Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

tir (suite)

En 1914-1918, on tire, dans des mortiers lisses, des projectiles stabilisés par un empennage à ailettes monté à l’arrière, tout comme les bombes d’avion ; ils basculent parfois sur leur trajectoire. Ce fait sera expliqué vers 1950, et attribué aux défauts du projectile (mauvais alignement, balourd) qui entraînent sa mise en rotation spontanée jusqu’à l’apparition d’une résonance entre roulis et tangage. Un contrôle strict des fabrications a permis d’y remédier. Aujourd’hui, on tire avec précision des empennés à grande vitesse initiale dans des canons de chars. Enfin, la stabilité des projectiles autopropulsés, ou roquettes, a fait l’objet, depuis 1950, de nombreuses études (L. Davis, Helmuth Molitz, etc.) : pendant la phase de propulsion, ceux-ci remontent dans le vent au lieu d’être déportés par celui-ci. Plus récemment, on a étudié la stabilité d’un projectile d’artillerie recevant momentanément l’appoint d’une propulsion (E. Cartoux). On appelle balistique terminale celle qui est consacrée à l’effet des projectiles à l’impact ou en fin de trajectoire.

R. S.


Le tir des blindés

Dans les engins blindés, appelés à être normalement engagés dans des combats de rencontre, le tir constitue l’acte tactique essentiel et il présente des caractéristiques très particulières. Il s’effectue, de jour comme de nuit, à partir d’engins très mobiles, toujours à vue directe et le plus souvent sur des chars qui sont des objectifs ponctuels, fugitifs et puissamment armés. Le succès appartient donc à celui qui tire le premier et au but. La vitesse est un facteur capital non seulement pour l’efficacité, mais aussi pour la survie. On a coutume de dire, en effet, que le premier coup au but est normal et que, si le deuxième coup, en cas d’erreur, peut assurer la sauvegarde, le troisième coup sur un même objectif équivaut à un suicide. C’est pourquoi tout est mis en œuvre pour réduire au minimum les délais nécessaires aux équipages pour procéder aux différentes opérations de tir. Ces opérations, dont certaines peuvent d’ailleurs être effectuées simultanément, demandent de toute façon un certain temps. Il faut, notamment, observer et identifier l’objectif, en évaluer l’azimut et la distance, qui détermine la hausse, transférer les données du tir et les afficher dans les instruments de visée du tireur, charger la pièce, orienter la tourelle, ouvrir le feu. Il faut aussi tenir compte de la vitesse et de la cadence de tir des pièces ainsi que de la durée du trajet des projectiles jusqu’aux objectifs. Enfin, dans les phases de recherche et d’acquisition de l’objectif, les délais varient considérablement suivant que la tourelle est ou non déjà approximativement orientée dans la direction de cet objectif (de 15 à 30°). À titre d’exemple, sur un char français « AMX 30 », dont la tourelle a une vitesse de rotation extrêmement rapide, un équipage compétent ne peut acquérir un objectif, placé sur an azimut de l’ordre de 100°, en moins le 20 secondes. Les équipages doivent donc recevoir un entraînement très poussé et disposer de matériels et d’équipements de plus en plus perfectionnés : tourelles à commande électrique ou hydraulique pour un pointage rapide et précis en dépit de leur lourdeur et du poids des tubes, stabilisateurs de tourelles, pièces à tir rapide et à chargement automatique, matériels d’optique et de tir tels que la précision du premier coup soit absolue (épiscopes, lunettes de visée, correcteurs de tirs, télémètres, radars), commande prioritaire du chef de char se substituant, le cas échéant, à celle du tireur, etc. Certains chars modernes possèdent un télémètre-laser et une mitrailleuse de réglage de 12,7 mm dont la balistique est presque identique à celle du canon pour les distances moyennes. D’autres sont équipés d’un projectile antichar rapide autopropulsé ayant une grande vitesse (7 s pour 3 km), utilisé dans un canon classique de 142 mm permettant l’emploi d’une munition complémentaire antipersonnel.

Déjà difficile de jour, le tir des blindés devient encore plus délicat la nuit. Il est alors nécessaire d’utiliser soit certains procédés comme les tirs repérés ou l’éclairage du champ de bataille par mines, grenades, fusées ou projectiles éclairants, soit des aides techniques de plus en plus élaborées telles que les intensificateurs de lumière, les radars et surtout les matériels infrarouges, qu’il s’agisse de projecteurs, d’épiscopes ou de lunettes (v. électronique, applications militaires).

Le tir naval

Au temps de la marine à voile, les canons étaient pointés a priori dans leur sabord, et le pointeur faisait feu quand, au roulis, la ligne de visée passait en remontant sur un objectif distant au maximum de 1 000 à 2 000 m. Avec les canons Paixhans apparaît au xixe s., sur les navires de guerre, la grosse artillerie, d’abord en fonte, puis en acier, dont les portées sont comparables à celles de l’artillerie terrestre.

Au début du xixe s. est mis au point, en Angleterre, le fire director, appareil de tir qui sera bientôt employé par toutes les marines. Fondé sur l’emploi d’un télémètre placé dans la mâture et dont les données de pointage sont transmises à toutes les pièces du bord, il est associé à un poste central de tir (ou P. C. T.) qui effectue les calculs nécessaires au réglage des pièces (gisement, site, distance, route, vitesse...). Le système est perfectionné avant la Seconde Guerre mondiale par la réalisation de la télécommande complète de toutes les pièces d’artillerie des grands bâtiments, grâce à l’emploi de moteurs électriques asservis aux calculateurs de tir. C’est ainsi qu’une remarquable conduite de tir est installée à bord des deux cuirassés français de 35 000 t Richelieu (1935) et Jean-Bart (1939).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’introduction du radar* dans la chaîne des informations nécessaires à la conduite du tir offre aux bâtiments qui en sont dotés des possibilités nouvelles et permet notamment de s’affranchir de la nuit et de la météorologie. Les conduites de tir associées aux radars rendent les plus grands services aux alliés, en particulier pour détecter, suivre et détruire au large de Brest le cuirassé allemand Bismarck (mai 1941).

La grosse artillerie disparaît avec les cuirassés dans les années 1950-1960 et se voit remplacée par les missiles surface-surface, surface-air et anti-sous-marins. Seule subsiste l’artillerie antiaérienne de faible et moyen calibre (37, 100, 127 et 152 mm). Elle est employée à une cadence très élevée, principalement pour le combat rapproché contre les avions et contre les missiles.