Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Tchad (suite)

Au cœur du continent...

État « éclos dans les cadres du hasard » (H. Deschamps), le Tchad est un pays continental, le port maritime le plus proche étant distant de plus de 1 500 km. Cet enclavement rend compte des marques discrètes de la colonisation et des difficultés rencontrées pour la construction nationale.

Cinq axes assurent la desserte du pays : la voie nigérienne, 1 700 km (route et rail) ; la voie de la Bénoué, 2 100 km (route et eau) ; la voie camerounaise, 2 100 km (route et rail) ; la voie transéquatoriale, 3 000 km (route, eau et rail) ; enfin, la voie aérienne, qui fait de N’Djamena le premier aéroport africain pour le fret. Il est vital pour le Tchad de disposer d’une voie permanente de désenclavement ; le prolongement du chemin de fer transcamerounais de Yaoundé à N’Gaoundéré peut accélérer la réalisation du projet de liaison ferroviaire Douala-Sarh (anc. Fort-Archambault) envisagé dès 1930.

Les marques de la sous-colonisation apparaissent à l’évidence dans l’infrastructure économique léguée au Tchad à l’aube de l’indépendance. L’équilibre socio-économique de type traditionnel, fondé sur une agriculture de subsistance à base céréalière (mils et sorghos), est resté pour l’essentiel inchangé. Il a, toutefois, été rompu dans la « Mésopotamie tchadienne » (vallées du Chari et du Logone) par l’introduction tardive et coercitive du coton (1928). C’est dans ce Tchad « utile », îlot de densités satisfaisantes, qu’ont été concentrées les principales réalisations coloniales et que se localisent les principaux centres urbains, à l’exception d’Abéché, ville précoloniale.

Les sujétions imposées à l’économie par l’enclavement sont écrasantes. À l’importation, le prix de revient élevé des biens de production est un frein à l’équipement du pays, tandis qu’à l’exportation les coûts d’évacuation des produits nationaux rendent ceux-ci peu compétitifs sur les marchés étrangers. Le problème des transports explique par ailleurs l’importance prise par la contrebande, qui accroît le déséquilibre de la balance commerciale.


Un État « problème »

L’économie est dominée par le coton et l’élevage. La production cotonnière, contrôlée par une société d’économie mixte, la Cotontchad, qui en assure l’achat, l’égrenage et la commercialisation, a connu un essor continu en dépit des aléas climatiques (110 000 t de coton-graine en 1972, 35 000 en 1945), mais les fluctuations des cours mondiaux exigent une diversification des cultures commerciales (riz, blé, canne à sucre). L’élevage, dont la zone d’élection est comprise entre les 12e et 14e parallèles, est une richesse potentielle encore négligée, et le revenu annuel tiré d’un cheptel bovin estimé à 4,5 millions de têtes est fort modeste. Mais le Tchad, s’il parvient à rentabiliser ce cheptel (protection sanitaire, amélioration des conditions d’exploitation), a pour vocation de devenir le fournisseur en viande et en produits laitiers des États méridionaux démunis de bétail.

L’absence de sources d’énergie, la médiocrité des ressources minérales, l’étroitesse du marché national et les coûts élevés des investissements sont autant de freins à l’industrialisation du pays. Employant 1 p. 100 de la population active, le secteur secondaire, en dépit des efforts menés depuis l’indépendance, reste marginal, se limitant essentiellement à la transformation des produits agricoles. Ainsi, près de 75 p. 100 des salariés travaillent dans les industries dérivées du coton (égrenage et tissage), et les branches manufacturières sont balbutiantes.

La détérioration des termes de l’échange suscite un déficit croissant de la balance commerciale : le pourcentage de couverture des importations par les exportations n’était que de 40 p. 100 en 1974, le coton et les produits de l’élevage représentant 95 p. 100 des ventes en valeur. L’impossibilité dans laquelle se trouve le gouvernement de dégager des ressources d’une balance des échanges chroniquement déficitaire fait du Tchad un pays assisté. Ainsi, dans le financement du premier plan national (1966-1970), 72 p. 100 des investissements étaient couverts par l’aide extérieure, le reste se partageant à parts égales entre le budget public et le secteur privé.

Enchaîné aux États côtiers, auxquels il emprunte leur système de relations, le Tchad a appartenu de 1966 à 1968 à l’Union douanière et économique de l’Afrique centrale (U. D. E. A. C.), regroupant les pays de l’ex-A.-É. F. et le Cameroun, puis s’est uni au Zaïre (Congo-Kinshasa) au sein de l’Union des États de l’Afrique centrale (U. E. A. C). Cette entente régionale doit, en harmonisant les politiques nationales, permettre une meilleure utilisation d’une aide étrangère, dont la dispersion ne peut qu’être préjudiciable au développement.

Y. L.


L’histoire


Les origines

La région est déjà peuplée au Néolithique, comme l’attestent les fouilles. Le début de l’assèchement actuel (v. 3000 av. J.-C.) provoque la disparition des nombreuses populations qui occupent la région septentrionale (Tibesti et Ennedi), riche en gravures rupestres. La position du lac Tchad au débouché des routes de Tripoli, de Khartoum et du Soudan occidental entraîne, depuis le début de notre ère, les migrations et les mélanges de populations. Les Toubous du Tibesti occupent tout le pays jusqu’au Tchad, où ils fondent, vers le viiie s., le royaume du Kanem, qui contrôle les caravanes transsahariennes.

Au xive s., le Kanem est bouleversé par des querelles intestines : ses souverains, chassés par les Saos et les Boulalas vivant à l’est du lac, se réfugient au Bornou*, que domine la société kanouri, islamisée depuis le xie s. Peu à peu, les Toubous et les Foulbés sont submergés par les Arabes ou par les Noirs islamisés, dont les tribus finissent par diriger et islamiser les grands États noirs aux limites imprécises (ceux de Baguirmi et d’Ouadaï au xviie s.).

Au xixe s., le mystère de la mer intérieure du Tchad attire les voyageurs européens.