Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Thaïs et Kadais

Groupes ethniques de l’Asie du Sud-Est.



Les langues

Le groupe linguistique thaï appartient à la famille des langues kadais.

• Groupes kadais proprement dits :
— Mulaos (43 000) et Kelaos (20 400) en Chine du Sud ;
— Lis ou Dais (360 000) à Hainan (Hai-nan) ;
— La-Chi (3 000) et La-Qua (3 000) au Viêt-nam et en Chine du Sud.

• Thaïs ou Dais :
— Chans (1 200 000) en Birmanie ;
— Thaïs Nua (200 000) en Chine et au Laos ;
— Khuns (300 000) en Birmanie ;
— Thaïs Lu (350 000) en Chine et au Laos ;
— Yuans (2 000 000) au nord de la Thaïlande ;
— Laos (6 000 000) en Thaïlande et au Laos ;
— Thaïs Klang (12 000 000) au centre de la Thaïlande ;
— Thaïs blancs, rouges et noirs (350 000), et Thôs (444 000) au Viêt-nam ;
— Nungs (270 000) au Viêt-nam et (2 500 000) en Chine.

Des groupes kadais subsistent un millier d’individus qui vivent dans les montagnes de la pointe septentrionale du Viêt-nam.

Les différents dialectes thaïs varient en fonction de leurs emprunts au khmer, au viêt-namien et surtout au chinois. Le thaï est parlé en Chine (Guangxi [Kouang-si], Yunnan [Yun-nan]), en Thaïlande, en Birmanie, en Inde (Assam, où l’ahom est aujourd’hui une langue morte).


La culture

Tous les groupes thaïs sont semblables, mais les groupes de l’Ouest (Laos, Thaïlande), convertis au bouddhisme, subissent les influences cambodgienne et hindoue, tandis que les groupes de l’Est, les Thôs, fortement influencés par les Annamites, sont soumis à ces derniers politiquement.

Les populations kadais tendent de plus en plus à adopter les coutumes thô, miao (ou meo) et lolo. Elles conservent, cependant, une certaine spécificité dans leur vie religieuse, où le culte des ancêtres occupe une place centrale.


Les structures sociales et religieuses

La structure sociale et religieuse des Thaïs, très hiérarchisée, est quasiment féodale. Chaque village est gouverné par un seigneur, chef politique et religieux, lui-même vassal du seigneur du canton. Ce pouvoir seigneurial est héréditaire et réservé aux membres du clan Lo Kam, descendant du dieu du Sol (Fi Muon), qui, au commencement du monde, envoya un de ses enfants sur la Terre pour la mettre en culture. Les ancêtres du Lo Kam firent sortir d’une courge colossale, poussée sur Terre, les autres clans et toutes les autres races humaines. Seuls les seigneurs thô peuvent ne pas appartenir au Lo Kam.

Le seigneur est propriétaire du sol : il en conserve une certaine étendue, qu’il fait cultiver par corvées, et répartit périodiquement la portion restante entre les paysans ; les notables reçoivent quelques parts supplémentaires.

La hiérarchie humaine reflète la hiérarchie des dieux : les dieux de village sont les vassaux du dieu du Sol, auquel un culte est rendu chaque année et à la fête duquel sont invités les autres dieux. Les sacrifices sont offerts à tous les dieux, mais, dans l’ordre rituel d’énumération, le dieu du Sol conserve sa primauté.

Le culte public marque le début des grandes périodes (ouverture et clôture des travaux des champs, commencement de l’année). Les cérémonies privées ne peuvent avoir lieu que lorsqu’il a été rendu. Il ne suffit pas que le rituel soit accompli correctement ; il faut, en outre, pour que les esprits viennent, que le seigneur (ou, à défaut, son habit) soit auprès de l’officiant. Les prières du village ou du canton entier sont faites au bénéfice des chefs de village ou des chefs de canton. La fête principale, le Lon Ton, est celle de la reprise annuelle des travaux des champs ; un champ spécial est consacré à cette fête, au cours de laquelle un jeu de balles entre garçons et filles ouvre la saison des mariages.

Les croyances religieuses considèrent l’homme vivant comme possesseur de plusieurs âmes, qui, après la mort, se divisent en deux groupes : l’un habitant sur Terre la maison funéraire, l’autre partant vivre dans les villages célestes. La vie céleste s’achève par une seconde mort — les âmes revenant alors sur Terre, où elles adoptent le plus souvent une enveloppe animale. Seules les âmes du Lo Kam connaissent un destin différent : dans leur vie céleste, au village du Seigneur Dieu, ni elles ne travaillent ni elles ne meurent. Chez les groupes kadais, les âmes qui n’occupent pas la maison funéraire se réincarnent immédiatement.


La parenté

Le système de parenté est patrilinéaire et patrilocale. Les tribus des Thaïs sont organisées en clans exogames, qui se différencient d’après des interdits alimentaires spécifiques. Chaque clan se subdivise en deux phratrie : les membres de la phratrie supérieure peuvent épouser (hors de leur clan) ceux de la phratrie de leur choix ; les membres de la phratrie inférieure ne peuvent épouser que les membres de la phratrie également inférieure d’un autre clan. L’interdit porte sur le mariage comme sur les autres formes de relations, toutes considérées comme incestueuses.


L’économie

L’activité économique principale est la culture du riz en rizières irriguées, pratiquée en permanence là où le terrain est favorable, notamment dans les vallées, souvent occupées par les Thaïs. L’utilisation de la rizière irriguée dénote un niveau technique élevé, comparativement aux tribus montagnardes voisines : mans, miaos (ou meos) et proto-indochinoises, qui ne pratiquent que le ray. Celui-ci consiste en un défrichement d’une portion de forêt : les arbres sont abattus, puis incendiés ; l’ensemencement se fait ensuite sur la cendre, qui fertilisera le sol. Ces terrains sont utilisés en moyenne pendant deux ans, puis, lorsque la terre ne rend plus, abandonnés à la brousse au profit d’un nouvel emplacement. Chez les Thaïs, le ray fait également partie des modes de mise en valeur du sol, mais il n’intervient qu’à titre de complément, le rapport de la rizière irriguée n’étant pas toujours suffisant. On cultive sur le ray non seulement du riz, mais aussi du maïs, du coton, auxquels s’ajoutent chez les Thôs les cultures industrielles de la canne à sucre et de l’indigo, et chez les Nungs le millet, le colza, le sarrasin, les citrouilles.

L’élevage du gros bétail est peu important (buffles pour le labourage des rizières, chevaux, chèvres) ; on trouve, en revanche, de nombreux porcs et volailles.

La viande des sacrifices, les produits de la chasse et surtout ceux de la pêche complètent l’alimentation. Certains groupes élèvent des alevins dans des mares ; les Thaïs noirs pratiquent dans leurs rizières une véritable pisciculture. En période de disette, les Thaïs intensifient les activités de chasse ainsi que la recherche en forêt de produits comestibles.