Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Thaïlande (suite)

À partir du viiie s., toute mention de Dvāravatī disparaît. Au témoignage des découvertes archéologiques récentes, ce silence pourrait être lié à l’expansion du royaume de Śrīvijaya. Attesté en 775 à Nakhon Si Thammarat, pratiquant le bouddhisme du Mahāyāna, ce royaume s’est manifestement étendu au détriment des royaumes voisins, affaiblissant davantage les structures existantes que s’imposant vraiment. Il semble que les progrès des Khmers, auxquels on va bientôt assister, soient liés en grande partie à cette situation nouvelle. Peu après le milieu du ixe s., des inscriptions du royaume de Canāśa, insuffisamment localisé dans l’est du bassin du Ménam, révèlent déjà l’influence de la culture khmère. Au début du xie s., le souverain d’Angkor Sūryavarman Ier, en qui on avait proposé, à tort, de reconnaître un prince d’origine malaise, étend sa domination sur Lopburi (1022-1025) et la région de Don Chedi (ouest du Ménam). Durant près de deux siècles, l’histoire sera dominée par les progrès de l’occupation khmère : étendue sous Sūryavarman II (1113 - v. 1150) aux régions de Sukhothai et de Sakhon Nakhon, celle-ci se relâchera à la fin du règne, permettant à Lopburi de faire acte d’indépendance. Si Jayavarman VII (1181 - v. 1218), restaurateur de la puissance angkorienne, annexe presque toute l’actuelle Thaïlande, Nord et royaume de Haripuñjaya exceptés, l’hégémonie khmère n’excédera guère la durée du règne.


De la naissance des royaumes thaïs à l’unité nationale

Dès 1220 environ, les Syām de Sukhothai chassent le gouverneur khmer ; trente ans plus tard, ils s’érigent en royaume indépendant, dont Sukhothai et Si Sacchanalai [auj. Sawankalok], sont les capitales « jumelles ». Rāma Kamhèng (Rāma le Fort, v. 1279 - v. 1316) étend ses conquêtes à Vientiane, à Nakhon Si Thammarat, à Pegu et à Luang Prabang. Introducteurs du bouddhisme singhalais et préoccupés de multiplier les œuvres pies, ses successeurs, souvent aux prises avec des troubles intérieurs, ne seront guère en mesure de résister au royaume d’Ayuthia*, fondé en 1350. Ses souverains d’abord réduits au rôle de gouverneurs héréditaires (1378), Sukhothai sera définitivement annexé en 1438.

Contemporain de Rāma Kamhèng, Mangrai (1237-1317), héritier des princes de Ngön Yang (auj. Chieng Sèn), indépendants dès le xie s. sans doute, crée un autre royaume thaï, le Lan Na, ou royaume de Chieng Mai. Fondateur de Chieng Rai (1262), il conclut en 1287, devant la menace mongole (prise de Pagan la même année), un pacte d’amitié avec Rāma Kamhèng et le prince de Payao : première tentative en vue d’une union qui ne sera réalisée que bien plus tard. Après s’être emparé de Lamphun (1292), annexant le vieux royaume mon de Haripuñjaya, il fonde en 1296 Chieng Mai (la « Ville nouvelle »), capitale d’un royaume qui, en dépit de luttes presque incessantes avec ses voisins à partir du xve s., conservera son indépendance jusqu’en 1775, une relative autonomie jusqu’en 1874 — date à partir de laquelle la Grande-Bretagne établit son protectorat — et l’originalité de sa culture pratiquement jusqu’à nos jours.

Dans le bassin du Ménam, les contrées le plus longtemps soumises au pouvoir d’Angkor recouvrent, elles aussi, leur indépendance (Lopburi, 1289) tout en passant sous l’autorité thaïe. Vers 1347, le prince d’U Thong (région de Suphanburi, mais non le site archéologique d’U Thong), à la suite d’une épidémie de choléra (?), va fonder, dans une île du Ménam, Ayuthia, dont il allait faire sa capitale en 1350, lors de son couronnement sous le nom de Rāmādhipati. Il se préoccupe aussitôt de recueillir l’héritage politique d’Angkor, avec laquelle il entre en lutte dès 1351, et d’imposer sa suzeraineté à ses voisins. Dans le même temps, il élabore une œuvre juridique considérable. Si la prise d’Angkor (1431) met fin à la puissance khmère et si le royaume de Sukhothai disparut sept ans plus tard, les entreprises contre le Lan Na n’eurent que des résultats incertains. Après 1488 (prise de Tavoy), les rivalités avec la Birmanie, favorisées par des troubles dynastiques, devinrent la source de conflits incessants, aboutissant à la prise d’Ayuthia et à la capture du roi (1569). La libération fut l’œuvre de Nareśvara (Naresuen ou Pra Naret, 1590-1605), dont sa victoire de Nong Sarai sur les Birmans (1592) est d’importance nationale.

Le xviie s. est marqué par le développement des rapports avec les puissances étrangères, qu’annonçaient déjà les traités conclus en 1516 avec le Portugal et en 1598 avec l’Espagne : ambassade à la cour de Hollande (1608), liens avec le shōgun, relations avec l’Angleterre (1612). Le règne de Nārāyaṇa (Phra Narai, 1657-1688), sous l’influence de l’aventurier grec Constantin Phaulkon (v. 1648-1688), promu surintendant du Commerce extérieur, est dominé par le rapprochement avec la France et l’échange d’ambassades avec Louis XIV. À la mort de Phra Narai, une réaction nationaliste marque le déclin des relations avec l’Occident, qui ne reprendront qu’au xixe s.

Occupée par des campagnes au Cambodge et les problèmes résultant des pressions du Viêt-nam sur le Laos et le Cambodge, la première moitié du xviiie s. n’en est pas moins l’une des plus brillantes et des plus prospères de l’histoire d’Ayuthia. Pourtant, une nouvelle attaque de la Birmanie (1759) aboutit à la prise et au sac d’Ayuthia (1767), désastre dont le Siam semble ne pas devoir se relever. La libération et la renaissance, extrêmement rapides, sont l’œuvre des généraux Phraya Tak (ou Taksin) et Phraya Chakri. Le premier, couronné à Thonburi en 1767, achève la reconquête dès 1770, le Lan Na devenant vassal en 1775. Le second rétablit la suzeraineté sur le Cambodge, occupe Vientiane (1778) et contrôle Luang Prabang. En 1781, rentrant du Cambodge pour mettre fin aux désordres causés par la folie de Phraya Tak, il est couronné à Bangkok, nouvelle capitale, sous le nom de Rāma Ier (1782).