Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
T

Tadjikistan ou Tadjikie (suite)

Les excédents naturels sont parmi les plus élevés de l’U. R. S. S. : le taux de natalité atteignant 34,7 p. 1 000 en 1970, la mortalité étant de 6,3 p. 1 000. On comprend que, dans la composition des nationalités, le pourcentage de Tadjiks se soit accru, passant de 53,1 en 1959 à 56 en 1970 ; celui des Ouzbeks restant stationnaire (23 aux deux dates) ; celui des Russes reculant légèrement (de 13,3 à 11,9) [il s’agit surtout de cadres, de scientifiques et de militaires]. On recense encore des Tatars, des Kirghiz, des Ukrainiens, des Kazakhs.

Il résulte de ces forts excédents d’abord une expansion des Tadjiks dans les républiques limitrophes en Asie centrale (ils passent de 1 397 000 en 1959 à 2 136 000 en 1970), puis, un afflux dans les agglomérations urbaines : le pourcentage de la population urbaine passe de 32 à 37 de 1959 à 1970. Enfin, on constate l’élargissement à la base de la pyramide des âges et son rétrécissement au sommet (1,2 p. 100 des hommes et 2,6 p. 100 des femmes seulement ont plus de soixante ans). L’analphabétisme a presque disparu et certaines pratiques de l’islām n’ont plus cours. Ainsi, cette république des montagnes entre-t-elle progressivement dans le cadre de l’Union et paraît appelée à un brillant avenir.

A. B.

Taglioni (les)

Famille de danseurs et de chorégraphes italiens des xviiie et xixe s.


Le premier des Taglioni, Carlo, naît à Turin vers la moitié du xiiie s. Quatre de ses cinq enfants sont des danseurs réputés de l’époque. Giuseppa et Luisa font des mariages nobles. Salvatore (Palerme 1789 - Naples 1868), excellent danseur, créateur, en 1812, de l’École royale de ballet de Naples, connaît, avec une production de plus de cent cinquante ballets, une réputation de chorégraphe au moins aussi flatteuse que celles de l’Italien Gaetano Gioia (1768-1826) et du Français Louis Henry (1766-1836), cofondateur de l’école, tous deux célèbres en Italie à la fin du xviiie s. et au début du xxe. Arrêté, puis fusillé par erreur après les soulèvements de 1848, il n’est que blessé et échappe à la mort pour être victime peu après d’un stupide accident. Rendu inapte à son travail, il quitte l’école de danse et meurt quelques années plus tard dans la misère.

Quant à Filippo (ou Philippe), premier-né de Carlo, pourtant novateur d’un style, la chorégraphie de son ballet la Sylphide lui aurait-elle été seule suffisante pour le rendre célèbre ? La gloire de Maria (ou Marie), celle du ballet qu’elle créa et qui lui a tout de même survécu (bien que tirée plusieurs fois d’un semi-oubli, cette œuvre témoigne encore du pouvoir de séduction du ballet romantique) et celle du chorégraphe, son père, ne font qu’un. Le ballet sans Maria n’eût peut-être été que banal ; Maria sans son père n’aurait été qu’une médiocre danseuse, ou même n’aurait-elle jamais dansé. Filippo aurait-il trouvé cette interprète idéale parmi les célébrités de l’époque ? Ni Fanny Cerrito (1817-1909) — qui beaucoup plus tard dansa la Sylphide par défi — ni Carlotta Grisi (1819-1899), pourtant danseuses romantiques par excellence, et encore moins l’impétueuse Fanny Elssler (1810-1884) n’auraient incarné, à l’époque, cette créature immatérielle avec l’aura que ses contemporains ont reconnu à Maria.

Filippo Taglioni (Milan 1777 - Côme 1871), élève de son père Carlo, avait débuté jeune à Pise. À Paris, il suit les cours du célèbre Jean-François Coulon, qui, avec son fils Antoine, sont les novateurs du style « romantique ». Premier danseur au théâtre royal de Stockholm en 1803, il épouse une Suédoise, fille de l’acteur et chanteur Cristoff Karsten, dont il a deux enfants, Maria et Paul.

La famille Taglioni connaît la vie errante des artistes d’alors. C’est le temps des guerres napoléoniennes. D’abord à Vienne, où il commence sa carrière de chorégraphe, Filippo est engagé à Kassel, où il est professeur de Jérôme Bonaparte. En 1813, il est seul en Italie, tandis que sa femme et ses enfants sont à Paris.

Là, Maria (Stockholm 1804 - Marseille 1884) travaille à son tour, mais sans grand enthousiasme, avec Coulon. Le vieux maître pense ne pouvoir jamais faire d’elle une véritable danseuse. Et pourtant... c’est son père qui impitoyablement prend le relais et la forme. Par des « leçons » épuisantes, longues de plusieurs heures par jour, et une volonté hors du commun, il façonne l’étoile que la légende, mais aussi les documents — écrits ou estampes — nous ont dévoilée. Il lui fait faire ses débuts à Vienne dans un divertissement dont il est l’auteur : Réception d’une jeune nymphe à la cour de Terpsichore (1822). Entre cette date et celle de la création de la Sylphide (1832), Maria, après ses débuts, dont le succès est décisif pour elle, paraît à Munich, brièvement à Paris, puis à Stuttgart, où elle conquiert l’amitié de la reine Catherine de Wurtemberg, épouse de Jérôme Bonaparte, alors « roi de Westphalie ». Déjà à cette époque, dans sa façon de danser, s’amorce la ligne romantique.

En 1828, elle est engagée définitivement à l’Opéra de Paris ; une nouvelle étape de sa carrière est franchie lors de sa création du ballet « des nonnes damnées » de Robert le Diable (musique de Meyerbeer, 1831), où un véritable jeu de lumière — dû à un système de torches à gaz — plonge la scène dans un halo de clarté surnaturelle et où l’atmosphère suscitée par le décor de P. L. C. Ciceri (1782-1868) est parfaitement dans le goût romantique.

Après la Sylphide, Filippo compose encore plusieurs ballets pour Maria tant à Paris qu’en Russie, où ils vont tous deux (la Fille du Danube, 1836 ; la Gitane, 1838 ; l’Ombre, 1839). Devenue comtesse par son mariage avec Gilbert de Voisins (1832), elle se sépare de lui en 1835. Elle quitte la scène en 1847, mène un temps une riche existence, puis réintègre l’Opéra de Paris, où, à partir de 1858, elle se consacre à l’enseignement. Filippo poursuit sa carrière de chorégraphe et se retire à Côme en 1852.