Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

Thomas d’Aquin (saint) (suite)

L’œuvre

Les œuvres de Thomas d’Aquin sont entièrement commandées par la pédagogie universitaire de son temps : lecture, d’une part, des textes accrédités en chaque discipline (ici la Bible, Denys, Pierre Lombard, Aristote) et, d’autre part, des « questions disputées », c’est-à-dire les rédactions des cours publics où un maître discutait devant ses pairs et ses étudiants des thèmes choisis. Ainsi avons-nous de Thomas d’Aquin, avec des commentaires de l’Écriture et des œuvres d’Aristote, une longue série de questions disputées, classées sous des titres généraux : la vérité, la puissance, le mal, les vertus, etc. Parmi ces questions, et en pointe dans ce très actif enseignement, se situaient des questions dites de quolibet, c’est-à-dire sur n’importe quel sujet, au gré non plus du maître, mais des auditeurs, qui jetaient sur le tapis leurs problèmes, depuis l’existence de Dieu jusqu’aux incidents récents de la vie politique et économique. Thomas d’Aquin a été sinon le fondateur, du moins le promoteur de ce genre littéraire, dont nous possédons dix séances, dont celle où il a subi les violentes attaques de ses adversaires.

Deux œuvres sont plus célèbres, quoiqu’elles relèvent de sa composition privée : Summa contra gentiles (Somme contre les gentils, 1258-1264), présentation d’ensemble de la foi chrétienne contre les philosophes païens, et Summa theologiae (Somme théologique, 1266-1273), exposé des débutants, dit-il, dont la valeur réside dans l’articulation générale plus encore que dans le détail des parties. À quoi il faut ajouter de nombreux opuscules de circonstance.

Saint Thomas devait mourir alors qu’il était en route pour le concile œcuménique de Lyon, grande opération de rencontre entre l’Occident et l’Orient, où il avait été appelé comme expert. On ne peut mieux évoquer ce théologien qu’en reprenant le texte de son ancien élève et biographe Guillaume de Tocco (v. 1238 - v. 1323), qui, dans une phrase de cinq lignes, reprend avec insistance le caractère de nouveauté de la doctrine, de la méthode, de l’inspiration : « Frère Thomas posait dans ses cours (les problèmes nouveaux, découvrait de nouvelles méthodes, employait de nouveaux réseaux de preuves ; et, à l’entendre ainsi enseigner une nouvelle doctrine, avec des arguments nouveaux, on ne pouvait douter que Dieu, par l’irradiation de cette nouvelle lumière et par la nouveauté de cette inspiration, lui ait donné d’enseigner, dès le début, en pleine conscience, en parole et par écrit, de nouvelles opinions. »

Les « triomphes » de saint Thomas d’Aquin, genre pictural répandu aux xive et xve s., ne représentent pas adéquatement le destin de ce grand maître de la théologie.

M. D.-C.

➙ Thomisme.

 A. D. Sertillanges, Saint Thomas d’Aquin (Alcan, 1910 ; 2 vol.). / M. Grabmann, Thomas von Aquin (Kempten, 1914, 8e éd., Munich, 1949 ; trad. fr. Saint Thomas d’Aquin, Bloud et Gay, 1936). / E. Gilson, Saint Thomas d’Aquin (Gabalda, 1925). / L. Lachance, l’Humanisme politique de saint Thomas d’Aquin (Sirey, 1939, 2 vol. ; nouv. éd., 1965). / A. Walz, Santo Tommaso d’Aquino (Rome, 1945 ; trad. fr. Saint Thomas d’Aquin, Nauwelaerts, Louvain, 1962). / P. B. Grenet, le Thomisme (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1953 ; 5e éd., 1970). / M. D. Chenu, Introduction à l’étude de saint Thomas d’Aquin (Vrin, 1955) ; Saint Thomas d’Aquin et la théologie (Éd. du Seuil, coll. « Microcosme », 1959). / Saint Thomas aujourd’hui (Desclée De Brouwer, 1963). / S. Breton, Saint Thomas d’Aquin (Seghers, 1965). / J. Rassam, la Métaphysique de saint Thomas (P. U. F., 1968) ; Thomas d’Aquin (P. U. F., 1969). / D. E. Proton, Thomas d’Aquin (Éd. universitaires, 1969).

Thomas Becket (saint)

Prélat anglais (Londres 1118 - Canterbury 1170).



Le chancelier

Issu de parents d’origine normande appartenant à la bourgeoisie commerçante de Londres, élevé par le chanoine Robert de Merton, Thomas Becket est envoyé ensuite en mission en France et en Italie par l’archevêque Théobald de Canterbury, désireux, par ailleurs, de parfaire ainsi son éducation. En 1154, il est promu archidiacre de Canterbury par ce même prince de l’Église, qui le donne en 1155 pour chancelier au jeune roi Henri II* Plantagenêt. Partageant les goûts du souverain pour la chasse, lui apportant une collaboration intelligente et efficace en matière administrative et politique, Thomas Becket devient rapidement l’ami intime et le plus écouté du roi, dont il sait habilement apaiser les injustes colères.

Aussi est-il élu le 27 mai 1162, ordonné le 2 juin par l’évêque de Rochester et sacré le 3 juin archevêque de Canterbury par Henri de Winchester à l’instigation du roi, qui s’imagine pouvoir reprendre grâce à lui le contrôle de l’Église d’Angleterre, dont il est désormais le primat.


Le primat de l’Église d’Angleterre

En fait, prélat honnête et de mœurs pures, Thomas Becket refuse de sacrifier les intérêts de l’Église à ceux de son souverain. Renonçant à la vie fastueuse qu’il menait à la Cour, résignant la chancellerie, il fait remettre avant 1163 les sceaux à Henri II et consacre désormais son temps à l’aumône, à la prière et à l’étude des sciences sacrées pour combler les lacunes de son éducation en ce domaine. Il se fait octroyer par le pape Alexandre III* le pallium, qu’il reçoit le 10 août 1162, et participe en 1163 au concile convoqué par ce dernier à Tours, concile qui révoque les aliénations de biens ecclésiastiques laites au profit des laïques. Adhérant à ces prescriptions canoniques et marquant par là désormais son étroite solidarité avec Rome, il réclame dès lors au roi les domaines de l’archevêché de Canterbury aliénés sous ses prédécesseurs (château de Rochester, etc.), entre en conflit avec l’archevêque d’York, qui conteste son pouvoir primatial, s’oppose enfin à un épiscopat trop docile à la volonté du roi. Le 1er octobre 1163, Henri II réunit l’assemblée de Westminster dans le dessein de subordonner la justice ecclésiastique à la justice royale. En imposant, le 30 janvier 1164, aux évêques réunis à Clarendon un serment absolu aux coutumes du royaume observées sous le règne d’Henri Ier Beauclerc, il prétend alors leur faire sceller une charte rédigée par ses clercs : les Constitutions de Clarendon.