Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

sylviculture (suite)

La sylviculture, et en cela elle se distingue de l’agriculture, concerne non des productions annuelles, mais des productions échelonnées sur 30, 50, 100, 200 ans ; il faut attendre et prévoir, il faut travailler pour les générations suivantes ; tout cela est lourd de conséquences. Une autre particularité est l’incorporation du revenu au capital : il est difficile d’enlever juste l’accroissement de la période qui s’est écoulée depuis la dernière coupe, puisqu’il s’agit d’anneaux ligneux emboîtés et jointifs ; d’où des abus possibles (capital sacrifié) ou des mesures excessivement prudentes et conservatrices (accumulation de matériel sur pied).

La sylviculture subit profondément l’influence de l’origine des forêts : celles-ci sont, pour la plupart, des résidus (très transformés) de la végétation forestière primitive, que l’on n’a conservés que sur les sols trop en pente, trop caillouteux, trop humides, trop infertiles : la forêt tire, certes, le meilleur parti de ces terres, mais elle est loin d’être ce qu’elle serait sur les meilleurs sols voisins.


Aperçu historique

La sylviculture primitive consistait surtout à prendre les produits utiles et désirés ; il y avait abondance relative des forêts, et la sélection était surtout négative. Peu à peu il apparut que cette « économie de récolte » ne convenait plus et qu’il fallait penser à la perpétuation de la forêt et à l’amélioration de ses facultés productrices. Au xviiie s., simultanément, des Français et des Allemands firent avancer la science forestière. Ensuite, les professeurs de l’École nationale des eaux et forêts de Nancy (créée en 1825) établirent une doctrine, aujourd’hui parfois quelque peu contestée, mais qui eut le mérite de restaurer des forêts fort dégradées et d’accorder son importance à l’écologie. Les grands noms de la sylviculture française sont G. Bagneris, L. Boppe, C. Broillard, A. Jolyet, G. Vaulot, A. Gurnaud, A. Mathey, H. Perrin.


Relations de la sylviculture avec diverses sciences ou techniques

• Avec la climatologie. La présence et la bonne croissance des essences dépendent étroitement du climat régional en fonction des facteurs d’action permanente (insolation) et des facteurs d’élimination (dépassement de seuils critiques : gels). Mais il faut surtout considérer le climat stationnel (mésoclimat [celui d’un demi-hectare par exemple]) et le microclimat (sous le couvert). La photologie influence particulièrement la sylviculture, puisque le premier résultat de toute coupe est d’augmenter la lumière et de modifier également la composition des radiations qui parviennent au sol et aux jeunes plants ou, latéralement, aux feuillages des arbres adultes.

• Avec la botanique systématique. Les relations sont évidentes en ce domaine.

• Avec la génétique. Le sylviculteur fait la chasse aux races inadaptées ou mal conformées. Il recherche les lignées les plus robustes, les plus résistantes aux divers ennemis ou les plus prolifiques. Il sélectionne des arbres d’élite pour récolter leurs graines ou des arbres + (arbres plus) pour prélever sur eux des greffons.

• Avec l’écologie végétale ou animale. La forêt est un milieu vivant complexe ; toute action du sylviculteur (comme aussi l’action du berger et de son troupeau ou celle de l’ingénieur qui ouvre une route, ou même celle du promeneur) retentit sur le milieu, l’améliore ou le détériore. La forêt est l’objet d’équilibres, les uns stables ou réversibles, les autres précaires ; certains même ne sont pas réversibles. Les forestiers ont été des précurseurs en écologie, des écologistes sans le savoir.

• Avec la phytogéographie et la phytosociologie. Toute forêt est un être multiple, complexe.

• Avec la physiologie et la phénologie végétale. Ces sciences étudient les mécanismes de circulation de la sève, de développement des bourgeons, de l’élongation des rameaux, de la chute des feuilles.

• Avec la zoologie (Oiseaux, Insectes, etc.).

• Avec la pathologie. Contre les Champignons qui attaquent les arbres, il faut savoir lutter, rarement par des traitements chimiques, qui sont trop coûteux, mais le plus souvent par la sélection rapide (si possible dès que les premiers signes ont été décelés).

• Avec la science du sol (géologie, géomorphologie, lithologie, minéralogie, pédologie...). Le sol agit sur la forêt, et la forêt agit sur le sol.

• Avec l’hydrologie.

• Avec la pédozoologie, la pédomicrobiologie et la mycologie. Ces sciences ont des applications sylvicoles importantes.

• Avec la dendrométrie (qui étudie les lois de la croissance des arbres, indépendamment des conditions). Les arbres font l’objet de mensurations (longueur, diamètre et circonférence du fût, épaisseur des cernes annuels, épaisseur et volume, proportion d’écorce, etc.). Le dendrologiste se sert aussi du calcul statistique pour jauger la valeur de ses mesures. Pour cela, il étudie des placeaux échantillons de peuplement, par exemple avec le relascope de Bitterlich. Il dresse des tables de production.

• Avec la technologie (propriétés mécaniques, physiques, chimiques des divers bois ; leur résistance aux Insectes, aux Champignons). Le sylviculteur établit donc le choix des essences à favoriser, l’âge d’exploitabilité, la périodicité des éclaircies (à moins que ce ne soit le technologiste qui soit obligé de tirer le meilleur parti des bois que lui a procurés le sylviculteur !).

• Avec la photographie aérienne.

• Avec l’esthétique paysagiste. Souvent, le forestier a eu la préoccupation de maintenir ou de recréer une certaine beauté. Le besoin de décor paysager est devenu un accessoire important de la production ligneuse et parfois même s’est substitué à cet objectif traditionnel. Les citadins, promeneurs et touristes attendent ou des fûts élancés ou parfois, au contraire, un paysage sauvage.