Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

tétanos (suite)

Cause

Le bacille tétanique de Nicolaier a deux propriétés fondamentales : 1o il est capable de former des spores, ce qui lui permet de survivre pendant des années dans la terre et de se développer dans des conditions favorables avec la même virulence ; 2o il sécrète une toxine (exotoxine) douée d’une toxicité très grande, qu’il libère dans le milieu où il se développe. Cette toxine diffuse aux centres nerveux principalement par cheminement le long des nerfs périphériques ; elle inhibe l’action des interneurones sur les motoneurones de la corne antérieure de la moelle épinière et est ainsi à l’origine des contractures observées dans la maladie.

Le tétanos n’est pas une maladie épidémique ; il survient toujours après effraction de la peau ou des muqueuses (plaie souillée vaste ou minime, ulcère chronique de jambe, lésion de l’utérus après un avortement provoqué, brûlure, etc.), coexistant avec une souillure par une spore tétanique. Le bacille se développe dans la plaie infectée, où il reste, et il sécrète la toxine, qui sera transportée à distance dans le système nerveux.


Manifestations cliniques

• Le tétanos aigu généralisé est la forme habituelle. Après une incubation silencieuse de huit à quinze jours, qui suit la blessure contaminante, la maladie débute en règle générale par la contracture des mâchoires, ou trismus. Le trismus résulte d’une contracture bilatérale des muscles masticateurs ; il se traduit d’abord par une simple gêne à l’élocution et à l’alimentation. Cette gêne devient vite une limitation douloureuse de l’ouverture de la bouche. Le trismus marque le début de la phase d’extension des contractures musculaires à tout le corps, conférant au visage un aspect particulier (rire sardonique) et fixant les membres supérieurs en flexion et les membres inférieurs en extension ; le tronc est souvent fixé en arc de cercle (opisthotonos). Ces contractures musculaires permanentes s’exagèrent en paroxysmes atrocement douloureux, car le malade reste parfaitement lucide ; elles gênent la respiration, la déglutition et s’accompagnent d’insomnie, de sueurs, de fièvre, d’une accélération du pouls, de modifications de la tension artérielle. L’évolution, en l’absence de traitement, est mortelle par arrêt respiratoire ou cardiaque ; même traitée, l’affection reste grave et encore mortelle dans 20 à 30 p. 100 des cas.

• Les autres formes de la maladie sont de gravité variable. Les formes suraiguës, rapidement mortelles, succèdent à une période d’incubation courte. Le tétanos localisé à un seul membre est, au contraire, d’évolution favorable lorsqu’il ne se généralise pas. Le tétanos du nouveau-né, gravissime, fait suite à une plaie ombilicale souillée : il s’observe dans certains pays aux conditions d’hygiène défectueuses.


Traitement


Traitement de l’affection déclarée

Le malade doit être transféré d’urgence en milieu spécialisé (centre de réanimation). Le traitement antibiotique associé au lavage de la plaie vise à détruire le bacille de Nicolaier. La sérothérapie utilise l’injection de sérum antitétanique ; elle est toujours associée à la vaccination afin d’éviter les rechutes, ou récidives. L’alimentation orale est supprimée ; la réhydratation se fait par perfusions. Le traitement sédatif vise à réduire, voire à supprimer les contractures. Des troubles respiratoires importants peuvent rendre nécessaires la trachéotomie et la ventilation artificielle.


Traitement préventif

Seule capable de protéger du tétanos, la vaccination par l’anatoxine tétanique est obligatoire en France ; elle comporte trois injections espacées d’un mois, une injection de rappel un an plus tard, puis des injections de rappel tous les cinq ans. Elle est souvent associée aux vaccinations antidiphtérique, antipoliomyélitique et anticoquelucheuse. En cas de plaie ou d’intervention exposant à un risque de tétanos chez un sujet dont la vaccination ou le rappel de vaccination antitétanique a plus de trois ans et dans toutes les plaies très souillées, le traitement préventif comporte l’injection de sérum antitétanique associée au rappel de vaccination.

C. V.

 P. Gerbaut, J. R. Helluy, J. Lorrain et M. Weber, le Tétanos (Heures de France, 1964). / R. V. Katitch, le Tétanos. Épidémiologie, épizootologie, pathogénie, thérapie, prophylaxie (Vigot, 1967).

tête

Région morphologiquement antérieure d’un animal, plus ou moins nettement différenciée, plus ou moins nettement séparée du reste du corps, portant la bouche et des organes sensoriels spécialisés, et contenant la portion antérieure hypertrophiée du système nerveux.



Cérébralisation

Si la notion de tête s’impose chez les Vertébrés et les Invertébrés supérieurs (Insectes, Céphalopodes), il n’en va pas de même dans de nombreux autres cas, une tête véritable résultant d’une évolution lente et progressive, qui débute par une esquisse, simple « région céphalique ».

La différenciation d’une telle région est déterminée phylogénétiquement par l’apparition d’une symétrie bilatérale qui oblige l’animal à se déplacer dans le sens de sa propre longueur. Ce déplacement se faisant d’ordinaire toujours suivant la même direction, on peut distinguer une région postérieure et une région antérieure, qui se spécialise obligatoirement dans l’exploitation du milieu ; d’où l’apparition, à son niveau, de dispositifs sensoriels importants et, par conséquent, hypertrophie des centres nerveux correspondants, qui doivent pouvoir intégrer, coordonner, exploiter les messages reçus ; cette spécialisation fonctionnelle des centres nerveux antérieurs requiert de nombreux neurones d’association, le développement d’aires synaptiques, ce qui a pour corollaire la différenciation de structures complexes. Cette évolution se traduit par la constitution de ganglions cérébroïdes, puis d’un cerveau véritable ; elle est désignée sous le nom de cérébralisation.

Ces quelques remarques montrent que les animaux asymétriques (Éponges), à symétrie fondamentalement radiaire (Cœlentérés, Échinodermes) ou fondamentalement fixés (Lophophoriens, Ptérobranches, Ascidies) ne sauraient posséder de tête.