Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Syrie (suite)

Arts somptuaires

Le travail du métal repoussé, de l’ivoire et du verre s’est conservé surtout dans l’art sacré (calices, reliquaires). Une production textile luxueuse de laine et de soie (Antioche), dont il reste peu de chose, montre l’influence de l’Église copte* et de l’Iran sassanide, d’où la Syrie importe des étoffes.

J. D.

 S. Guyer, le Rôle de l’art de la Syrie et de la Mésopotamie à l’époque byzantine (Geuthner, 1934). / J. Strzygowski, l’Ancien Art chrétien de Syrie (De Boccard, 1936). / A. Grabar, le Premier Art chrétien, 200-395 (Gallimard, 1966) ; l’Âge d’or de Justinien, de la mort de Théodose à l’Islām (Gallimard, 1966).


L’art de la Syrie islamique

Centre de l’empire des Omeyyades*, qui y fixèrent leur capitale, la Syrie, conjointement à la Palestine, a vu la naissance des arts de l’islām*. On s’accorde à reconnaître que la magnifique Grande Mosquée de Damas* (705) exerça une influence décisive non seulement sur les autres mosquées syriennes, dont nous conservons quelques témoignages, comme à Buṣrā (Bostra) et à Der‘a (Dara), mais encore sur toutes celles de l’Occident musulman des temps ultérieurs. Moins significatifs, mais tout aussi intéressants sont les châteaux dits « du désert », dont la Syrie possède quelques beaux échantillons avec Djabal Sais, Ruṣāfa, Qaṣr al-Ḥayr al-Charqī et Qaṣr al-Ḥayr al-Rharbī.


Raqqa

Au milieu du viiie s., la révolution ‘abbāsside, déplaçant en Iraq la capitale de l’Empire, donna à la Syrie un rôle moindre et mit celle-ci sous la dépendance de l’Iran et de la Mésopotamie. Raqqa, fondée par al-Manṣūr († 775) et où séjourna Hārūn al-Rachīd à partir de 796, apporte un des principaux témoignages de l’art nouveau : construite selon un plan à peu près semi-circulaire, elle conserve une partie de ses remparts en briques crues. Sur la célèbre Porte de Bagdad, située au sud-est de l’ensemble fortifié, apparut pour la première fois l’arc brisé, tandis qu’un décor fait d’une succession de niches polylobées à défoncement profond se développa sur les parties hautes. Plus que par les ruines du palais d’al-Rachīd, orné d’une salle à muqarnas (stalactites), plus que par la Grande Mosquée (dont le minaret fut ajouté au xiie s.), la qualité de l’art de Raqqa se dévoile dans les nombreux chapiteaux en calcaire du début du ixe s. que les musées conservent. Mais c’est surtout par l’excellent travail des céramistes que la ville mérite de figurer dans l’histoire générale des arts. Ses ateliers, parmi les plus brillants de ceux de l’islām, travaillèrent sans relâche jusqu’à l’invasion mongole (1529). Ils revivront, après elle, en particulier à Ruṣāfa et à Damas.


La Syrie médiévale

Sous la domination seldjoukide, la Syrie connut un profond renouvellement de son milieu culturel. Au souvenir tenace des traditions omeyyades se joignirent des apports irakiens, iraniens et turcs. On ne construisit plus alors de nouvelles grandes mosquées, mais on restaura les anciennes : celle de Damas (1082), celle d’Alep* (1090, puis 1200). Un très beau minaret octogonal en brique, du xiie s., conservé à Maskana (Balis), pose cependant des problèmes. Le type monumental nouveau qu’était la madrasa (école, université) fut adopté avec enthousiasme, et les cités s’enorgueillissent encore d’en posséder de nombreux, aux plans variés. Les deux métropoles du Nord et du Sud, Alep et Damas, rivalisèrent alors, mais semblèrent s’opposer par le choix qu’elles firent des matériaux (pierre ou brique et bois), des couvertures (plafonds sur arc ou voûtes), du décor (sobre ou austère). Cette évolution, remarquable aux xie et xiie s., déboucha sur une sorte de classicisme à l’époque ayyūbide, classicisme qui se prolongea sous les Mamelouks. Les madrasa continuèrent à retenir l’attention des constructeurs, auxquels on doit cependant un chef-d’œuvre d’une ampleur exceptionnelle dans un tout autre domaine : la citadelle d’Alep, une des plus parfaites réalisations de l’art militaire mondial. Pourtant, alors, les grandes œuvres sont plutôt à chercher au Caire. En revanche, la Syrie excella dans des œuvres plus modestes (tombeau de Saladin à Damas) et dans la plupart des techniques artisanales : céramique, bois, tissus, etc. Parmi elles, la palme revient aux verres taillés, moulés, soufflés et surtout émaillés. L’émaillage, auquel on doit tant de jolies pièces, trouva son expression la plus originale avec les lampes de mosquées aux formes si particulières (école syro-égyptienne).


La Syrie ottomane

Sous la domination ottomane, à partir du premier tiers du xvie s., la Syrie, comme toutes les provinces de l’immense Empire turc, se mit à l’école de Constantinople. On n’y construisit pas, néanmoins, de grandes mosquées capables de rivaliser avec celles de la capitale, mais des monuments plus simples, à salle carrée sous coupole, flanquée de minarets cylindriques effilés, à balcons superposés. Plus heureux sont : les ‘imāret, animés d’un rythme puissant, complexes comprenant oratoire, cellules, cuisines, réfectoire pour les pèlerins de La Mecque (Takkiyya Sulaymāniyya de Damas, 1555) ; les innombrables caravansérails ; les résidences privées (palais ‘Aẓm de Damas, 1749) ; les souks (ceux d’Alep, refaits alors, sont considérés comme les plus beaux de l’Orient). L’influence ottomane se manifesta de même sur les arts mineurs. Les céramiques dites « de Damas » ne peuvent guère être différenciées de celles qui portent le nom d’Iznik.

J.-P. R.

 M. B. Van Berchem et E. Fatio, Voyage en Syrie (Le Caire, 1913-14 ; 2 vol.). / M. B. Van Berchem, Matériaux pour un Corpus inscriptionum arabicarum, 2e partie : Syrie du Sud (Le Caire, 1920-1949 ; 4 fasc.). / K. A. C. Creswell, Early Muslim Architecture, vol. 1 (Oxford, 1932). / E. Herzfeld, Matériaux pour un Corpus inscriptionum arabicarum, 2e partie : Syrie du Nord (Le Caire, 1954-1956 ; 3 vol.).

Syrie

En ar. Sūriya, état du Moyen-Orient.