Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Tcheou Ngen-lai (suite)

La terreur blanche qui sévit dans les villes au début des années 1930 comme la réussite de l’implantation communiste de bases rouges dans les campagnes — particulièrement celle de Mao Zedong (Mao Tsö-tong*) et de Zhu De — amènent les dirigeants du Comité central à rejoindre leurs camarades au Jiangxi (Kiang-si) à partir de 1931-32. Zhou retrouve alors plusieurs fondateurs de la section française du P. C. C. et certains de ses élèves de Whampoa, Lin Biao (Lin Piao*) par exemple.

Zhou devient commissaire politique de l’armée rouge, puis vice-président du Conseil révolutionnaire militaire. Les nouveaux arrivants — surnommés les « vingt-huit bolcheviks », car la plupart d’entre eux viennent directement de Moscou — prennent en main la direction des opérations et enlèvent à Mao Zedong tout pouvoir de décision (août 1932). L’armée rouge vient à l’époque de repousser à trois reprises les forces nationalistes de Jiang Jieshi, grâce à la stratégie de la guerre révolutionnaire élaborée par Mao Zedong et ses camarades. Zhou Enlai se place aux côtés des « vingt-huit bolcheviks » et joue un rôle prépondérant dans la nouvelle politique menée par les communistes au Jiangxi. Après une quatrième campagne que les rouges remportent et la mise en place d’un gigantesque blocus par l’armée nationaliste, les communistes, placés dans une position statique, sont forcés de rompre l’encerclement et de quitter leur base au prix de très lourdes pertes en octobre 1934. Pendant les trois premiers mois de la Longue Marche, les communistes fuient l’assaillant sans jamais prendre l’initiative et commettent de lourdes fautes. À la conférence de Zunyi (Tsouen-yi) au Guizhou (Kouei-tcheou), en janvier 1935, Mao Zedong prend la direction de facto du Comité central après que les tenants de l’ancienne ligne eurent été critiqués systématiquement.

Zhou Enlai, qui figure en bonne place au banc des accusés, garde une fois encore de hautes responsabilités au sein du Comité central et joue dès la fin de la Longue Marche un rôle prépondérant dans la nouvelle politique de son parti. Il prend au Shǎnxi (Chen-si) contact avec le « jeune maréchal » Zhang Xueliang (Tchang Hiue-liang), qui refuse tacitement de combattre les communistes et souhaite reprendre son fief mandchou abandonné par Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek) au Japon. En décembre 1936, celui-ci se rend à Xi’an (Si-ngan). Il est fait prisonnier par Zhang Xueliang et d’autres jeunes officiers de sa propre armée qui n’acceptent pas son manque de fermeté vis-à-vis des Japonais. Il semble que les communistes aient alors voulu préserver la vie du généralissime pour pouvoir négocier avec lui. Zhou, qui négocie secrètement avec son ancien partenaire, obtient les garanties qui permettront aux communistes de sortir de leur isolement : les négociations débouchent sur un front uni entre P. C. C. et Guomindang (Kouomin-tang) contre le Japon.

Négociateur attitré entre Yan’an (Yen-ngan) et Chongqing (Tch’ong-k’ing), la nouvelle capitale des nationalistes, Zhou Enlai est chargé d’organiser le front uni. Il effectue plusieurs voyages en zone gouvernementale avant d’être placé par son parti à la tête d’une mission de liaison permanente auprès du gouvernement nationaliste de Chongqing.

C’est à lui qu’échoit la tâche délicate de réconcilier les deux partis lorsqu’un conflit armé éclate en janvier 1941 et il s’emploie, avec l’aide de Lin Biao, à éviter le pire. En 1944, il est le lien entre nationalistes, Américains et communistes et il prépare en 1945 les négociations qui auront lieu au plus haut niveau entre Mao Zedong et Jiang Jieshi à Chongqing pour éviter le retour à la guerre civile. Le 10 janvier 1946, il signe aux côtés du général Chang Cheng, qui représente le Guomindang, un « accord de cessez-le-feu » qui semble mettre fin au différend. Il prend ensuite part à une conférence politique consultative entre représentants du gouvernement et communistes (10-31 janv.). Mais les hostilités reprennent bientôt. Zhou rejette le partage de la Mandchourie proposé par les Américains. Il quitte Nankin le 19 novembre 1946.

Zhou Enlai revient au premier plan de la scène politique lors des négociations de paix de mars 1949 qui doivent mettre un terme à la guerre civile. Mais l’écrasement final des troupes nationalistes le dispense de mettre à l’œuvre ses qualités de diplomate.

À l’avènement de la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949, il devient président du Conseil d’administration de l’État, c’est-à-dire Premier ministre, fonction qu’il cumule avec celle de ministre des Affaires étrangères jusqu’en 1958. À ce double titre, il signe en février 1950 un traité d’alliance et d’assistance avec l’Union soviétique. À l’intérieur, Zhou a l’énorme charge de mettre en place le nouveau régime. Ses attributions ne sont pas seulement d’ordre administratif, mais aussi d’ordre idéologique. C’est ainsi qu’en 1951 il lance la grande campagne de « refonte » des intellectuels et déplore la faiblesse de la production artistique.

Au sein du P. C. C, Zhou figure au 3e rang — comme vice-président — derrière le président Mao et le vice-président Liu Shaoqi (Lieou Chao-k’i). Mais c’est surtout par son action diplomatique que le ministre des Affaires étrangères va s’illustrer : à la conférence de Genève sur la Corée et sur l’Indochine (1954), où il développe largement le thème de la coexistence pacifique en même temps qu’il insiste sur la nécessité d’admettre la Chine aux Nations unies. En 1955, à la conférence de Bandung, il met l’accent sur les « cinq principes de cette coexistence pacifique » : respect mutuel de l’intégrité et de la souveraineté nationale, non-agression, non-intervention dans les affaires intérieures, égalité et bénéfice mutuel, coexistence pacifique. Le triomphe personnel du Premier ministre chinois rejaillit sur son pays. Zhou augmente considérablement l’audience de celui-ci auprès des pays du tiers monde.

Le rôle joué par Zhou Enlai dans les rapports sino-soviétiques n’est pas non plus négligeable. En mars 1953, il représente son pays aux obsèques de Staline et négocie avec l’U. R. S. S. différents traités économiques, le dernier en date étant celui de 1959 à l’occasion du XXIe Congrès du P. C. U. S.

En quittant le XXIIe Congrès du P. C. U. S. et Moscou en octobre 1961, Zhou Enlai annonce la querelle sino-soviétique.