Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

télégraphie (suite)

• La transmission par double courant, dans lequel les deux états significatifs de l’information binaire sont représentés par les courants opposés qui résultent de l’application de deux tensions électriques continues symétriques par rapport au potentiel zéro de la terre, nécessite l’utilisation de systèmes récepteurs polarisés, et ce mode apparaît comme supérieur au premier du fait de la protection qu’il permet contre les bruits parasites et les perturbations en ligne.

Afin de permettre la transmission à grande distance et l’utilisation des porteurs utilisés en téléphonie, on utilise maintenant le procédé harmonique. Les deux états binaires significatifs ne sont plus des courants, mais deux fréquences situées à 30 Hz de part et d’autre d’une valeur centrale F. On réalise ainsi une modulation de fréquence. Pour grouper sur une même voie de transmission plusieurs transmissions indépendantes, on étage les fréquences F de 120 Hz en 120 Hz à partir de
F . 1 = 300 + 120 Hz = 420 Hz
jusqu’à
F . 24 = 300 + 24 × 120 = 3 180 Hz.
Ces 24 voies télégraphiques peuvent donc prendre place dans la bande téléphonique de base, soit 300 – 3 400 Hz. Des modulateurs et des démodulateurs assurent la connexion entre les émetteurs-récepteurs à simple ou double courant et les organes de multiplexage. Des filtres permettent à l’émission de grouper les 24 voies télégraphiques en un multiplex, et à la réception d’effectuer le tri des voies vers les organes récepteurs individuels. Lorsque les distances sont grandes et les transferts nombreux, les signaux peuvent parvenir considérablement détériorés, et leur identification est difficile. On dispose alors, sur le trajet, de régénérateurs. Cette technique est toujours adoptée dans les systèmes de transmission par modulation d’impulsions et codage (M. I. C.).

G. D.

 R. Roquet, Théorie et technique de la transmission télégraphique (Eyrolles, 1954 ; 3e éd., 1964). / E. A. Rossberg et H. Korta, Fernschreib Vermittlungstechnik (Munich, 1959 ; trad. fr. la Commutation télégraphique, Dunod, 1965). / D. Faugeras, la Télégraphie et le « telex » (Eyrolles, 1962 ; 5e éd., 1972).

téléguidage

Ensemble des procédés qui permettent la conduite à distance d’un véhicule quelconque à partir d’un poste de commande éloigné.


Il existe en fait deux grandes catégories de techniques de téléguidage : le téléguidage direct, ou à vue, et le téléguidage indirect.


Le téléguidage direct, ou à vue

On peut distinguer encore deux types de procédés différents.

• Les procédés manuels permettent de comparer les évolutions du véhicule à la trajectoire désirée et de commander par une action purement manuelle les corrections nécessaires. Un tel procédé est par exemple utilisé pour le guidage des modèles réduits d’avions ou de bateaux. Mais on le rencontre aussi sur un certain nombre d’engins militaires tactiques à courte portée ; tel est le cas du « SS-11 », missile antichar, qui est guidé par fil, le tireur commandant les évolutions du missile en agissant sur un fil qui le relie au poste de tir et qui se déroule au fur et à mesure de l’avancement du projectile. Ce procédé de guidage par fil a également été utilisé sur des missiles air-air comme l’« As-11 », dérivé du « SS-11 ». Un autre mode de guidage à vue consiste à munir le missile d’un repère, par exemple lumineux, que le tireur cherche à aligner sur l’objectif ; les ordres correctifs sont alors transmis par radio à un pilote automatique qui actionne les gouvernes dans le sens convenable. Relativement simples, ces procédés ont pour principal inconvénient de nécessiter un entraînement poussé du tireur.

• Les procédés automatiques, développés pour des applications militaires, remédient à l’inconvénient précédent. Ils nécessitent toujours la présence d’un opérateur pour maintenir un viseur sur l’objectif, mais laissent à l’engin lui-même le soin de déterminer la valeur des corrections à effectuer. L’exemple le plus connu est le dispositif développé pour les missiles tactiques « Harpon » et « Milan ». La lunette de visée est calée parallèlement à l’axe d’un goniomètre sensible au rayonnement infrarouge d’un traceur monté sur le missile ; les écarts de position de ce dernier par rapport à la ligne de tir sont ainsi mesurés automatiquement, et les valeurs en sont envoyées à un calculateur qui élabore les ordres correctifs transmis au missile. Ce mode de guidage est limité à des portées de quelques kilomètres.


Le téléguidage indirect

Il est utilisé lorsqu’il n’est plus possible de suivre à vue le véhicule à diriger, c’est-à-dire par exemple pour les missiles de portée supérieure à quelques kilomètres ou pour des véhicules opérant dans un milieu fermé, non accessible à l’opérateur chargé de la conduite, par exemple dans des installations nucléaires soumises à des rayonnements nocifs.

La plupart des procédés de ce type reposent sur l’utilisation des ondes radioélectriques. Tel est le cas du guidage sur faisceau adopté pour les missiles sol-air. Le missile est assujetti à se déplacer le long d’un faisceau radar émis par un émetteur au sol dont l’antenne est continuellement dirigée vers l’avion cible. Pour cela, il est équipé d’un pilote automatique qui détecte les écarts de position par rapport à l’axe du faisceau et commande les corrections nécessaires pour annuler ces écarts. Il est ainsi possible de guider plusieurs missiles en même temps vers la même cible. L’inconvénient du procédé est lié au fait que la précision diminue au fur et à mesure que le missile se rapproche de son objectif, puisque le faisceau radar devient alors de plus en plus large. Pour améliorer la précision, on peut associer le guidage sur faisceau à un dispositif de guidage par rayonnement infrarouge, dont la précision augmente au fur et à mesure que la distance à la cible diminue. Il est néanmoins utilisé sur de nombreux systèmes antiaériens, comme le « Talos » et le « Terrier » américains.

Certains missiles du type air-sol sont équipés d’un système de guidage faisant appel à la télévision. La tête du missile porte alors une caméra de télévision dont les images sont reçues sur un écran dans l’avion lanceur ; en fonction de la position de l’objectif sur ces images, le tireur, qui peut être le pilote de l’avion lanceur, décide de la correction à apporter au missile et envoie les ordres nécessaires par radio à un organe de commande monté à bord du missile. Le guidage des lanceurs spatiaux fait également appel, du moins dans la partie initiale du vol, à des techniques de téléguidage. La trajectoire du lanceur est en effet déterminée à partir du sol par des moyens de trajectographie allant du radar de poursuite mesurant la distance et l’altitude de l’engin à des interféromètres radioélectriques ; la trajectoire réelle est alors comparée à une trajectoire idéale définie avant le lancement dans un centre de calcul qui déduit les corrections à faire exécuter au lanceur. Un certain nombre de champs de tir spatiaux sont équipés de tels moyens.

J. L.

➙ Asservissement / Automatique / Automatisation / Régulation / Servomécanisme / Télécommande / Télétransmission.

 A. S. Locke, Guidance (Princeton, 1955). / M. Mignot, le Guidage des fusées (Fayard, 1964). / D. B. Newman, Space Vehicle Electronics (Princeton, 1964).