spéculation ont maintenu jusqu’à ce jour une remarquable anarchie dans la croissance urbaine, encouragée par l’impuissance chronique de l’administration métropolitaine.


La population

Tōkyō avait 500 000 habitants en 1721, 2 millions en 1925, 6,7 millions en 1940, 8 en 1955. En 1971, sa population était officiellement de 11 477 000 personnes, dont 5 820 000 hommes et 5 657 000 femmes. Cet accroissement est le résultat d’une fécondité naturelle élevée et de migrations considérables. La fécondité varie selon les arrondissements de 56 à 142,5 naissances vivantes pour 1 000 femmes de 15 à 49 ans. La mortalité est plus faible que dans le reste du pays (la différence étant moindre pour la mortalité infantile). Par contre, au-delà de 35 ans, le taux de mortalité est assez élevé par rapport à la moyenne nationale. La densité de la région métropolitaine est de 5 377 habitants au kilomètre carré. La moyenne des arrondissements résidentiels est d’environ 24 177 (Nakano), ceux du centre (densité nocturne) accusant des chiffres de 8 000 à 13 000 seulement. Les 23 arrondissements reçoivent environ 2 millions de personnes chaque jour des préfectures et municipalités limitrophes. Parmi eux, le groupe de ceux dont la population diurne excède la population nocturne forme une tache ramassée au centre : Chiyoda, où ce rapport est de 250 p. 100, Chūō (200 p. 100), Minato, Shinjuku, Bunkyō, Taitō et Sumida (150 p. 100). Autour se trouvent certains quartiers où la population demeure constante, les sorties équilibrant les entrées ; enfin, la couronne des secteurs résidentiels est plus peuplée la nuit.