Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

Tahiti (suite)

L’ancienne ville a été rénovée et se transforme en un centre administratif et commercial moderne. Les quartiers de résidence s’étendent de plus en plus le long de la route côtière, au nord (Pirae, Arue) comme au sud (Punaauia, Paea), et quelques lotissements européens gravissent même les premières pentes de la montagne. La ville attire les habitants des autres îles, qui se regroupent souvent selon leur archipel d’origine (Société, Australes, Tuamotu) dans les quartiers périphériques assez médiocres.

Les industries sont peu nombreuses ; sauf une huilerie qui traite le coprah de l’archipel, on ne trouve guère que de petites fabriques pour les besoins locaux (centrale électrique, brasserie, etc.). Une flottille de bonitiers pêche des thons pour le marché de Papeete, mais il n’y a pas d’industrie de la conserve. Tahiti importe donc une grande partie des produits de consommation dont elle a besoin et ces achats s’accroissent sans cesse par suite de l’élévation du niveau de vie de la population. En 1972, les exportations se sont élevées à 17 630 t, les importations à 324 481 t et, en valeur, le taux de couverture des importations a été voisin de 10 p. 100 seulement.

A. H. de L.

➙ Océanie / Polynésie française.

 E. Micard, Résumé d’histoire tahitienne (Papeete, 1941). / A. Huetz de Lemps, l’Océanie française (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1954 ; 3e éd., 1975). / H. Deschamps et J. Guiart, Tahiti, Nouvelle-Calédonie, Nouvelles-Hébrides (Berger-Levrault, 1957). / A. Grimald, Lumières sur Tahiti (Mulhouse, 1970).

taifas (les royaumes de)

Royaumes de l’Espagne musulmane (taifa veut dire en espagnol « parti »).


Le califat de Cordoue, dont la puissance et le rayonnement avaient été si grands au xe s., s’effondre au début du xie s. ; la monarchie omeyyade et l’État cordouan, minés par des difficultés internes, perdent toute autorité et disparaissent, en 1031, dans l’indifférence générale ; simultanément, l’Espagne musulmane se morcelle en une mosaïque de royaumes indépendants ; nombreux (jusqu’à vingt-six), éphémères parfois, ceux-ci empruntent à la tradition omeyyade l’organisation de la cour et du gouvernement ; leurs conflits incessants et leur hostilité réciproque les empêchent de refaire l’unité du pays, malgré la menace que représentent les princes chrétiens du nord de l’Espagne.

La création des royaumes de taifas est due, en partie, à l’affaiblissement de la monarchie omeyyade ; l’incapacité des derniers souverains porte atteinte à l’autorité des califes ; ceux-ci ne parviennent pas à contrecarrer les prétentions politiques de deux « partis », les Berbères et les Esclavons ; les premiers constituent les cadres militaires de l’Espagne musulmane ; les seconds, esclaves ou affranchis, d’origine européenne, sont attachés au service du calife, comme domestiques ou comme membres de sa maison civile ; les uns et les autres interviennent de plus en plus dans les affaires de l’État. Les troubles incessants, qui secouent les quartiers populaires de Cordoue, et l’indifférence des classes bourgeoises ébranlent un édifice déjà chancelant. Enfin, des antagonismes ethniques compromettent la fragile unité des peuples andalous. Ainsi s’expliquent la chute rapide du califat et la formation de nombreux royaumes.

Au cours des trente premières années du xie s., des dynasties d’origine berbère, esclaves ou nobles, éclosent en Andalousie ; les Berbères fondent des royaumes dans les régions méridionales (Grenade, Málaga, Algésiras, Ceuta...) ; les Esclavons régnent plutôt dans la région orientale du pays (Valence, Almería, Denia) ; l’aristocratie, établie en Espagne depuis la conquête du viiie s., s’impose dans les principales villes (Cordoue, Séville, Saragosse, Tolède) ; trois royaumes dominent l’histoire du xie s., Saragosse, Grenade et surtout Séville.

Après le règne des Tudjibides (1017-1039), la dynastie des Hūdides prend le pouvoir à Saragosse*. Les quatre souverains qui se succèdent de 1039 à 1110 ne cessent d’étendre leur domination aux principautés voisines ; Abū Dja’far al-Muqtadir (1046-1081 ou 1082) s’empare ainsi des royaumes esclavons de Tortosa et de Denia. Son petit-fils, Abū Dja’far Aḥmad II (1085-1110), tente de dominer Valence, entrant ainsi fréquemment en conflit avec le Cid*.

Les Zīrides* régnent à Grenade* de 1012 à 1090. Zāwī ibn Zīrī (1012-1019), fondateur de cette dynastie berbère, abandonne l’ancienne capitale, Elvira, presque dépeuplée, et s’installe à Grenade. Ses successeurs font de leur royaume un État puissant, redouté des monarques voisins. Bādīs ibn Ḥabūs, en particulier, cherche à agrandir le royaume en annexant des principautés voisines ; en 1038, il entre en guerre contre Zuhayr, le roi esclavon d’Almería ; mais cette tentative d’annexion échoue. En revanche, il parvient à assujettir le royaume de Málaga, revendiqué par des princes berbères et esclavons ; Bādīs s’empare de Málaga en 1055-1057, mettant fin à la dynastie des Ḥammūdides, qui y régnaient.

Après une période de troubles, les habitants de Séville* offrent le pouvoir à Abū al-Qāsim Muḥammad ibn ‘Abbad, le cadi, membre de la famille noble des ‘Abbādides*. Abū al-Qāsim (1023-1042) consacre d’abord tous ses efforts à se maintenir à la tête du royaume sévillan, convoité par des princes berbères ou esclavons ; successivement, le roi de Málaga, à plusieurs reprises, les souverains d’Almería et de Grenade tentent, en vain, de s’emparer de Séville. Abū al-Qāsim cherche aussi à étendre sa souveraineté aux États voisins ; s’il ne parvient pas à s’installer à Cordoue, il réussit en revanche à annexer Osuna et Écija.

Abū ‘Amr ‘Abbād ibn Muḥammad, connu sous le nom d’al-Mu‘taḍid billāh (1042-1069), et Muḥammad ibn ‘Abbād al-Mu‘tamid (1069-1095) poursuivent la même politique que leur prédécesseur : défense du royaume contre les empiétements des souverains voisins, en particulier le roi de Grenade ; annexion, au domaine sévillan, de petites principautés : Niebla, Huelva y Saltès, Arcos, Móron, etc. La prise de Cordoue, tentée sans succès par al-Mu‘taḍid et réussie par son successeur, après deux tentatives, en 1070 et en 1078, couronne l’œuvre politique des ‘Abbādides. Réussite tardive. Un danger menace en effet l’existence du royaume de Séville et des autres États andalous : les visées expansionnistes des princes chrétiens du nord de l’Espagne.