Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

thyroïde (suite)

Les hypothyroïdies congénitales conduisent au crétinisme, souvent avec surdité-mutité, et la forme la plus caractéristique en est le myxœdème (retard de croissance et mental, infiltration tégumentaire ayant pour conséquence l’aspect mongoloïde du visage). Les principales manifestations de l’hypothyroïdie sont une diminution de la consommation d’oxygène au métabolisme de base, du taux des hormones circulant dans le plasma sanguin (PBI) et de la fixation de l’iode par la glande, mise en évidence au moyen de l’ingestion d’iodures radioactifs.

Le corps thyroïde peut être le siège de maladies n’affectant que secondairement sa sécrétion d’hormones iodées, telles que des cancers ou des thyroïdites. Dans l’une de ces dernières, la maladie d’Hashimoto, ou goitre lymphomateux, des anticorps spécifiques de la thyroglobuline, formés après passage de celle-ci dans le sang, réagissent avec la portion qui en est restée au sein des cellules et provoquent une thyroïdite. La maladie de Riedel paraît être le stade ultime, très grave, de celle-ci.


La calcitonine

La pathologie de la sécrétion de calcitonine n’en est qu’à ses débuts, car elle n’a pas attiré l’attention par des manifestations morphologiques faciles à déceler avant la découverte récente de cette hormone. On a, néanmoins, rattaché à des syndromes d’hypocalcitoninémie des ostéoporoses comme celle de la maladie de Paget* et à ceux d’hypercalcitoninémie certaines tétanies (v. spasmophilie), l’ostéoporose et les troubles osseux des cancers médullaires du corps thyroïde.

J. R.

Tiahuanaco

Site archéologique de l’Amérique du Sud, en Bolivie occidentale.


Peu de témoignages précolombiens ont fait couler autant d’encre et donné lieu à autant d’hypothèses, souvent fantaisistes. De fait, le site en lui-même frappe l’imagination : à 4 000 m d’altitude, sur le haut plateau andin dénudé et glacé, à peu de distance du lac Titicaca se dresse toute une série de constructions de pierre, parfois gigantesques, mais dont la destination demeure en général mystérieuse. Lorsque les Espagnols explorèrent la région au xvie s., ces édifices étaient déjà en ruine, et les Indiens attribuaient leur édification à une race d’hommes blancs et barbus, d’essence divine, disparue bien avant que les Incas* ne règnent sur le pays. Dans les débuts des recherches archéologiques en Amérique, certains auteurs à l’imagination fertile, comme A. Posnansky en 1896, voulurent voir en Tiahuanaco le berceau de toutes les civilisations américaines, dont l’origine remonterait à près de 15 000 ans. Mais les recherches de M. Uhle, au début de ce siècle, puis de W. C. Bennett et enfin celles, plus récentes, de C. Ponce Sangines ont montré que, si l’occupation du site était clairement antérieure à l’Empire inca (xive-xvie s.), elle ne devait cependant pas remonter au-delà du ve s. avant notre ère. La plupart des monuments actuellement visibles ne dateraient même que de la phase « Tiahuanaco classique », à peu près contemporaine des cultures Nazca* et Mochica* de la côte péruvienne (env. 300-800 apr. J.-C.).


Le site

Tiahuanaco est généralement décrit comme étant un « centre cérémoniel », bien que, récemment, d’importants dépôts de déchets de toute sorte aient été découverts à proximité. Il est probable qu’aux alentours existèrent des ensembles d’habitations, aujourd’hui disparus, et que ce que nous voyons constituait seulement le centre de la cité. Les ruines se composent de quatre ensembles architecturaux principaux, construits de blocs mégalithiques extrêmement bien taillés et qui étaient assemblés entre eux par des joints ou des crampons de cuivre ; certains de ces blocs de pierre pèsent jusqu’à 100 t.

La structure la plus importante est le Kalasasaya, immense plate-forme de 130 m de côté, limitée par des alignements de monolithes fichés dans le sol et à laquelle on accède par un escalier et un portique de pierre situé sur le côté est. Sur la terrasse elle-même fut découverte une grande idole de pierre sculptée et gravée, connue sous le nom d’« El Fraile » (le moine) : haute de 3 m, elle représente un personnage à l’attitude hiératique, vêtu d’un long vêtement noué d’une ceinture ornée et coiffé d’une sorte de turban, dont l’aspect solennel évoque une divinité ou un prêtre. Mais le monument sans conteste le plus remarquable du Kalasasaya est la fameuse Porte du Soleil, qui se dresse à l’extrémité ouest de la plate-forme. Taillée dans un seul bloc d’andésite de 3 m de haut et de 3,75 m de large, elle présente, au-dessus d’une ouverture rectangulaire d’environ 1,50 m de hauteur (ce qui en fait une « porte » un peu basse), un large linteau entièrement sculpté en champlevé : trois rangées de personnages ailés à tête de félin ou de rapace, brandissant un sceptre ou un bâton, convergent vers la figure centrale d’une divinité à la tête auréolée de rayons (d’où le nom donné à cette porte) ; il s’agirait d’une représentation du grand dieu créateur Wirakocha. On comprend mal le rôle que jouait ce monument à cet endroit, à moins d’admettre qu’il existait tout autour, sur la terrasse, d’autres bâtiments aujourd’hui disparus.

Non loin de là s’élève, avec ses énormes blocs de pierre, la pyramide de l’Akapana, à laquelle une petite colline naturelle servit de base. C’est un des monuments les plus difficiles à interpréter. Pyramide ayant jadis supporté un temple ? forteresse ? réservoir ? Il semble bien, en tout cas, que cette structure n’ait jamais été entièrement achevée.

Le Templete semi-souterrain, construit, lui aussi, probablement vers le ve s. de notre ère, consiste en un vaste puits carré de 28 m de côté environ, dans lequel on descend par un escalier. Les parois sont constituées d’assises de pierres régulièrement appareillées, alternant avec des piliers encastrés ; de place en place saillent des têtes sculptées fichées dans le mur. Au milieu du patio central se trouvent plusieurs statues monolithiques (dont le « monolithe Bennett », de plus de 7 m de haut), qui furent probablement placés là à une époque plus récente (vers le viie ou le viiie s.).