Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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taxinomie (suite)

Principes de classification

En fait, il convient de reconnaître que toute classification présente un aspect encore conventionnel et parfois arbitraire.

Un principe ancien demeure, toutefois, absolument essentiel : celui de la subordination des caractères ; un caractère sera d’autant plus important qu’il aura une plus grande généralité de représentation dans le monde vivant : ainsi, la chlorophylle a une plus grande généralité chez les végétaux que l’existence de fleurs, le sang rouge une plus grande généralité chez les animaux que la présence de nageoires. À tous les niveaux, il en est ainsi, et le critère de plus grande universalité d’un caractère ira de pair avec la notion de catégorie hiérarchique de plus en plus élevée.

Le choix des critères permettant de définir chaque niveau de classification est très délicat, variable d’un groupe à un autre ; aucun schéma ne peut prétendre être définitif. Les règnes animal et végétal ne présentent pas la discontinuité brutale supposée par l’emploi d’un argument unique, tel que présence ou absence de cellulose ; le glycogène est une substance éminemment animale, mais les Basidiomycètes (Champignons) en élaborent aussi. On a pu parler de « Mycétozoaires » comme de « Zoophytes ». Chez les Procaryotes, on connaît des êtres chlorophylliens (Cyanophytes), mais de nombreuses Bactéries n’effectuent pas de photosynthèse ; la présence de cellules flagellées caractérise des Protozoaires et des Algues, parmi lesquelles certaines Dinophysinées miment un comportement animal.

Le problème de la valeur hiérarchique des critères demeure épineux ; il préoccupa Adolphe Chatin (1856), qui essaya de « mesurer le degré d’élévation des espèces » ; mais le raisonnement comparatif garde, en cette matière, la prépondérance.

Certains auteurs, dès 1836, ont aussi tenté de représenter en formules chiffrées les caractères des plantes.


Principales catégories taxinomiques

Les divisions classiques, communes à la zoologie et la botanique, définissent des ensembles subordonnés, les catégories supérieures enfermant tous les éléments des catégories inférieures. Un terme scientifique désigne chaque « palier », la nomenclature étant plus stricte pour les unités inférieures et plus homogène en botanique qu’en zoologie. Des désinences latines, accolées au nom d’un genre, sont propres à chaque unité du niveau « famille » ou « ordre ». En sens « descendant », les niveaux de classification sont : règnes (2), embranchements (« divisio » ; env. 12 pour les plantes, de 20 à 30 pour les animaux), classes (env. 40 et 90), ordres (env. 230 et 480), familles (env. 1 800 et plus de 4 000 [suffixe idœ en zoologie et aceœ en botanique]), sous-familles (suff. inœ et oideœ) ; genres (env. 17 000 et 85 000), espèces (env. 330 000 et plus de 1 100 000). Il existe des divisions intermédiaires ; l’espèce, unité hiérarchique clé, comprend des catégories inféodées (sous-espèces, cultivars). Les phylums (env. 10 pour les plantes, 20 pour les animaux) se situent à peu près au niveau des embranchements ; dans les classifications zoologiques évolutives, on admet qu’ils s’ordonnent dans des « grades » et des « sections ». Dans les systèmes phylogéniques, les restructurations bouleversent les groupes (les Algues « éclatent » en 4 phylums, les Vers en 8, etc.). Les phylums ont des diversifications variables : quelques dizaines (Hémichordés) à plusieurs centaines de milliers d’espèces (Angiospermes, Arthropodes). Des essais récents (R. H. Whittaker 1969, L. Margulis 1974) admettent cinq règnes (Monères, Protistes, Végétaux, Champignons, Animaux) et prennent en considération trois voies évolutives majeures : photosynthèse, absorption, ingestion.

Notons que l’on a étendu à l’étude de certains aspects des communautés d’êtres vivants (biocœnologie) les systèmes hiérarchisés (syntaxinomie phytosociologique) [v. phytosociologie].


Difficultés de la taxinomie

Identifier correctement une famille, un genre, une espèce n’est pas une démarche aisée et nécessite la connaissance des caractères essentiels de chaque groupe et l’utilisation parfaite des vocabulaires appropriés. On travaille toujours sur un seul ou quelques individus d’une espèce, ne réunissant pas l’ensemble des caractères de l’espèce : tel Phanérogame pourra être rencontré avec ou sans fleurs, tel Insecte sous une forme adulte ou larvaire, telle espèce sous son expression femelle ou mâle.

Outre son infinie diversité, le monde vivant possède un dynamisme permanent. Parmi les niveaux d’abstractions progressives que traduit la hiérarchisation, l’espèce demeure une catégorie originale ; c’est par son intermédiaire que nous apparaît la continuité génétique de génération en génération ; mais l’espèce est siège de phénomènes d’hybridation, d’introgression, d’adaptation, donc de variation. La définition typologique, indispensable quand elle est possible, circonscrit rarement ce complexe.

Multiplicité des critères discriminatoires, difficulté d’interpréter analogies et homologies organiques, complexité des corrélations de caractères, découverte d’unités méconnues ou inconnues, prise en compte de données issues des développements de techniques ou de sciences récentes (microscopie électronique) nécessitent une refonte permanente des classifications. Ces efforts vers une « holotaxinomie » intégrant l’ensemble des connaissances disponibles au niveau de chaque unité ne doit pas faire oublier les aspects utilitaires de la taxinomie, base des recherches dans de nombreux domaines appliqués (écologie, génie biologique). Des inventaires restent à faire, ou à parfaire, dans beaucoup de régions du monde.

La taxinomie fournit les seuls documents fondamentaux permettant d’évaluer méthodiquement les patrimoines génétiques naturels ; on mesure l’importance de cette science biologique dans ce domaine, en une époque où milieux naturels et biocœnoses subissent des dégradations d’allure exponentielle.

G. G. A.

➙ Botanique / Espèce / Évolution biologique / Nomenclature / Science / Zoologie.