Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

T’ao Yuan-ming ou T’ao Ts’ien (suite)

Puis ce sont les célèbres vingt poèmes En buvant (Yin jiu [Yin kieou]), écrits au gré de ses soirées solitaires ; on peut lire dans le cinquième :
« J’ai construit ma chaumière parmi les hommes,
Mais on n’entend pas le bruit des chars et des chevaux,
Je cueille des chrysanthèmes sous la palissade de l’est,
Tout au loin je regarde la montagne du sud... »

La dernière série de poèmes, intitulés Poèmes divers (Za shi [Tsa che]), est de la même veine bucolique.

Le génie de Tao Yuanming, étranger à son époque, est resté longtemps méconnu. Ce sont les poètes Tang qui l’ont placé au faîte de la hiérarchie littéraire. On admire surtout la simplicité de son style et de son inspiration. Aucune recherche de l’« effet poétique », ni dans l’idée, ni dans l’expression. Des mots de tous les jours, des tableaux de tous les jours. Mais dans ce quotidien passent toute l’émotion de la vie et toute la chaleur d’un cœur vibrant. Tous ses poèmes, relativement brefs, sont d’une absolue perfection formelle, qui ne laisse place à aucune inégalité ; tous les vers ont la même densité, la même plénitude rarement égalée. Son influence fut immense. Le premier poète à avoir réellement intégré la poésie à sa vie, il est aussi le père de la poésie dite « poésie de la nature ». Tous les grands poètes, Li Po (Li Bo), Wang Wei, Du Fu (Tou Fou), Su Dongpo (Sou Tong-p’o), proclameront leur dette envers lui. C’est vers lui toujours qu’on se tourne lorsqu’on cherche le goût du naturel, le charme de la clarté, la magie de la simplicité et cette impression d’éternité qui font de Tao Yuanming un poète de toujours.

D. B.-W.

Tàpies (Antoni)

Peintre espagnol (Barcelone 1923).


L’image des murs, qui domine de manière presque obsessionnelle les différents thèmes abordés par Tàpies, est née dans son enfance barcelonaise prise « entre les murs, les murs entre lesquels [il a] vécu les guerres ». Il ne peut oublier ces murs qui « portent le témoignage du martyre de [son] peuple, des arrêts inhumains qui lui ont été infligés ». En effet, la guerre civile d’Espagne produit en lui un bouleversement qu’accroissent encore une grave maladie et une convalescence de deux ans (1940-1942). De bonne heure, il cherche dans le dessin et la peinture la possibilité de s’exprimer, et dans la littérature et la musique sa nourriture spirituelle. Il copie les toiles de Van Gogh et de Picasso tout en lisant avec passion Nietzsche ou Dostoïevski, remplacés plus tard par l’étude des philosophies et des arts orientaux.

En 1946, après trois années de droit à l’université de Barcelone, il décide de se consacrer entièrement à la peinture. Dans une pâte épaisse où se mêlent des matériaux divers, des terres, des collages, il réalise des œuvres qui rappellent par bien des aspects les graffiti de la rue. Pendant une période qui correspond à sa participation au groupe et à la revue Dau al Set (1948-1951), il manifeste une forte attirance pour le surréalisme dans des toiles d’un onirisme ésotérique proche de Miró*. Mais, dès 1953, il revient à ses premières recherches. Évoquant lui-même les suggestions qui peuvent naître de l’image du mur, il décrit ses propres tableaux : « Séparation, claustration ; murs des lamentations, murs des prisons ; témoins de la marche du temps, surfaces lisses, sereines, blanches, surfaces torturées, vieillies, décrépites ; marques d’empreintes humaines, d’objets, d’éléments naturels ; sensation de lutte, d’effort, de destruction, de cataclysme, ou de construction, de création et d’équilibre ; débris d’amour, de douleur, de dégoût, de désordre ; [...] sens du paysage, suggestion de l’unité fondamentale de toutes choses ; matière généralisée ; [...] rejet du monde, contemplation intérieure, anéantissement des passions, silence, mort ; [...] équivalence de sons, balafres, raclements, explosions, décharges de feu, coups, martèlement, cris, échos résonnant à travers l’espace... » Ces significations multiples, il les inscrit sur le latex étalé en couches où viennent s’inclure des reliefs de peinture, des griffonnages, des grattages, des lettres et des signes de ponctuation (à partir de 1958), des tissus collés sur la toile (vers 1963), des excroissances qui s’opposent à des fentes et à des ouvertures, tandis que la couleur accentue les contrastes et individualise le tableau (Grand Marron avec graphisme noir, 1961, galerie Maeght, Paris).

Mais surtout Tàpies accorde une importance grandissante à l’objet, déjà présent sous forme de déchets, en en suggérant d’abord la forme (Chapeau renversé, 1967, musée national d’Art moderne, Paris), puis en l’incorporant au tableau (Grand Collage aux sacs, 1969, galerie Maeght) et enfin, à partir de 1969-70, en le sortant de la toile pour développer l’œuvre dans les trois dimensions. S’il fait toujours appel aux matières de rebut (Grand Drap noué et détritus, 1971, Centre national d’Art contemporain, Paris), il dresse aussi l’objet comme un réquisitoire (Peinture aux menottes, 1970, galerie Maeght). En même temps, une série d’articles dénonçant l’étouffement de la liberté en Espagne (1969) et la publication à Barcelone, après plusieurs ouvrages poétiques réalisés avec Joan Brossa, d’un recueil d’écrits et de déclarations (La práctica del arte, 1970 ; trad. fr. la Pratique de l’art, 1974) éclairent l’évolution d’une œuvre qui apparaît sans conteste, parmi les tentatives de l’art espagnol, comme une des plus fructueuses.

F. D.

 J. E. Cirlot, Significación de la pintura di Tàpies (Barcelone, 1962). / F. Vicens, Tàpies o l’escarnidor de dìademes (Barcelone, 1967). / A. Cirici, Tàpies, témoin du silence (Poligrafa, Barcelone, 1971). / Tàpies, l’Œuvre gravé, 1947-1972 (Erker, Saint-Gall, 1974).
CATALOGUE D’EXPOSITION. Antoni Tàpies, exposition rétrospective, 1946-1973, musée national d’Art moderne (Paris, 1973).

tapis

Tissu étendu sur une surface horizontale, soit par terre (tapis de pied), soit sur une table (tapis de table).


En France, on distingue deux catégories de tapis :
— les « tapis-moquettes », ou moquettes ;
— les « tapis plats ».