Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

test

Situation standardisée permettant la description objective des conduites d’un individu, par référence aux conduites des individus d’une population définie placés dans la même situation.


De telles descriptions sont utilisées dans les recherches psychologiques portant sur les différences individuelles et, en vue d’un diagnostic ou d’un pronostic, dans les applications de la psychologie à certains problèmes du travail et de la médecine.


Historique

On peut rattacher l’origine des tests à la théorie de l’évolution* de C. Darwin et aux violentes polémiques que celle-ci suscita. Les défenseurs de cette théorie cherchèrent à vérifier que les différences individuelles étaient suffisamment larges pour entraîner des inégalités notables entre individus soumis à la sélection naturelle et que ces différences étaient héréditaires. Pour y parvenir, il était nécessaire de recueillir des observations dans des conditions d’objectivité ne pouvant être contestées. Il était, en outre, nécessaire que ces observations s’expriment sous une forme numérique rendant possible leur étude statistique : l’amplitude des différencies individuelles, le degré de ressemblance des individus appartenant à deux générations successives ne pouvaient s’exprimer que sous forme d’estimations statistiques pratiquées sur de larges groupes. Un cousin de Darwin, sir Francis Galton (1822-1911), crée dans cet esprit les premières épreuves standardisées, auxquelles il applique le nom de tests. Il construit des épreuves qui sont surtout sensorielles ou perceptives : sensibilité tactile, acuité visuelle, soupèsement, audition, appréciation visuelle des distances, etc. Il réalise une application à large échelle de ces épreuves dans un laboratoire anthropométrique qu’il crée à Londres en 1884. Il est aussi à l’origine de plusieurs méthodes statistiques de traitement des données de ce type : échelles de mesure (« étalonnage » des tests), corrélation. Il pensait estimer les différences individuelles en matières d’intelligence et de jugement à l’aide de ces épreuves sensorielles, adoptant l’idée que ce sont les organes des sens qui fournissent à l’intelligence les données sur lesquelles elle peut s’exercer. La même idée et le même type d’épreuves sont adoptés par le psychologue américain James McKeen Cattell (1860-1944), qui travaille à Leipzig dans le laboratoire de W. Wundt et à Londres au laboratoire anthropométrique de Galton avant d’importer aux États-Unis les premiers tests. Mais ces épreuves, utilisées alors dans une perspective d’applications pratiques, se révèlent fort peu liées, par exemple, à la réussite universitaire des étudiants les ayant subies. C’est en se fondant sur un tout autre principe que l’on va parvenir à construire des épreuves présentant un intérêt pratique. Ce sera l’œuvre du psychologue français A. Binet* (1857-1911) et de son collaborateur T. Simon. Binet recommande dès 1896 l’étude directe des « processus supérieurs » (intelligence, jugement), dont il affirme qu’ils différencient les individus bien plus que ne le font les « processus élémentaires » étudiés jusqu’ici par Galton et Cattell. En 1905, Binet et Simon présentent la première version de leur échelle de niveau mental, composée de nombreuses petites tâches concrètes, proches de celles qu’un enfant accomplit dans la vie courante. Celles-ci sont choisies de façon à permettre une observation objective des conduites de l’enfant, car Binet s’oppose avec vigueur au caractère incertain et subjectif des observations pratiquées habituellement par les médecins et les enseignants. L’échelle, conçue pour dépister les enfants relevant d’un enseignement spécial, est rapidement introduite aux États-Unis, où elle suscite un renouvellement de la méthode des tests, tant par la nature des épreuves dont elle est composée que par ses procédés d’évaluation. Toutes les épreuves évoquées jusqu’ici étaient individuelles. Des tests collectifs, composés de cahiers de questions, vont être utilisés en 1917 aux États-Unis pour la sélection du corps expéditionnaire américain. C’est la première application à large échelle de la méthode des tests, qui va être utilisée, entre les deux guerres, dans le domaine de l’éducation comme dans les domaines de l’orientation* et de la sélection professionnelles. Pendant la même période apparaissent des tests de personnalité, qui peuvent être assez différents, dans leurs principes et leurs techniques, des tests d’intelligence et d’aptitudes. Le développement de la méthode n’a guère cessé depuis, si ce n’est en U. R. S. S., où l’emploi des tests a été interdit en 1936 dans le domaine scolaire et où ceux-ci sont encore peu utilisés, à l’heure actuelle, sous la forme qu’ils ont prise dans la plupart des autres pays.


Les objectifs de la méthode des tests

Le premier objectif de la méthode des tests est d’offrir un instrument de description des conduites. L’exigence d’objectivité n’est pas satisfaite, en général, par les procédés traditionnels d’observation et d’évaluation. C’est ainsi que les observations pratiquées par les enseignants sur leurs élèves peuvent varier largement, pour les mêmes faits, d’un enseignant à un autre. En précisant la situation dans laquelle l’observation s’effectue, les critères qui doivent être adoptés pour pratiquer ces observations, la forme que celles-ci peuvent prendre, la méthode des tests atténue ou supprime ces divergences. C’est une condition nécessaire à toute utilisation d’observations psychologiques différentielles à des fins de recherche ou d’application.

Ces descriptions objectives peuvent être utilisées pour établir un pronostic, par exemple un pronostic de réussite scolaire ou professionnelle. On peut, en effet, constater l’existence de liaisons statistiques (corrélations) entre certains tests appliqués à un certain moment des études ou à l’embauche et les résultats observés ultérieurement dans les études ou dans le travail professionnel. La connaissance du résultat obtenu aux tests permet alors de diminuer l’amplitude des erreurs de pronostic que l’on ferait si l’on ne connaissait pas ces résultats. De telles prévisions pourraient être établies ainsi en l’absence de toute considération psychologique, sur des bases purement empiriques. Bien que de telles prévisions puissent, à la limite, se rencontrer, elles sont rares.

Un pronostic ne revêt une valeur scientifique que s’il confirme une hypothèse plus générale ou, au moins, s’il constitue un aspect d’une connaissance plus large sur l’organisation des données qu’il utilise. Les tests ont permis d’acquérir une certaine connaissance relative à la nature et à l’organisation des différences individuelles.