Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

tissage (suite)

Après la crise révolutionnaire, durement ressentie par le textile, Napoléon fit orner ses résidences d’étoffes tissées pour le règne précédent et exigea que les costumes de cour fussent en soie. Les motifs comme l’aigle, l’abeille, la palmette apparaissent pour peu de temps. Puis on imita beaucoup les styles antérieurs, un certain renouveau se manifestant avec le second Empire. C’est l’époque où l’industrialisation, qui éloigne l’artiste de la production manufacturée, provoque les premières réactions, comme celle du mouvement des Arts and Crafts en Grande-Bretagne : William Morris (1834-1896) et Charles F. Annesley Voysey (1857-1941), s’inspirant de la Perse et de l’Inde, mais beaucoup aussi de la flore naturelle, dessinèrent pour le tissage. Dans le même esprit se situent les créations du Deutscher Werkbund. En 1900 fut présentée à Paris la Maison de l’Art nouveau, puis en 1907 une exposition de toiles de Jouy : la manufacture de toiles imprimées fondée en 1759 à Jouy-en-Josas par Christophe Philippe Oberkampf (1738-1815) s’ouvrait à de nouvelles créations. Le même mouvement d’idées conduisit à la fondation du musée des Arts décoratifs de Paris, à celle de musées d’art et d’industrie en province. Les grands créateurs s’intéressèrent aux tissus, et Raoul Dufy* lui consacra de nombreuses et charmantes compositions. Le Bauhaus* comprenait une section de dessin pour étoffes, et il faut rappeler ici les réalisations de Johannes Itten, introduisant le décor abstrait dans un domaine où triompha également Sonia Delaunay*.

E. P.

➙ Broderie / Tapisserie.

 R. Cox, les Soieries d’art, des origines à nos jours (Hachette, 1914). / E. R. Flemming, Encyclopedia of Textiles (Londres, 1927 ; nouv. éd., 1958). / G. Gilonne, L. Bret, J. Nicout et J. Keck, Dictionnaire pratique des tissus (Bosc Frères et Riou, Lyon, 1930). / M. Beaulieu, les Tissus d’art (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1953 ; 2e éd., 1965). / D. Devoti, L’Arte del tessuto in Europa dal xii al xx secolo (Milan, 1974).

tissu animal

Au sens strict, ensemble de cellules différenciées, anatomiquement comparables et assurant des fonctions identiques.



Introduction

Alors que la notion de cellule* était individualisée dès le milieu du xviie s., il a fallu attendre le début du xixe s. pour que soit défini le concept de tissu (Bichat). Il subsiste d’ailleurs encore des ambiguïtés, l’usage désignant comme tissu chez l’embryon un ensemble de cellules issues de l’un des trois feuillets fondamentaux et qui, n’ayant pas achevé leur différenciation, ont conservé certaines de leurs potentialités embryonnaires. De même, au cours de la morphogenèse régénératrice, le blastème est qualifié de « tissu compétent », sur lequel s’exercent les actions inductrices. Dans ces conditions, il est indispensable de préciser qu’il s’agit de tissus embryonnaires indifférenciés ou dédifférenciés. Ci-dessous, il ne sera pas question de ceux-ci, mais des tissus spécialisés. Au cours des étapes du développement embryonnaire, les tissus d’un Métazoaire s’individualisent, acquièrent des relations anatomiques et fonctionnelles pour constituer des organes*, tous dérivés, en dernière analyse, de la cellule initiale : l’œuf. L’étude de la formation des tissus (histogenèse) est donc inséparable de celle de la différenciation. Celle-ci achevée, on distingue habituellement, sur des critères morphologiques et physiologiques, cinq catégories principales de tissus : épithéliums, conjonctifs, tissus vasculaires, tissus musculaires, tissus nerveux.


Les tissus épithéliaux

Constitués de cellules généralement jointives, bien délimitées, disposées en une seule (épithélium simple) ou en plusieurs assises cellulaires (épithélium stratifié), ils sont localisés à la surface du corps ou participent à l’architecture de la paroi interne des organes creux. Leur face profonde repose presque toujours sur une basale anhiste, alors que, du côté apical, le long de leurs faces latérales, les membranes des cellules voisines sont soudées, l’espace intercellulaire oblitéré (bandelette obturante). D’autres dispositifs participent encore à la cohésion de l’ensemble : engrenages, desmosomes (fig. 1).

Des critères morphologiques de classification sont utilisés ; on parle d’épithéliums cubiques, cylindriques, pavimenteux... (fig. 2). Ces distinctions n’ont qu’un intérêt relatif, la forme des cellules changeant sous l’effet de contraintes mécaniques ou d’une assise à l’autre. Il est préférable de classer les tissus épithéliaux selon les fonctions principales qu’ils assument. On reconnaît alors des épithéliums de revêtement et des épithéliums glandulaires.


Les épithéliums de revêtement

Ils sont périphériques et jouent un rôle dans les échanges, la sensibilité et la motricité, la protection... Ils présentent souvent des adaptations morphologiques en relation avec ces fonctions : microvillosités (= bordure en brosse) augmentant les surfaces d’échanges des cellules intestinales, stéréocils de cellules sensorielles, cils vibratiles propulsant les liquides à la surface des voies aériennes chez les Vertébrés terrestres, cuticules ou phanères à rôle protecteur... On interprète de la même façon la fabrication de mucus par certaines cellules, qui, isolées ou groupées, constituent alors des glandes.


Les épithéliums glandulaires

Les cellules spécialisées dans l’élaboration de substances particulières s’accumulant dans le cytoplasme sous la forme de grains de sécrétion constituent des glandes* en tubes ou en ampoules (acini), le plus souvent regroupées en unités d’ordre supérieur : grappes d’acini ou tubes ramifiés. À cette distinction se superpose une classification physiologique : la sécrétion est mérocrine si les produits sont exportés à travers la membrane (fig. 1) ; c’est le cas des glandes annexes du tube digestif ; elle est holocrine lorsque la cellule tout entière se fond dans le produit d’élaboration. On distingue en outre des glandes exocrines, dont les produits sont rejetés à l’extérieur de l’organisme, directement ou par l’intermédiaire de tubes, et des glandes endocrines, dépourvues de canaux excréteurs et qui, secondairement, ont perdu leur connexion avec l’épithélium dont elles dérivent. Les produits élaborés passent alors dans le sang ou la lymphe, et c’est le milieu intérieur qui assure la liaison entre organes élaborateurs et organes effecteurs.