Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Syrie (suite)

La construction politique syrienne, édifiée sur les ruines de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale, trouve sa première esquisse territoriale dans les accords Sykes-Picot de 1916, délimitant les zones d’influence française et britannique. La Syrie d’aujourd’hui correspond à l’essentiel du secteur français d’alors, amputé d’une grande partie de sa façade côtière qui a constitué le Liban*, et des parties de l’Anatolie du Sud-Est conservées en fin de compte par la Turquie (en dernier lieu le sandjak d’Alexandrette [Iskenderun], rétrocédé en 1939).


La géographie physique

V. Moyen-Orient.


Les aspects régionaux

Le découpage ainsi réalisé intègre dans la Syrie des éléments des diverses composantes naturelles et humaines du Moyen-Orient. Mais l’ablation du secteur libanais diminue considérablement la part et l’influence des éléments montagnards littoraux au profit des villes de l’intérieur, Alep*, Damas*, Ḥamā et Homs, qui ont été les points de cristallisation essentiels.


Les paysans montagnards

• Le djebel Ansarieh (Anṣariyya) représente en territoire syrien la famille des massifs montagneux littoraux. Mais le cadre naturel est ici beaucoup moins favorable à l’occupation humaine que dans le Liban, et les minorités qui s’y installèrent au Moyen Âge — ‘alawītes (secte chī‘ite extrémiste), qui s’y réfugièrent à partir des xe et xie s. en submergeant rapidement les quelques populations chrétiennes préexistantes, puis ismaéliens au xiie s. — ont fait preuve de moins de dynamisme et de sens de l’organisation du milieu que les communautés libanaises. L’altitude moins élevée (1 562 m) fait disparaître ici presque totalement l’étage pastoral d’altitude. Surtout les affleurements imperméables du Crétacé inférieur, marnes et grès tendres, qui jouent un rôle si important dans la structure du Liban, disparaissent presque totalement ici, et avec eux les grosses résurgences et les bonnes terres arables en altitude, qui ont été les points de concentration de la population libanaise. La prépondérance presque exclusive de masses calcaires peu fertiles, à points d’eau rares et médiocres, a entraîné la dispersion de l’habitat en hameaux éparpillés en fonction des possibilités étriquées de mise en culture, bien différents des gros villages libanais. Par ailleurs, la présence d’une large plaine littorale, toujours dominée par les sunnites de Lattaquié (al-Lādhiqiyya) ou de Tartous (Ṭarṭūs), en coupant les ‘alawītes de la mer, les a privés des ferments de progrès fournis par l’ouverture sur le monde extérieur, qui ont été si décisifs dans l’évolution humaine du Liban. Le refuge s’est fait prison, et la conséquence a été une utilisation du sol beaucoup plus rudimentaire que dans le Liban. On a pu dire (Jacques Weulersse) que, si au Liban la montagne s’était humanisée, ici l’homme s’était ensauvagé. L’agriculture de la montagne ‘alawīte reste essentiellement céréalière (blé et orge en culture pluviale), et la seule culture notable pour la vente est le tabac fumigé, développé par les commerçants de Lattaquié et dans l’orbite de cette ville. L’aménagement des pentes a été à peu près nul, et les terrasses, si spectaculaires dans le Liban, sont ici à peu près absentes. Les champs se dispersent en îlots épars dans le maquis, au hasard des replats cultivables. La structure sociale reste dominée par une chefferie très anarchique et l’organisation religieuse par le prophétisme, source de mouvements subits et incontrôlables. La densité de population, élevée (90 hab. au km2), reste très au-dessous de celle du Liban. De même, l’émigration contemporaine a connu des destinées beaucoup moins brillantes que l’émigration libanaise. L’exode des ‘alawītes hors du djebel a été une progression amorphe de frustes paysans vers le fossé du Ghab (Rhāb), à l’est, dont ils ont pratiquement submergé toute la partie occidentale au cours du dernier siècle, ou vers les steppes de la Mamoura (Ma‘mūra), à l’est d’Homs et de Ḥamā, qu’ils ont recolonisées comme main-d’œuvre au service des grands propriétaires urbains. Ce sont seulement leurs qualités belliqueuses qui leur ont valu, grâce à la place qu’ils tiennent dans les cadres de l’armée, de prendre récemment un rôle important dans la société syrienne. Les ismaéliens du même massif ont fait preuve de plus de dynamisme colonisateur en réoccupant à l’époque contemporaine la région de Salamiye, à l’est de Ḥamā et à la limite du désert, ancien centre médiéval de la secte, dont ils ont fait de nouveau un foyer prospère.

• Le djebel Druze (al-Drūz) doit son nom aux Druzes, qui, en excès dans le Liban, s’y sont peu à peu installés depuis le xviiie s. Venant d’une montagne beaucoup plus arrosée, où l’irrigation n’était pas nécessaire, ces derniers n’ont pas su remettre en état les installations hydrauliques qui avaient assuré au pays une indéniable prospérité dans l’Antiquité. Celui-ci reste le domaine d’une agriculture pluviale céréalière, livrée aux aléas des précipitations, et vit sous la menace constante de la famine, qui en fait un foyer d’émigration temporaire.

• Les chaînons du Kalamoun (Qalamūn), en revanche, accolés au versant interne de l’Anti-Liban, au nord-ouest de Damas, ont conservé de denses noyaux irrigués, où s’est maintenue une vie paysanne solidement enracinée, avec la langue araméenne dans trois villages.


Villes et campagnes intérieures

• Les foyers irrigués. Le principal et le plus prestigieux est la ghouta (rhūṭa) de Damas (8 000 ha), alimentée par les eaux abondantes du Baradā, à régime des eaux réglé par un coutumier très complexe, en grande partie préislamique, qui souligne bien la stabilité millénaire du terroir irrigué. Des zones d’intensité décroissante d’utilisation du sol se disposent à partir du débouché de la montagne. L’amont est le domaine des cultures maraîchères et fruitières, l’aval celui de cultures purement céréalières, tandis que, dans les secteurs intermédiaires, la vigne et les oliviers subsistent au milieu des champs de céréales.