Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Tchécoslovaquie (suite)

Diverses techniques d’économie locale ont été mises au point pour retenir ou attirer la population : encouragement à l’élevage, surtout au petit élevage ; création de centres de petits artisanats du cuir, du bois, du verre ; équipement sportif pour l’été et pour l’hiver, sous la forme de petites stations ; construction d’un meilleur réseau de routes automobiles pour favoriser le tourisme ; amélioration des centres de chasse dans les clairières de la forêt... La phase de reconversion la plus difficile semble être achevée.


Le problème slovaque

C’est le plus aigu. Des différences assez profondes opposent les deux pays qui constituent l’État tchécoslovaque : la langue slovaque présente des différences avec la langue tchèque ; la religion catholique est restée très répandue en Slovaquie, alors que les pays tchèques sont surtout protestants et que la déchristianisation y a été générale. La démographie slovaque, marquée par des taux élevés de natalité, surtout dans les montagnes, l’emporte sur la démographie tchèque. Ainsi, en 1900, on comptait environ 22 p. 100 de population slovaque dans le territoire actuel de la Tchécoslovaquie. Ce taux s’élevait à plus de 26 p. 100 en 1950 et a certainement dépassé 30 p. 100 aujourd’hui. Une partie de la population slovaque doit émigrer vers les pays tchèques. On peut donc évoquer un type régional de sous-développement ou de retard dans lequel l’histoire a une large part. En effet, dominés par Budapest dans le cadre de la Double Monarchie, les pays slovaques se sont développés moins rapidement que les pays tchèques, bénéficiant des capitaux de Vienne. La bureaucratie de Budapest et les magnats hongrois négligèrent la région, en tirant des ressources primaires, contraignant la population à l’exode (colporteurs dans tout l’Empire) ou aux travaux à domicile (tels bois, jouets, tissages) mal rémunérés. On a également dénoncé le « caractère colonialiste » de la Bohême et de Prague quand la Slovaquie fut incorporée dans le nouvel État. Il est certain que les pays slovaques ont joué le rôle d’un réservoir de main-d’œuvre. Il n’y a rien d’étonnant à ce que, profitant du démantèlement de la Tchécoslovaquie par les nazis, la Slovaquie n’ait trouvé, en réaction, qu’une formule de « protectorat », de fausse indépendance sous la tutelle du Reich. Mais la voix des Slovaques ne fut réellement écoutée qu’à la suite des événements de Prague de 1968 : la nouvelle Constitution accorde à la République slovaque de larges attributs d’autonomie.

En fait, les remèdes résident dans une industrialisation et une urbanisation qui permettraient à la Slovaquie d’atteindre le niveau de la Bohême. La politique du gouvernement central a cessé de favoriser les pays tchèques afin de faciliter la convergence des investissements vers la Slovaquie. Elle revêt divers aspects. Plusieurs gros combinats d’industrie lourde ont été construits : Slovnaft à Bratislava, le combinat d’aluminium de Žiar nad Hronom, le « combinat sidérurgique » de Slovaquie orientale à Košice. On a adopté en même temps le procédé consistant à dédoubler les usines : toute usine du territoire tchèque et morave ayant sa réplique, son « doublet » en République slovaque. Ainsi, Bat’a de Gottwaldov a fondé une autre usine à Partizánske, en Slovaquie. Celle-ci a été alimentée en énergie par la construction de l’escalier de centrales hydrauliques du Váh, par l’oléoduc et le gazoduc. On a ouvert de nouvelles mines de lignite et de fer. Des industries légères, destinées à employer la main-d’œuvre féminine, très nombreuse, ont été développées : textiles, alimentation, travail des plastiques.

Ainsi, en vingt ans, la part des investissements consacrés à la Slovaquie, rapportés aux investissements globaux de la République tchécoslovaque, est-elle passée de 20 à 30 p. 100 (ce dernier pourcentage n’égalant pas cependant encore celui de la population).

Les signes de changements profonds se sont multipliés : amélioration et agrandissement considérable des villages de montagne ou de la plaine pannonienne grâce aux maisons nouvellement construites ; mouvements migratoires pendulaires entraînant des formes d’agriculture à temps partiel et la friche sociale ; construction de villes nouvelles destinées à abriter la main-d’œuvre des gros combinats (ainsi le nouveau Košice est égal en dimension et en population au Košice traditionnel). Enfin, l’ouverture du pays à un tourisme de masse dans les Hautes et les Basses Tatras a permis la création d’emplois nouveaux, le maintien des jeunes dans la montagne et une transformation de l’activité pastorale primitive.


La Tchécoslovaquie et le monde

Les rapports avec les États voisins, l’Europe, le Comecon et le monde sont très importants, le pays ne pouvant se développer qu’avec l’aide et la coopération de ses voisins et des grandes puissances.

Il faut poser avant tout un problème démographique ou, mieux, ethnique. D’une part, il existe encore des minorités étrangères dans le pays : des Allemands (infirmes, vieillards, familles n’ayant pas coopéré avec le mouvement des Sudètes) ; des Hongrois, en légère diminution sur l’avant-guerre, mais restés nombreux dans certains districts ou certaines communes et majoritaires dans les plaines pannoniennes. Les accords qui ont suivi la guerre n’ont pas réussi à réaliser l’échange des Tchécoslovaques de Hongrie et des Hongrois de Tchécoslovaquie. Cet échange a porté seulement sur quelques centaines de milliers de personnes. Les Hongrois de Slovaquie ne jouissent pas d’une autonomie particulière, mais il ne semble pas qu’aucun problème grave soit posé. D’autre part, il reste plusieurs centaines de milliers d’émigrés tchèques de la période fin xixe - début xxe s., en particulier en Amérique du Nord, mais aussi en Europe occidentale. Très peu ont entendu l’appel lancé en 1945 pour venir repeupler les régions frontières. Mais des liens ont été conservés entre les familles de l’intérieur du pays et « de l’étranger ».