Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Tchécoslovaquie (suite)

Chronologie de l’emploi des langues littéraires jusqu’au milieu du xixe siècle


Latin

Le christianisme est introduit (fin du viiie s. ou début du ixe) par des moines, d’abord irlandais, puis allemands, sous sa forme latine. Une activité littéraire indigène de langue latine est vraisemblable dès le ixe s. et laisse des traces écrites à partir de la seconde moitié du xe s. De plus en plus réservé à la prose savante à partir du xive s., le latin reste cependant fort employé jusqu’à la fin du xviie s. et s’éteint lentement, comme langue littéraire, au début du xixe s.


Slavon

Introduit par Cyrille* (Constantin) et Méthode en 863 avec le christianisme oriental, le vieux bulgare, bientôt mêlé d’éléments indigènes (et devenu un slavon), sert immédiatement d’instrument à une littérature dont les monuments nous sont parvenus à l’état soit de fragments (Feuilles de Kiev, Fragments de Prague, Gloses), soit de copies tardives de rédaction russe ou méridionale (Vie de Constantin, Vie de Méthode, Vie de saint Venceslas), soit de versions populaires fortement bohémisées (Hospodine, pomiluj ny, chant litanique adapté du Kyrie). Le slavon reste langue littéraire usuelle jusqu’à la fin du xie s. et s’éteint au xiie s.


Tchèque

Fondé sur le parler de Prague, le tchèque littéraire est attesté pour la première fois dans l’hymme à saint Venceslas (Svatý Václave, xiie s.), s’épanouit au xive s., subit une éclipse en Bohême et en Moravie au xviiie s. (où il se maintient en Slovaquie, fortement teinté d’éléments locaux, surtout comme langue des communautés protestantes), puis est restauré au début du xixe s. (où apparaissent les premiers essais littéraires en slovaque).


Allemand

Devenu langue de l’administration, des tribunaux et de l’école sous Joseph II, l’allemand s’est imposé comme langue des travaux scientifiques, et parfois des belles-lettres (ainsi Karel Mácha dans ses premiers essais poétiques), de la moitié du xviiie s. à celle du xixe s.


Les grands courants littéraires et les œuvres majeures jusqu’au milieu du xixe siècle


Jusqu’à la fin du xiiie siècle

La littérature est d’inspiration religieuse et historico-légendaire. Au ixe s. remonte l’essentiel des traductions à usage liturgique, des adaptations des Pères grecs et des règles canoniques. Le chef-d’œuvre de cette période est représenté par les Vies de Constantin et de Méthode. La Légende de sainte Ludmila et la très belle Vie de saint Venceslas datent sans doute du xe s. Toutes ces œuvres sont slavonnes. La fin du siècle voit naître une pièce en latin d’un haut niveau littéraire, la Vie et la passion de saint Venceslas et de sainte Ludmila son aïeule, où l’auteur prend curieusement la défense de la culture slavonne. Le xiie s. est le temps des chroniques latines. Cosmas (ou Kosmas, v. 1045-1125) remonte dans sa Chronica Bohemorum aux origines mythiques des Tchèques, mais, pour la période historique, c’est un informateur assez sûr. Les règnes de Ladislas II (1140-1175) et de ses successeurs fournissent aussi le sujet d’autres œuvres riches en données sur l’histoire de la Bohême et de l’Italie. C’est à la fin du xiiie s. que remontent les premières traductions suivies qui nous soient parvenues, en langue vulgaire, de parties de la Bible (Psautiers).


Le xive siècle

C’est le premier âge classique de la littérature tchèque en langue nationale. On y rencontre une grande variété de genres littéraires utilisant le tchèque : épopée, légende, chronique, poésie érotique, satire, apologue, farce. Le tout en vers.

Les premières années du siècle sont fertiles en vastes compositions versifiées (entre 1306 et 1310) : légendes religieuses (Dit de Judas), épopées chevaleresques (Alexandride) et la grande chronique, à tendance patriotique et anti-allemande dite de Dalimil. Cette veine sera longtemps exploitée, notamment à l’époque de Charles IV* (roi de 1346 à 1378) : légendes de sainte Catherine, de sainte Dorothée, de saint Venceslas, Chronique de Troie (cette œuvre circule en de très nombreux manuscrits pendant plus d’un siècle et c’est, en 1468, le premier livre tchèque imprimé).

Mais le fait le plus remarquable est l’épanouissement de la prose en langue vulgaire au tournant du siècle. Le maître en est Štítný († v. 1401), pieux moraliste, auteur de trois grands livres d’admonitions, en partie destinées à ses enfants. Malgré l’indignation des clercs, attachés au latin, il persiste à traiter de matières savantes (théologie morale) en tchèque.

Charles IV compose sa propre biographie en prose latine (Vita Caroli), traduite, peut-être sous son règne, en tchèque. Cependant, renouant avec la tradition slavonne de l’abbaye de Sázava (1032-1097), le grand roi fonde à Prague en 1347, pour des bénédictins croates (de langue liturgique slavonne), qui s’adjoignent bientôt des moines tchèques, l’abbaye d’Emmaüs (dite aussi Na Slovanech), où l’on travaille longtemps à la première Bible tchèque complète (Bible d’Emmaüs, 1416, en langue tchèque, mais en caractères slavons).


Le hussitisme et les débuts de l’humanisme, de 1400 à 1526 (avènement des Habsbourg)

Parmi les plus célèbres écrits tchèques de Jan Hus* (v. 1370-1415), citons son Explication de la Foi, du Décalogue et du Pater (v. 1412) et son traité de la Simonie. Ses lettres, principalement celles de Constance, adressées à ses amis et à toute la nation tchèque, sont un modèle de prose à la fois pathétique et directe. Hus a rapproché la langue littéraire de celle du peuple et s’est efforcé de lutter contre les germanismes. Il est aussi le créateur d’une nouvelle orthographe, dont l’essentiel est encore en vigueur (De orthographia bohemica, 1406 ou 1412). L’invasion de la Slovaquie par les armées hussites y introduisit la langue littéraire tchèque. De vingt ans plus jeune que son maître, Petr Chelčický (v. 1390 - v. 1460) est le père de l’Unité des Frères tchèques, dont Comenius fut le dernier représentant. Il a légué au monde son testament politico-religieux de pacifiste intégral dans son traité fondamental, écrit en tchèque entre 1433 et 1440, le Filet de la vraie Foi.