Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Teotihuacán (suite)

Depuis le début du classique, la plupart des bâtiments étaient décorés de fresques, généralement polychromes. Les peintures murales de Tepantitla, site voisin, représentant le cycle de l’eau ou de la pluie, sont l’un des exemples les plus spectaculaires. Sur l’un des murs, la composition est dominée par Tlaloc surgissant de la mer ; le dieu est entouré de prêtres qui lui présentent des offrandes. Ces scènes, et celles qui sont représentées sur les vases en céramique, permettent de se faire une idée des croyances religieuses du peuple de Teotihuacán. Tlaloc était l’une des divinités les plus importantes. S’y ajoutent Quetzalcóatl, ici dieu de la Végétation, Chalchiuhtlicue, déesse de l’Eau, Huehueteotl, dieu du Feu, et d’autres divinités qui devaient être mineures car elles sont moins souvent représentées que les précédentes.

Excellents potiers, aussi bien du point de vue technique qu’artistique, les artisans de Teotihuacán inventèrent des formes et des techniques décoratives nouvelles. Les phases II et III produisent une poterie « orange fine » dont les formes les plus fréquentes sont des bols à pied annulaire et des jarres avec col. Mais le type le plus caractéristique de la céramique de Teotihuacán est un vase cylindrique tripode avec couvercle, qui date de l’époque III. Ce type de récipient était fréquemment décoré d’une peinture polychrome appliquée sur une couche de stuc. Une autre technique était également utilisée : le cloisonné, qui consiste à inciser ou gratter les motifs après cuisson et à ajouter ensuite une couche de vernis. On trouve aussi à Teotihuacán de nombreuses figurines moulées, naturalistes, qui présentent des affinités de style avec les masques funéraires en pierre et qui datent de l’époque III.

Des vases tripodes du type qui vient d’être défini ont été découverts dans des régions aussi éloignées de la métropole que le Guatemala. Certains auteurs pensent que l’influence de Teotihuacán dut s’exercer par la voie du commerce. Cependant, la véritable intrusion stylistique de cette civilisation au cœur de l’aire maya*, dans les domaines de la céramique, de la sculpture et de l’architecture, pendant la période classique ancienne, indique une pénétration plus forte que celle qui pourrait résulter de simples relations commerciales.

L’origine ethnique de ce peuple extraordinaire, capable de créer des œuvres d’art aussi raffinées, a donné lieu à diverses hypothèses. On a proposé les Totonaques ou les Otomis comme bâtisseurs de Teotihuacán. Mais les preuves formelles manquent à ce jour. Quelques glyphes trouvés sur les peintures murales ou les vases en céramique prouvent que les gens de Teotihuacán connaissaient une forme d’écriture. Ces signes s’apparentent à ceux de l’écriture pictographique utilisée plus tard dans le Mexique central. Il existe d’autre part un certain nombre de traits communs entre la céramique de Teotihuacán et celle de Tula. Ces affinités favorisent l’hypothèse d’une même appartenance ethnique des gens de Teotihuacán, des Toltèques* et des Aztèques*.

Si donc l’origine de ce peuple recèle encore des inconnues, sa fin n’est pas mieux connue. Vers 600 de notre ère, la ville est détruite, sans doute par des peuples venus du Nord. À partir de cette date, Teotihuacán continue à être occupée, probablement par ses envahisseurs, tandis que ses traditions se réfugient dans d’autres villes, comme Atzcapotzalco, située aussi dans la vallée de Mexico. L’hégémonie passera bientôt à une nouvelle métropole, Tula, capitale des Toltèques pendant la première partie du postclassique, jusqu’à l’avènement des Aztèques. Mais la grande cité restera toujours un lieu de culte, créée, penseront ses héritiers, par des géants ou des dieux.

La statue de Chalchiuhtlicue

Massive cariatide de basalte, haute de plus de trois mètres, elle se compose de carrés et de rectangles, le visage lui-même à peine aminci vers le bas. Elle est vêtue d’une jupe et d’un huipil, sorte de blouse encore en usage, et parée de grandes boucles d’oreilles rondes. La tête soutient un bloc rectangulaire. C’est l’exemple typique du style rectilinéaire du haut plateau. (D’après G. H. S. Bushnell.)

M. S.-A.

➙ Amérique précolombienne.

 S. Linne, Archaeological Researches at Teotihuacan, Mexico (Stockholm, 1934). / I. Marquina, Arquitectura prehispánica (Mexico, 1951 ; 2e éd., 1964). / J. Soustelle, l’Art du Mexique ancien (Arthaud, 1966). / H. Stierlin, Mexique ancien (Office du Livre, Fribourg, 1967).

tératologie

Science des monstres, qui comporte l’étude de l’ensemble des malformations congénitales se constituant au cours du développement de l’embryon et qui se révéleront à la naissance.


Elle se subdivise, en fait, en trois branches :
1o La tératologie proprement dite, ou morphologique, qui envisage l’aspect anatomique des malformations et en établit le classement (v. malformation) ;
2o La tératologie pathogénique, ou tératogénie, qui étudie l’évolution embryologique, en quelque sorte chronologique, des sujets malformés ;
3o La tératologie étiologique, ou tératogenèse, qui établit les causes de la survenue des malformations.

Autrefois, la tératologie, dont le père est E. Geoffroy Saint-Hilaire, était essentiellement limitée à l’établissement d’une liste des malformations apparentes. Actuellement, elle est devenue une science aux multiples aspects, riche d’espoirs parce qu’elle permet d’entrevoir des possibilités de prévenir les malformations.


Tératologie et médicaments

Le rôle des médicaments dans la détermination des anomalies du développement chez l’homme est difficile à établir, car les investigations dans ce domaine sont nécessairement rétrospectives. Parmi les nombreuses drogues utilisées en début de grossesse, il en est peu dont l’action tératogène ait été reconnue de façon certaine. L’exemple le plus récent est celui de la thalidomide, médicament antinauséeux et calmant. Un médicament plus ancien dont l’action tératogène a été suspectée de longue date est la quinine : on pense qu’elle pourrait entraîner une surdité congénitale. Bien que l’expérimentation sur l’animal semble confirmer cette hypothèse, il n’existe pas chez l’homme de preuve formelle. D’autres médicaments, comme l’aminoptérine, le bisulfan et la tolbutamide, ont encore été incriminés, mais le fait n’est pas confirmé.