Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

T’ai-wan (suite)

Le système politique en vigueur est une réplique de l’ancien gouvernement nationaliste qui s’inspirait théoriquement de la doctrine de Sun Yat-sen, à laquelle Jiang Jieshi avait ajouté des notions néo-confucéennes profondément ancrées dans la tradition. La vie politique se ressent de l’autoritarisme pratiqué par le généralissime omnipotent — qui présida à la fois aux destinées de l’État, du parti et de l’Armée — et de la mainmise d’un très petit groupe sur la direction des affaires.

La fin de la guerre du Viêt-nam a quelque peu freiné l’essor de l’économie de Formose et on peut se demander si la « Belle Île » sera capable de se suffire à elle-même en continuant de choisir tout à la fois la vieille tradition chinoise et l’« american way of life ».

Apparemment, le détroit idéologique qui sépare Taiwan du continent est bien profond et les contradictions sont exacerbées : le vieux maréchal n’a-t-il pas, au moment où Mao Zedong lançait la Révolution culturelle, proposé une « Rénovation culturelle » dont les thèmes avaient été développés... en 1934 ? Les deux mondes semblent s’éloigner inéluctablement l’un de l’autre. Mais les Chinois sont maîtres dans l’art du compromis et sont capables de trouver, le moment venu, l’accommodement qui sauvera la face des uns et des autres et replacera l’île dans son contexte naturel.

C. H.

➙ Chine / Japon / Tchang Kaï-chek.

 J. W. Ballantine, Formosa. A Problem for US Policy (Washington, 1952). / G. W. Barclay, Colonial Development and Population in Taiwan (Princeton, 1954). / M. Mancall, Formosa Today (New York, 1964). / G. Kerr, Formosa Betrayed (Boston, 1965). / W. C. Goddard, Formosa, a Study in Chinese History (East Lansing, Michigan, 1966). / L. C. Chen et H. D. Lasswell, Formosa, China and the United Nations (New York, 1967).

Takanobu

De son vrai nom Fujiwara Takanobu, peintre japonais (Kyōto 1142 - † 1205).


Courtisan, membre de la famille noble des Fujiwara, Takanobu est célèbre en son temps comme poète et surtout comme peintre de la cour, portraitiste de génie qui travaille dans le style purement japonais (yamato-e). On peut, à juste titre, le considérer comme le rénovateur de l’art du portrait au début de l’époque Kamakura (1185-1333). En 1173, il participe avec le peintre Mitsunaga aux peintures murales du palais annexe au temple Saishōkō-in de Kyōto. Takanobu est chargé d’y représenter les visages des courtisans participant aux visites solennelles de l’ex-impératrice et de l’ex-empereur au temple bouddhique du Kōya-san et aux sanctuaires shintō de Hiyoshi et de Hirano. Le réalisme de ces portraits choque les courtisans, qui font replier les portes à glissières où ils figurent.

En effet, l’art réaliste de Takanobu dépasse la tradition des portraits japonais, de caractère soit purement religieux (moines éminents), soit rituel (images posthumes et commémoratives). Avec lui, une nouvelle tendance de l’art du portrait laïque apparaît dans la seconde moitié du xiie s. Ce sont des portraits dits « à la ressemblance » (nise-e) dont la caractéristique est de saisir à la façon d’un croquis les particularités individuelles du visage tout en fixant le mouvement de la silhouette dans un instantané.

Nous pouvons nous faire une idée du talent de Takanobu grâce à trois œuvres, présumées de lui, que conserve le temple Jingo-ji de Kyōto. Il s’agit de trois courtisans de l’ex-empereur Go-Shirakawa : Minamoto no Yoritomo, créateur du gouvernement militaire de Kamakura en 1185, le ministre Taira no Shigemori et Fujiwara Mitsuyoshi. Ils sont représentés tous trois en costume de cérémonie en soie empesée (sokutai), assis sur une natte, portant la coiffure de la cour et tenant à la main une plaque en bois, insigne de leur dignité de haut fonctionnaire. La représentation est analogue pour les trois portraits, dont deux regardent à droite tandis que Yoritomo est tourné vers la gauche. La poignée de sabre rehaussée d’or et une large bande d’étoffe précieuse se détachent en accent coloré sur le noir de la robe. L’effet des couleurs est d’ailleurs simple et puissant : le grand plan noir aux contours anguleux et géométriques que constitue le costume, dont les plis se distinguent à peine, s’harmonise avec la teinte claire du visage et les touches de rouge au revers du col. Cela donne une assise magnifique au visage pâle et expressif du guerrier, tout en contrastant avec sa représentation réaliste, faite de fines lignes noires et souples que met en valeur un léger modelé rose. Au bas de la robe apparaissent les jambes croisées recouvertes d’un vêtement blanc, ainsi que la haute bordure décorative de l’estrade. La dignité spirituelle du personnage est ce qui ressort de toute la composition, mais cette dominante s’harmonise avec une expression pleine de vie et d’individualité.

Cette tendance réaliste du portrait est poursuivie par le fils de Takanobu, Fujiwara Nobuzane (av. 1185 - apr. 1265), poète comme son père, mais qui jouit aussi d’une grande réputation de peintre. Ses descendants formeront une école spécialisée dont l’activité s’étendra à tout le xiiie s.

M. M.

Talleyrand-Périgord (Charles Maurice de)

Homme politique français (Paris 1754 - id. 1838).


« Je veux que pendant des siècles on continue à discuter sur ce que j’ai été, ce que j’ai pensé, ce que j’ai voulu », déclara un jour Talleyrand. Il est certes malaisé de percer les secrets de ce personnage énigmatique, plus encore d’être juste à l’égard d’un homme qui se desservit lui-même par son cynisme, sa vénalité, sa morgue, sa dangereuse habileté.


La Révolution

Né d’une famille aux multiples quartiers de noblesse, pied-bot par accident, le jeune Charles Maurice de Talleyrand-Périgord est élevé loin de ses parents — il se plaindra de leur indifférence à son égard — et montre une certaine indolence dans ses études. Son infirmité l’empêchant d’embrasser la carrière des armes, il est déchu de ses droits d’aînesse et destiné à l’Église. À seize ans, il entre sans vocation au séminaire. À vingt-cinq, il reçoit l’ordination, malgré une impiété à peine déguisée et après être passé, la veille de la cérémonie, par une crise de larmes. L’état ecclésiastique va pourtant favoriser son ambition. Bénéficier de la riche abbaye de Saint-Denis, l’abbé de Périgord peut en effet devenir en 1780 agent général du clergé de France. Bien que menant la vie des jeunes libertins de son temps, courant les tripots et les lieux de plaisir, il est nommé en 1788 évêque d’Autun. L’épiscopat lui apparaît sans doute comme l’antichambre du pouvoir. Prélat malgré lui, il est plus intéressé par les affaires du siècle que par le salut de ses ouailles.