Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Sun Yat-sen (suite)

De retour à Canton, Sun Yat-sen entreprend de constituer une base révolutionnaire restreinte en se servant des « seigneurs de guerre » cantonais et assume la présidence d’un gouvernement militaire (sept. 1917). Mais il perd dès mai 1918 tout pouvoir au sein de cette alliance douteuse, dont il fut un temps le « Grand Maréchal », et repart pour Shanghai (Chang-hai) en 1919. C’est là qu’il assiste au « Mouvement du 4 mai 1919 », qui marque un tournant décisif dans l’histoire de la Chine contemporaine. Les étudiants de Pékin protestent ce jour-là contre les décisions de la conférence de la Paix à Paris, qui remettent au Japon les anciens privilèges allemands en Chine. Le mouvement s’étend bientôt à tout le pays. Pour la première fois, un puissant courant populaire met en cause avec vigueur les défenseurs de l’ordre ancien et les puissances étrangères. Pour la première fois aussi, l’intelligentsia, le prolétariat et la bourgeoisie urbaine font cause commune. Sun ne tardera pas à percevoir quelles nouvelles voies s’ouvrent désormais à la révolution chinoise.


Une politique nouvelle

Sun est de nouveau à Canton en 1920 grâce à l’alliance avec le seigneur de guerre local, le général Chen Jiongming (Tch’en Kiong-ming), et se fait élire le 5 mai 1921 président de la République. Canton devient alors la première expérience chinoise de gestion municipale sur une base démocratique. Une fois de plus, son « allié » se retourne contre lui (juin 1922), et Sun revient à Shanghai, où le parti communiste, malgré sa faiblesse numérique et sa jeunesse — il a tout juste un an —, s’affirme déjà une force politique. Des contacts s’établissent. Sun n’est pas indifférent à la Révolution russe et à la décision du gouvernement soviétique de renoncer aux « traités inégaux ».

En janvier 1923, à la veille de se réinstaller à Canton, il signe à Shanghai avec l’envoyé officiel de Moscou une déclaration précisant sur quelles bases l’U. R. S. S. accordera son appui au Guomindang. Cette fois, il ne négligera ni la jeunesse intellectuelle, ni le mouvement paysan, ni le mouvement ouvrier. Cette nouvelle politique se fera en collaboration avec les communistes chinois et avec le soutien de l’U. R. S. S. Mikhaïl Borodine devient le conseiller politique de Sun Yat-sen. Le Guomindang, dont le premier congrès national se réunit à Canton en janvier 1924, est alors réorganisé suivant un modèle léniniste. Une académie militaire présidée par Tchang Kaï-chek* est fondée à Huangpu (Houang-p’ou). Canton se transforme bientôt en une véritable base révolutionnaire de mieux en mieux contrôlée par des milices syndicales. À la fin de l’année 1924, Sun quitte Canton via le Japon pour négocier avec le nouveau maître de Pékin, le général Feng Yuxiang (Fong Yuh-siang), qui affirme vouloir favoriser les forces de progrès et qui a proposé la réunion à Pékin d’une conférence de restauration de la Chine. Le 12 mars 1925, il meurt sans avoir réussi à mener à bien l’unité nationale qu’il souhaitait réaliser.

Premier homme d’État moderne de la Chine, Sun Yat-sen a été profondément marqué par son empirisme : il a fini par s’appuyer sur les forces organisées du monde du travail après avoir cru que la bourgeoisie des villes était capable de diriger la révolution et par dénoncer l’impérialisme des puissances après avoir rêvé de parlementarisme à l’occidentale. De même, les « Trois Principes du peuple », qu’il invoquera toujours, prennent sur le tard une autre signification : le nationalisme auquel il fait référence s’oppose à l’« impérialisme occidental », la suppression du militarisme est le préalable indispensable à toute évolution démocratique, et le « bien-être du peuple » prend à la fin de sa vie l’aspect du « socialisme ».

C. H.

➙ Chine.

 L. Sharman, Sun Yat-sen. Its Life and its Meaning (New York, 1934 ; nouv. éd. Stanford, 1968). / M. B. Jansen, The Japanese and Sun Yat-sen (Cambridge, Mass., 1954). / J. Chesneaux, Sun Yat-sen (Club fr. du livre, 1959). / H. Z. Schiffrin, Sun Yat-sen and the Origins of the Chinese Revolution (Berkeley, 1968).

superfluidité

Terme introduit initialement pour désigner l’écoulement sans viscosité de l’hélium liquide dans des fentes ou des tubes très étroits, au-dessous d’une température de 2,17 K, appelée point lambda et notée Tλ.


À cette propriété sont reliés d’autres phénomènes découverts en U. R. S. S. ou en Grande-Bretagne entre 1936 et 1941, tels que :
— la possibilité pour l’hélium de s’élever le long des parois d’un récipient pour s’écouler dans un récipient inférieur ;
— la création d’un jet par chauffage de liquide situé au-dessus d’une poudre très fine (« effet fontaine ») ;
— l’existence d’un écoulement agissant sur une petite hélice placée à l’entrée d’un tube fermé à l’autre bout et dans lequel on apporte de la chaleur.

Ces phénomènes constituèrent un ensemble de propriétés mystérieuses jusqu’à ce que, en 1941, le Soviétique Lev Davidovitch Landau (1908-1968) propose, pour les expliquer, un modèle dit modèle à deux fluides, se traduisant par les équations constituant la base de la thermohydrodynamique de l’hélium liquide ; au-dessous de 2,17 K, l’hélium liquide se comporte comme s’il était formé de deux fluides : le superfluide, qui a perdu toute viscosité et toute entropie, et le fluide normal, qui possède encore ces deux propriétés. La masse volumique du superfluide, ρs, celle du fluide normal, ρn, et celle du fluide total, ρ, sont liées par ρs + ρn = ρ. Écrivant cette relation ainsi qu’une relation de conservation de la masse pour le fluide total, une relation pour l’accélération du superfluide sous l’action des gradients de pression et de température, le théorème de la quantité de mouvement pour le fluide total et enfin la relation de conservation de l’entropie, Landau prévoit alors l’existence de deux modes distincts de propagation des ondes : l’un, le premier son, dans lequel les deux fluides oscillent ensemble à la même vitesse et qui ne se distingue en rien du son ordinaire dans un liquide ; l’autre, le second son, dans lequel les deux fluides oscillent en opposition de phase, l’un transportant de la chaleur et l’autre pas, et dont la célérité de propagation c est donnée par

où T est la température, S l’entropie spécifique et Cv la chaleur spécifique à volume constant.