Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

Tibère (suite)

De cette île où il s’enfermera onze ans, Tibère gouvernera l’Empire avec une implacable fermeté. Poussé par Séjan, il contraint en 29 le sénat à condamner la famille de Germanicus (rélégation d’Agrippine l’Aînée et de son fils Néron [Nero Julius Caesar], emprisonnement du second fils de celle-ci, Drusus III). Deux ans plus tard, la belle-sœur de Tibère, Antonia, dénonce à l’empereur les intrigues du favori, qui est exécuté. Gravement affecté par la trahison de son ministre et par la révélation de l’assassinat de son fils Drusus, Tibère aggrave la loi de majesté, multipliant les peines de mort, les déportations avec confiscation des biens et favorisant les délateurs. Dès lors s’ouvre à Rome un régime de terreur dans lequel sont frappés aussi bien les sénateurs que les membres de la famille impériale (morts de Néron en 31, de Drusus et d’Agrippine en 33).

Cette sombre fin de règne, que les historiens latins se sont complu à noircir par le récit des débauches et des cruautés de Tibère à Capri, n’empêche pas une administration avisée de l’État, dont la situation économique est florissante.

À l’extérieur, l’empereur intervient chez les Parthes et maintient son contrôle sur l’Arménie. Pour sa succession, il hésite entre son petit-fils Tiberius Gemellus, le fils de Drusus le Jeune et Caius (Caligula), le seul fils survivant de Germanicus, dont il devine les tares. Finalement, il ne décide rien. La mort le surprend au cours d’un voyage sur le continent (16 mars 37) : la disparition de Tibère, en affaiblissant l’autorité de Rome, va donner le signal de la décadence de l’Empire.

A. M.-B.

 J. C. Tarver, Tiberius the Tyrant (Westminster, 1902 ; trad. fr. Tibère le tyran, Payot, 1934). / G. P. Baker, Tiberius Caesar (Londres, 1929 ; trad. fr. le Règne de Tibère, Payot, 1938). / F. B. Marsh, The Reign of Tiberius (Londres, 1931). / E. Ciaceri, Tiberio successore di Augusto (Milan, 1934 ; 2e éd., Rome, 1944). / G. Marañon, Tiberio (Buenos Aires et Mexico, 1939 ; trad. fr. Tibère, Gallimard, 1941). / D. M. Pippidi, Autour de Tibère (Impr. nat., Bucarest, 1944 ; 2e éd., 1965). / W. Gollub, Tiberius (Munich, 1959 ; trad. fr. Tibère, Fayard, 1961). / E. Kornemann, Tiberius (Stuttgart, 1960 ; trad. fr. Tibère, Payot, 1962). / R. Seager, Tiberius (Londres, 1972).

Tibet

En chin. Xizang (Si-tsang), région de Chine.
L’une des cinq « régions autonomes » de la République populaire de Chine, le Tibet est son unité administrative la plus vaste (1 221 600 km2), après le Sin-kiang [Xin-jiang] et la moins peuplée (1 250 000 habitants).


La géographie


Le cadre naturel

La région autonome du Tibet se présente comme un ensemble de hautes terres, dont les trois cinquièmes se situent à plus de 3 500 m d’altitude, entourées de puissants systèmes montagneux dépassant généralement 6 000 m : chaîne des Kunlun (K’ouen-louen) au nord, arc himalayen au sud, Pamir et Karakorum à l’ouest, chaînes méridiennes du sud-est, à la limite du Sichuan (Sseu-tch’ouan) et du Yunnan (Yun-nan), et monts Tanglha, à la limite du Qinghai (Ts’ing-hai). Au sein de cet ensemble, les caractères du relief et les nuances bioclimatiques permettent de distinguer trois grands domaines : le haut Tibet, le Tibet oriental, le Tibet méridional.

• Le haut Tibet (ou Changthang, « plaine du Nord ») couvre la plus grande partie de la région (quelque 800 000 km2) entre les Kunlun et la chaîne des Gangdisi (Kang-ti-sseu), ou Transhimālaya, au sud. Tout cet espace est occupé par une succession de chaînes sédimentaires plissées (jusqu’à 6 000 m d’altitude) d’orientation générale ouest-est, aux pentes empâtées de débris et de coulées de solifluction, entre lesquelles s’ouvrent de larges vallées à 4 500 - 4 800 m d’altitude, aboutissant à des lacs, dont le plus vaste est le Nam Tso (ou Tengri Nor, « lac céleste »), qui couvre 2 000 km2. Les conditions bioclimatiques de ce haut Tibet sont parmi les plus sévères du globe : la température annuelle moyenne est de – 5 °C ; l’hiver dure plus de six mois, pendant lesquels des vents très violents soufflent sans relâche, tandis que, durant le très bref été, une intense radiation solaire entraîne de considérables variations thermiques (+ 20 °C le jour et jusqu’à – 10 °C la nuit). Rigueur des températures et sécheresse (guère plus de 100 mm annuellement) ne permettent qu’une couverture végétale discontinue de mousses et de lichens, armoises et carex apparaissant toutefois dans les dépressions les plus méridionales.

• Le Tibet oriental, qui constituait jusqu’en 1955 la région administrative de Tchamdo, est un ensemble de vallées d’orientation grossièrement nord-sud, à 1 000 m d’altitude en moyenne, s’enfonçant entre des lanières de hauts plateaux (3 500 - 5 000 m) que dominent des chaînes cristallines dépassant 6 000 m : chaînes des Nushan (Nou-chan) et des Ningqingshan (Ning-ts’ing-chan), séparant les hautes vallées de la Salouen, du Mékong et du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang) ; tout cet ensemble, par sa position plus méridionale et son orientation méridienne, ne connaît pas les rigueurs climatiques du haut Tibet ; atteints par la mousson du sud-ouest, les versants portent une riche végétation forestière (chênes, cèdres, pins), qui laisse la place à des savanes buissonneuses dans les vallées plus chaudes et moins arrosées.

• Le Tibet méridional correspond à la vallée du Cangbo (Ts’ang-Po) [Brahmapoutre supérieur], qui emprunte un sillon tectonique ouvert à 3 500-4 000 m d’altitude entre les Gangdisi, au nord, et l’arc himalayen, au sud. Ce domaine méridional, abrité contre les rigueurs du nord, connaît des conditions climatiques exceptionnelles compte tenu de l’altitude : la température de juillet atteint de 15 à 17 °C, et l’hiver est moins froid à Lhassa (3 630 m d’altitude) [moyenne de janvier, – 1 °C] qu’à Pékin ; de plus, la mousson indienne y apporte des pluies d’été, souvent abondantes (1 500 mm et plus), mais fort variables d’une année à l’autre, sans, toutefois, être jamais inférieures à 500 mm.