Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

sulfamides

Médicaments chimiques préparés par synthèse et caractérisés par un groupement soufré et aminé (SO2NH2), dénommé groupement sulfamide, par analogie avec le groupement amide (CONH2).


Les sulfamides fournissent à la thérapeutique trois familles de médicaments : des antiseptiques chlorés, plus généralement désignés sous le nom de chloramines ; des antibiotiques* antimicrobiens, ou sulfamides proprement dits ; des hypoglycémiants, utilisés dans le traitement du diabète sucré.


Les chloramines

Elles ont été introduites au cours de la Première Guerre mondiale, comme antiseptiques, pour le lavage des plaies et pour là stérilisation de l’eau de boisson ; elles agissent par libération de chlore ; la chloramine T libère un atome d’oxygène par molécule de chloramine. Ces médicaments d’application uniquement locale sont employés en dermatologie, gynécologie, etc.


Les sulfamides antimicrobiens

Découverts par G. Domagk, ils ont été introduits en thérapeutique en 1935 à la suite des travaux de Constantin Levaditi (1874-1953) et de Vaisman d’une part, de Jacques Tréfouël (né en 1897), de Thérèse Tréfouël (née en 1892), de Frédéric Nitti (1905-1947) et de Daniel Bovet (né en 1907) d’autre part. Ils se différencient des chloramines par le fait qu’ils peuvent être administrés par voie générale, buccale le plus souvent. Dès le début du xxe s. (Paul Ehrlich et Sahachiro Hata, 1904 ; Charles Nicolle et F. Mesnil, 1906), l’attention avait été attirée sur le pouvoir antimicrobien de certains colorants diazoïques. Ces travaux aboutirent à la mise en évidence, en 1932, du pouvoir antibactérien de la sulfamidochrysoïdine, qu’on utilisa durant une trentaine d’années dans les streptococcies, notamment dans le traitement de l’érysipèle. Dès 1935, il fut démontré que l’action antibiotique de ce colorant était indépendante de sa fonction azoïque colorante N=N, mais liée à un de ses métabolites, dérivé non colorant possédant un groupement sulfamide. L’utilisation en thérapeutique de deux d’entre eux, le para-amino-benzène-sulfamide, ou 1 162 F d’Ernest Fourneau (1872-1949), et le parabenzylaminophényl-sulfamide, donna des résultats spectaculaires dans le traitement des infections à germes pyogènes, les gonococcies (blennorragies), les méningococcies (méningites). Malheureusement les phénomènes de résistance des germes aux sulfamides, bientôt constatés, vinrent diminuer au bout de quelques années l’intérêt de ces nouveaux médicaments. Il en résulta une prolifération de médicaments sulfamides, étudiés en vue de la lutte contre le phénomène de résistance, mais également dans le dessein d’en étendre le spectre antimicrobien. On admet que l’action antibiotique des sulfamides serait due à l’acide para-amino-benzoïque provenant de leur métabolisme, qui viendrait, par analogie de structure, bloquer un des constituants nécessaires à un processus enzymatique intervenant dans le développement des bactéries.

Gerhard Domagk

Biochimiste allemand (Lagow, Brandebourg, 1895 - Burgberg, Forêt-Noire, 1964), célèbre pour sa découverte des sulfamides en thérapeutique anti-infectieuse en 1935. Il ouvrit ainsi l’ère de la chimiothérapie antibactérienne et obtint le prix Nobel de médecine en 1939, mais, déchu par Hitler, il ne put recevoir le prix qu’en 1947. Pendant les dernières années de sa vie, il se consacra à la chimiothérapie anticancéreuse.


Les sulfamides hypoglycémiants

Ils ont été introduits à la suite des travaux de Marcel Janbon (né en 1898), qui constata les propriétés antidiabétiques de certains sulfamides (1942). Ils ont, par la suite, pris une place importante dans la thérapeutique antidiabétique (v. diabète).

Actuellement, leur utilisation est en progrès constants ; par contre, celle des sulfamides antimicrobiens est fortement concurrencée par l’usage des antibiotiques fongiques ou synthétiques. Toutefois, si beaucoup de sulfamides ont dû être abandonnés par suite des phénomènes de résistance microbienne ou pour leur toxicité, l’industrie pharmaceutique prépare encore des sulfamides dont le spectre s’est étendu jusqu’à certains germes « Gram négatifs » ou que leurs caractères de solubilité, intervenant dans leur absorption au niveau de la muqueuse intestinale, rend précieux dans le traitement de nombreuses infections.

À côté des sulfamides, il faut mentionner les sulfones, chimiquement caractérisées par un groupement SO2 relié à deux noyaux cycliques (sulfones symétriques : diphénylsulfone ou D. D. S. [R—SO2—R′]) ou, d’une part, à un noyau cyclique et, d’autre part, à un noyau quelconque. Ces corps sont actifs contre les bacilles acido-résistants (tuberculose, lèpre), mais ils sont toxiques et difficiles à manier ; ils ont été détrônés par les antibiotiques fungiques.

R. D.

➙ Chimiothérapie.

sulfhydrylés (dérivés)

Composés renfermant le groupement sulfhydryle —SH.


Les thiols R—SH, les thiophénols Ф—SH, les thioéthers R—S—R′, Ф—S—R, Ф—S—Ф sont les analogues sulfurés des alcools, des phénols, des éthers-oxydes. Quelques-uns ont été signalés à l’état naturel (C2H5SH dans l’urine après un repas d’asperges). Les thiols et les thiophénols sont désignés du nom des alcools ou des phénols, dans lequel le suffixe ol fait place au suffixe thiol.
CH3—CH2—CH2SH : propane thiol-1.

Les thioéthers sont considérés comme sulfures du radical lié au soufre.
CH3—CH2—S—CH2—CH3 : sulfure d’éthyle.

Les thiols et les thiophénols résultent de la réduction des chlorures d’acides sulfoniques :
R—SO2Cl + 6 H → HCl + 2 H2O + R—SH ;
Φ—SO2Cl + 6 H → HCl + 2 H2O + Φ—SH.
Mais les thiols aliphatiques s’obtiennent plus facilement par action des monosulfures alcalins sur les éthers halohydriques :
RX + NaSH → NaX + R—SH.

Les thioéthers symétriques résultent de l’action des sulfures neutres sur les éthers halohydriques :
2 R—X + Na2S → 2 NaX + R—S—R.

Les thioéthers dissymétriques se forment dans l’action des éthers halohydriques sur les sels alcalins des thiols ou des thiophénols :
R—SNa + R′X → NaX + R—S—R′ ;
Φ—SNa + RX → NaX + Φ—S—R.