Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

syphilis (suite)

Les gommes sont de gros nodules (grosseur d’une noix) évoluant vers la suppuration et l’ouverture. La gomme ulcérée a des bords taillés à pic, de contour tracé « au compas », et un fond recouvert d’un bourbillon jaunâtre très adhérent. La gomme du voile du palais peut aboutir à la perforation de la voûte palatine. Les gommes sont indolentes et sans adénopathies satellites (sans ganglions).

La leucoplasie s’observe sur la muqueuse buccale et peut être labiale, jugale, linguale. Elle est tantôt superficielle, faite d’un simple voile blanc bleuâtre, tantôt opaque, nacrée de surface « parquetée ». En vieillissant, elle tend à s’épaissir et à devenir verruqueuse. Dans 40 p. 100 environ des cas, elle n’est pas d’origine syphilitique, mais due au tabac, à l’alcool, à un appareil dentaire défectueux ou fait de métaux différents. De nature syphilitique ou non, elle nécessite une surveillance attentive dans la crainte d’une transformation maligne possible. Toute leucoplasie qui s’épaissit ou devient proliférante doit être rapidement détruite.

Le diagnostic des accidents cutanés muqueux tertiaires est cliniquement difficile. Les syphilides doivent être différenciées de la sporotrichose, de l’actinomycose et des sarcoïdes (v. lymphogranulomatose). Les gommes doivent l’être de la tuberculose, de la sporotrichose, de l’actynomycose, de la furonculose, de l’ecthyma, du cancer. La leucoplasie pose le diagnostic des leucokératoses non syphilitiques, du lichen et du muguet (moniliase). Le diagnostic de ces divers accidents tertiaires peut être aidé par la coexistence d’autres manifestations du tertiarisme : aréflexie, signe d’Argyll Robertson, réflexes pupillaires anormaux, aortite. Sa confirmation ne peut être fondée sur la sérologie classique (négative dans 50 p. 100 des cas), mais sur le test de Nelson, toujours positif, ainsi que sur l’immunofluorescence.


Syphilis de l’appareil locomoteur

Dès la période secondaire, des périostites sont observables, avec douleurs nocturnes, mais l’atteinte osseuse est avant tout l’apanage du tertiarisme. Elle consiste soit en ostéites diffuses ou circonscrites, soit en ostéites hyperestosantes : ostéites des vertèbres (mal de Pott syphilitique), ostéites des doigts (spina-bifida syphilitique), ostéites faciales mutilant le nez, ostéites crâniennes pouvant simuler une tumeur, se compliquer de méningite ou de nécrose de la base du crâne, ostéites des membres, tantôt gommeuses, tantôt raréfiantes, cause de fractures spontanées et de pseudarthroses. Les atteintes articulaires prédominent au genou (tumeur blanche syphilitique) ; celles des muscles sont diverses (gommes, myosites scléro-gommeuses, myosites interstitielles, amyotrophie).

Toutes ces lésions évoluent insidieusement, cachées sous un tégument sain, et sont le plus souvent cause d’erreur ou de retard de diagnostic.


Syphilis viscérales et neurologiques

De toutes les atteintes profondes du tertiarisme sont seules à retenir actuellement la syphilis de l’aorte et la syphilis nerveuse. La syphilis aortique frappe soit la région juxtasigmoïdienne (près de la valvule sigmoïde de l’aorte), provoquant une insuffisance aortique, soit la crosse de l’aorte, entraînant un anévrisme. Mais l’origine syphilitique d’une aortite est assez rare. Elle ne peut être admise faute d’antécédents connus et de la positivité du test de Nelson. Le syndrome de Babinski-Vaquez concerne l’association de tabès et d’aortite. Le tabès lui-même, conséquence de la sclérose des cordons postérieurs de la moelle épinière, est devenu très rare. Il est exceptionnel d’observer le grand ataxique de la Belle Époque, souffrant de toute la série des accidents tabétiques : douleurs fulgurantes, arthropathies, crises viscérales... Les rares cas encore rencontrés sont frustes, fixes ou monosymptomatiques, réduits à une aréflexie, à un signe d’Argyll Robertson, à un test de Nelson positif.

Quant à la paralysie générale (P. G. ou maladie de Bayle), elle a presque disparu des hôpitaux psychiatriques. Les rares cas encore rencontrés concernent des sujets n’ayant pas été traités par la pénicilline au cours des deux premières périodes de la syphilis. Cette méningo-encéphalite diffuse comporte une dysarthrie (trouble de l’articulation des mots), un tremblement, des perturbations des réflexes, un affaiblissement psychique global (démence), des troubles du caractère et des réactions sérologiques positives dans le sang et le liquide céphalo-rachidien. Autrefois, la mort survenait en 2 à 4 ans. La malariathérapie (traitement par fièvre artificielle obtenue en inoculant la malaria [le paludisme]) de Wagner-Jauregg est capable de produire de longues rémissions. Cette pyrétothérapie a cédé le pas à la pénicilline, capable, elle aussi, de stabiliser l’affection.


Syphilis congénitale

La notion de syphilis héréditaire, tant redoutée il y a encore 40 ans, a disparu pour faire place à celle de syphilis congénitale. Seule une mère syphilitique peut mettre au monde un enfant malade. La contamination du fœtus s’opère vers le 5e mois de la grossesse et souvent très près du terme.

La grande syphilis néo-natale floride est rare, mais elle est riche en symptômes cutanéo-muqueux, viscéraux et généraux : lésions bulleuses palmo-plantaires (pemphigus syphilitique), syphilides cutanées du type secondaire, syphilides muqueuses fissuraires, périorificielles, hépatomégalie (gros foie), splénomégalie (grosse rate), érythroblastose, thrombopénie. L’état général est profondément touché, et le pronostic très grave. Plus souvent, la syphilis précoce est cliniquement discrète (rhagades des commissures labiales, ostéochondrite) avec sérologie positive.

La syphilis héréditaire tardive de la seconde enfance est due à la méconnaissance de la syphilis maternelle latente ou à une insuffisance du traitement préventif pendant la grossesse.

Elle est plus sérologique que clinique. Des nombreuses manifestations, ou dystrophies, jadis rapportées à tort à la syphilis, il convient de retenir toutefois la kératite interstitielle, les ostéopériostites, la surdité, certaines altérations des incisives et plus rarement le tabès infantile.