Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Tchécoslovaquie (suite)

Depuis 1958, en raison des difficultés éprouvées par l’économie tchécoslovaque, notamment dans le domaine du ravitaillement des villes, des mesures d’assouplissement ont été décidées en faveur des coopérateurs en ce qui concerne les taxes et les livraisons obligatoires. De nouveaux organismes, les complexes agro-industriels, regroupent des exploitations d’État, des coopératives, des stations de machines et des industries agricoles. Les exploitations agricoles individuelles bénéficient d’avantages de l’État. On considère que 17 p. 100 du cheptel total (près de 40 p. 100 en Slovaquie) ne sont pas soumis à la collectivisation, ce qui facilite la production individuelle de lait et de beurre. Les districts montagneux de la Slovaquie ne sont collectivisés qu’à 70 p. 100 des terres agricoles et même beaucoup moins dans certaines communes. Ainsi, comme dans d’autres États socialistes, se dessinent de sérieuses mesures d’adoucissement à la collectivisation.

Ces mesures ont un intérêt social. Elles sont surtout fondées sur les réalités économiques. Le pays n’échappe pas à la grande crise de l’agriculture des pays de l’Est européen. Le secteur agricole ne représente que 15 p. 100 (au lieu de 40 p. 100 avant la Seconde Guerre mondiale) du revenu global et occupe le cinquième (au lieu du tiers) de la population active. Mais la production a progressé dans des proportions plus faibles que dans les pays socialistes à base économique agricole. L’indice 1969 de la production céréalière (base 100 en 1950) ne s’élève qu’à 140, celui des céréales à 160, l’effectif du cheptel bovin à 98. Les investissements agricoles dans l’ensemble des investissements globaux ne représentent que de 15 à 20 p. 100. La valeur de production animale n’atteint pas la moitié de la valeur de la production totale ; la consommation d’engrais reste encore faible, et la surface moyenne travaillée par un tracteur de 15 CV est encore de 200 ha de terres arables. On peut, certes, expliquer ces défauts par la médiocre qualité de sols, encore insuffisamment engraissés, et par les mauvaises années (inondations ou sécheresse qui n’épargnent pas la Tchécoslovaquie, surtout la Slovaquie, comme toute l’Europe centrale). Mais d’autres causes profondes doivent être envisagées dans le domaine sociologique. La désaffection à l’égard de la campagne est plus grande ici que dans d’autres pays socialistes. Des transferts importants de population qualifiée se sont opérés du village aux foyers industriels et aux villes nouvelles. Le statut d’ouvrier-paysan et l’agriculture à temps partiel sont très développés, surtout en Slovaquie. Enfin, de nombreuses terres ont été abandonnées.

Un des remèdes proposés consiste en la rationalisation des types et des systèmes de culture et d’élevage : des cartes appelées géonomiques et des cadastres agricoles ont été dressés, conseillant de meilleures localisations. C’est ainsi qu’une carte nationale, simplifiée, met en valeur une dizaine de types de régions agricoles. Les zones d’élevage pour le lait et la viande, plus ou moins associé aux céréales, recouvrent le Polabí et le bassin de Plzeň, la Moravie du Nord et la Moravie moyenne, la vallée moyenne du Váh, la région de Košice.

Les zones d’élevage plus pauvre et d’agriculture mixte (avec petit élevage, culture de la pomme de terre et du seigle, appoint de revenus forestiers) s’étendent sur les montagnes de Bohême et les Carpates, qui connaissent encore les remues et la transhumance.

Dans les golfes de la plaine pannonienne, en Moravie et en Slovaquie, on trouve maïs et élevage des porcs, vergers et vignes (sur les coteaux de Slovaquie centrale et orientale). Enfin, des foyers de cultures spéciales tranchent sur cet ensemble assez monotone : par exemple, le tabac en Slovaquie et en Moravie, le houblon dans la région de Žatec et dans la vallée de l’Ohře. On assiste à une relative rétraction des terres cultivées, qu’on abandonne aux friches, aux pâturages et aux forêts, et où se localisent de plus en plus les viviers (la pisciculture étant une activité très développée), les villages de tentes et les maisons de campagne, tandis que les plaines riches de limons ou d’alluvions sont considérées comme les greniers et les zones intensives de culture et d’élevage. Cependant, la demande des consommateurs des villes est de plus en plus forte et le pays doit importer des denrées alimentaires, notamment des céréales du Canada et des États-Unis, lors des mauvaises années.


La Tchécoslovaquie des mines

La Tchécoslovaquie est un des États européens les plus riches en ressources minières, sur un espace aussi relativement réduit. Beaucoup n’ont, cependant, qu’un intérêt limité : gisements de fer à teneur moyenne et assez dispersés du bassin de Plzeň et de la Slovaquie orientale ; minerais rares qui firent la fortune des orpailleurs et des mineurs, saxons ou slovaques (ceux-ci ont laissé des gîtes presque abandonnés, dont certains, toutefois, sont encore exploités en Bohême centrale, en Slovaquie moyenne) ; minerais non ferreux contenus dans les gisements polymétalliques (il y a un peu de plomb et de zinc dans les massifs anciens, de l’étain et du tungstène dans les monts Métallifères [Krušné Hory] de Bohême, de l’antimoine en Slovaquie centrale, du cuivre dans le nord-ouest de la Bohême et en Slovaquie orientale). Il reste peu de choses de tout cela : la production nationale est très faible, et des musées évoquent de-ci de-là l’activité ancienne. L’uranium est exploité pour le profit unique, semble-t-il, de l’U. R. S. S.

Le charbon est la principale richesse minière. Le lignite assure une production plus abondante que la houille en équivalent énergétique. Certains gisements de lignite sont très concentrés : par exemple dans les bassins néogènes du pied de l’escarpement de faille des monts Métallifères, où le lignite est souvent extrait à ciel ouvert (la couche arable au-dessus des couches exploitables étant de très faible épaisseur) [du sud-ouest au nord-est, Sokolov, Chomutov, Most, Duchcov]. Les autres gisements, moins étendus, moins productifs, sont dispersés soit en Bohême (près de Libérée, de České Budějovice), soit en Slovaquie, dans la région de Banská Bystrica, où la mine la plus puissante est celle de Handlová, dotée de moyens modernes après la guerre.