Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

Tasmanie (suite)

La vie rurale est essentiellement tournée vers l’élevage. Les brebis appartiennent à plusieurs races différentes, allant des mérinos à laine fine aux races anglaises de boucherie, mais ce sont les « croisés » qui prédominent. Le gros bétail comporte surtout des vaches laitières : une douzaine d’usines fabriquent du beurre, mais peu de fromage. Une véritable transhumance s’est développée entre les Midlands et le plateau central. Les cultures sont assez variées : l’avoine et l’orge sont plus souvent produites comme fourrages que pour le grain. La récolte de pomme de terre est abondante et permet des exportations vers le continent ; il en est de même des pommiers ; les poiriers et les abricotiers sont moins nombreux. La plupart des exploitations pratiquent le mixed farming, associant culture et élevage. La monoproduction est beaucoup plus rare que sur le continent.

Grâce à son climat humide, la Tasmanie possède une belle couverture forestière : dans les parties les plus humides, en particulier à l’ouest, s’étendent des boisements de myrtes, le hêtre à feuilles persistantes caractéristique de l’hémisphère Sud (Nothofagus). Dans les zones plus sèches, les eucalyptus reprennent la prépondérance.

La forêt est exploitée par de nombreuses scieries, et deux puissantes papeteries ont été installées à Boyer et à Burnie. Les possibilités de développement de la pêche sont considérables. La pêche de la langouste et des coquilles Saint-Jacques permet des exportations (queues de langoustes vers les États-Unis).

Les roches anciennes de la Tasmanie contiennent de nombreux minerais (or, étain...), qui ont été parfois exploités dans de petites usines, mais, à l’heure actuelle, deux gisements jouent un rôle important : les mines de Lyell produisent du cuivre, et celles de Rosebery du zinc et du plomb. Du tungstène existe dans le Nord-Est, mais le principal gisement est dans la petite King Island, située entre la Tasmanie et l’Australie. Le bassin houiller d’Avoca est d’importance secondaire.

L’abondance des pluies, le caractère montagneux du pays et le modelé glaciaire ont permis un équipement hydro-électrique important, en particulier sur les rivières qui descendent du plateau central (Great Lake Scheme, Derwent, Nive). L’électricité est utilisée par une série d’usines, fortes consommatrices de courant : aluminium (Bell Bay), raffinerie de zinc (Risdon), carbure de calcium (Electrona, près d’Hobart), engrais chimiques...

La population de la Tasmanie atteint à peine 400 000 habitants. Elle est uniquement d’origine européenne, car les indigènes tasmaniens ont disparu dès la fin du xixe s. La colonisation a commencé dès 1803. Deux villes se partagent les fonctions administratives et politiques : Launceston (60 000 hab.), centre d’industries textiles, et surtout Hobart (130 000 hab.), située dans un site pittoresque, au fond d’une baie profonde. Burnie et Devonport, sur la côte nord, ne sont que de petites villes d’une quinzaine de milliers d’habitants.

A. H. de L.


L’histoire

La Tasmanie fut appelée jusqu’en 1853 terre de Van Diemen, nom qui lui fut donné par le navigateur hollandais qui la découvrit le 24 novembre 1642. Celui-ci, Abel Janszoon Tasman (1603-1659), avait été envoyé par le gouverneur général de la Compagnie des Indes néerlandaises, Anthony Van Diemen (1593-1645), à la recherche d’un continent austral.

L’île reçut de nombreux visiteurs au cours du xviiie s. : les Français N. Th. Marion-Dufresne (1772) et Bruni d’Entrecasteaux (1792-93) ; les Anglais James Cook (1777) et George Bass (1798) ; mais il fallut attendre le début du xixe s. pour voir les Anglais fonder des établissements à Hobart (1804) et à Launceston (1805). Les premiers colons, hommes libres ou forçats, vinrent de l’île de Norfolk. Les émigrants libres étaient attirés sur la terre de Van Diemen par des concessions de terre, le développement de l’élevage du mouton et de l’industrie baleinière.

L’île devint une colonie séparée en 1825 et cessa alors de relever du gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud. Des guerres contre les indigènes aboutirent à l’extinction complète de ceux-ci en 1876. La population, de 17 000 Blancs en 1828 — dont 7 000 forçats —, s’élevait à 70 000 en 1847. Cette progression était due à la montée des cours de la laine, richesse principale de l’île.

Des colons réclamèrent bientôt l’élection de représentants et la fin de la transportation. La première législature fut élue en 1851. En 1853, la terre de Van Diemen devint la Tasmanie, et la transportation fut abolie.

La ruée vers l’or provoquée par la découverte de gisements de ce métal à Victoria, en Australie, en 1851, déséquilibra l’économie de l’île, où l’industrie baleinière et les constructions de bateaux périclitèrent. La culture des céréales et l’élevage souffrirent de la concurrence australienne. Cette période difficile dura jusque vers les années 1880, époque à laquelle on se mit à exploiter dans l’Ouest et le Nord-Est le sous-sol de la Tasmanie, riche en houille, en étain et en cuivre. L’industrie du bois et l’arboriculture fruitière donnèrent également de bons résultats et alimentèrent l’exportation.

À la fin du xixe s., la construction de ports, de voies ferrées ou de routes contribua au développement de l’économie et à la circulation des produits. À partir des années 1890, une majorité d’habitants de la Tasmanie se montra favorable au rattachement à l’Australie et, en 1901, l’île devint un des États du Commonwealth australien.

P. P. et P. R.

➙ Australie.

 J. West, History of Tasmania (Launceston, 1852 ; 2 vol.). / J. Fenton, History of Tasmania (Hobart, 1884). / R. W. Giblin, Early History of Tasmania (Melbourne et New York, 1939 ; 2 vol.). / R. M. Hartwell, The Economic Development of Van Diemen’s Land, 1820-1850 (Portland, Oregon, 1954).