Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

théologie catholique (suite)

Enfin, au seuil de ce siècle, la crise « moderniste » donna le coup d’envoi à une grave mise en question des fondements de la théologie catholique, au nom d’une perception moderne de l’homme qui avait marqué depuis trois siècles l’histoire de la théologie protestante. Le concile de Vatican II* (1962-1965), avec un éclat d’ailleurs imprévisible, espéra lever les barrières du protectionnisme confessionnel où la curie romaine avait maintenu la théologie catholique repliée sur elle-même durant cette même période. Il en résulte la crise actuelle, grosse d’une reformulation originale du « catholicisme » en théologie chrétienne, un « catholicisme » qui ne serait plus ni confessionnel, encore moins scolastique, ni même prisonnier de l’héritage gréco-latin véhiculé jusqu’à notre temps à partir des legs de l’Église ancienne.

C. K.

➙ Catholicisme / Christianisme / Dieu / Église catholique ou romaine / Gnostiques / Modernisme / Monachisme / Patrologie / Testament (Ancien et Nouveau) / Thomisme.

 H. von Balthasar, Theologie der Geschichte (Einsiedeln, 1950, 3e éd., 1959 ; trad. fr. la Théologie de l’Histoire, Plon, 1955, nouv. éd., 1961). / R. Aubert, la Théologie catholique au milieu du xxe siècle (Casterman, 1954). / M. D. Chenu, la Théologie est-elle une science ? (Fayard, 1957). / Y. Congar, Situation et tâches présentes de la théologie (Éd. du Cerf, 1967). / P. Adnès, la Théologie catholique (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1967). / Théologie d’aujourd’hui et de demain (Éd. du Cerf, 1967). / R. Van der Gucht et H. Vorgrimler (sous la dir. de), Bilan de la théologie du XXe siècle (Castermann, 1970-71, 2 vol.). / Débats sur le langage théologique. Le nom de Dieu (Aubier, 1970). / C. Geffré, Un nouvel âge de la théologie (Éd. du Cerf, 1972). / Faculté libre de théologie protestante de Paris, Orientations (Beauchesne, 1973). / A. Fermet et R. Marlé, Théologies d’aujourd’hui (Éd. du Centurion, 1973). / J. G. Heinz et coll., Bibliographie des sciences théologiques (P. U. F., 1973). / R. de Haes, Pour une théologie du prophétique (Nauwelaerts, 1974). / Y. Labbé, Humanisme et théologie (Éd. du Cerf, 1975). / G. Tavard, la Théologie parmi les sciences humaines (Beauchesne, 1975).

théologie orthodoxe

Expression fréquemment utilisée pour désigner l’enseignement doctrinal des Églises de la « communion orthodoxe », c’est-à-dire des Églises chrétiennes qui confessent la foi telle qu’elle s’est exprimée dans les « sept conciles œcuméniques » (325-787) et qu’elle est proclamée chaque année, depuis 843, le premier dimanche de carême (dimanche de l’Orthodoxie) dans le Synodikon de l’orthodoxie, dont le texte a été fixé — dans son état actuel — à la suite du « concile des Blachernes » (Constantinople, 1351).


Il importe de remarquer que celte acception du terme orthodoxe est discutable à deux points de vue : 1o chaque Église estime, évidemment, que son propre enseignement représente une interprétation correcte (orthodoxe) de la foi chrétienne ; 2o plus spécialement, l’appellation orthodoxe est revendiquée par les « anciennes Églises orientales » qui ne reconnaissent comme documents régulateurs de leur foi que les définitions des deux premiers (nestoriens) ou des trois premiers (jacobites) conciles œcuméniques. Pour s’en tenir à l’acception communément reçue, il conviendrait donc de parler de « théologie byzantine orthodoxe » et même de distinguer — au moins depuis le xviiie s. — une théologie « byzantine grecque » et une théologie « byzantine slave » (notamment russe) ou même, pour une période plus ancienne, une théologie « byzantine arabe » (melkite).

Le développement historique permet de distinguer : 1o la période byzantine, de beaucoup la plus importante, de l’époque de Justinien (milieu du vie s.) jusqu’à la chute de Constantinople (1453) ; 2o la période dite « des pseudomorphoses », sous l’influence prédominante des théologies occidentales (xvie-xixe s.) ; 3o la renaissance théologique orthodoxe qui commence en Russie vers le milieu du xixe s.


La théologie byzantine

Elle se développe dans le cadre de l’Empire byzantin et sur les bases doctrinales codifiées dans la législation de Justinien. Dans son histoire, neuf fois séculaire, on peut distinguer deux grandes périodes.
1. Jusqu’à la fin de la crise iconoclaste (843), la réflexion théologique est dominée par les problèmes soulevés dans le cadre des controverses christologiques suscitées par les conciles d’Éphèse (431) et de Chalcédoine (451) ; problèmes à dominantes anthropologiques (nature et hypostase, énergie, volonté), puis problèmes posés par le culte des images (crise iconoclaste).
2. À partir du milieu du ixe s., les discussions théologiques tendent à se concentrer sur la Personne et la manifestation du Saint-Esprit (pneumatologie) en même temps que sur les questions d’ecclésiologie (symphonia, structure synodale ou monarchique de l’Église). Ces deux perspectives se trouvent étroitement unies dans les discussions soulevées au xive s. par le développement des théories hésychastes qui agitent les milieux monastiques, mais interfèrent bientôt avec les controverses suscitées par l’humanisme platonisant.

Les lignes fondamentales et les expressions auxquelles ne cessera de se référer la théologie orthodoxe se dessinent dès l’époque des quatre grands conciles œcuméniques (325-451), tant pour la problématique fondamentale que pour le vocabulaire, qui se précise et se fixe grâce à quelques grands docteurs auxquels on ne cessera par la suite de se référer comme aux « Pères » et aux « maîtres » de l’enseignement orthodoxe : Athanase* d’Alexandrie, surtout les Cappadociens (Basile* le Grand, Grégoire* de Nazianze dit « le Théologien », Grégoire* de Nysse), Jean* Chrysostome — notamment en matière de morale d’ascèse et pour l’interprétation des Écritures —, enfin Cyrille d’Alexandrie (v. 376/380-444), dont l’influence s’avère prédominante lorsque se fixe, sous Justinien, la christologie orthodoxe (néo-chalcédonisme). En matière d’ascèse et de vie spirituelle, outre la tradition des « Pères du désert », dont les apophtegmes (sentences) ne cesseront d’être médités, il faut faire place non seulement aux grands docteurs orthodoxes : Basile et Jean Chrysostome, mais aussi à des maîtres officiellement discutés ou même réprouvés : Origène* et Évagre le Pontique (346-399), dont l’influence se perpétue soit sous le couvert de la pseudonymie ou de l’anonymat, soit grâce à des compilations d’extraits : chaînes de commentaires scripturales, recueils et centuries ascétiques.