Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Suisse (suite)

Sophie Taeuber-Arp (v. Arp [Hans]), après avoir appartenu au mouvement dada*, fondé au cabaret Voltaire, à Zurich, en 1916, se consacre à la prospection des rythmes géométriques. Le Corbusier*, le célèbre architecte, est, avec A. Ozenfant, le promoteur du purisme*. Non moindre est la gloire de Paul Klee*, poète du signe et théoricien pénétrant, et celle d’Alberto Giacometti*, initiateur de la sculpture surréaliste.

L’apport des artistes suisses est important dans le domaine de l’abstraction géométrique, avec Johannes Itten (1888-1967), qui fut, comme Klee, professeur au Bauhaus* allemand avant d’en prolonger l’enseignement à la très féconde école d’Arts appliqués de Zurich, avec le peintre, sculpteur et architecte Max Bill (né en 1908), élève du Bauhaus et l’un des fondateurs du groupe Allianz, qui défendit l’art « concret » et dont firent partie Frijz Glarner (1899-1972), émigré aux États-Unis, et Richard Paul Lohse (né en 1902). C’est d’une géométrie complexe que jouent les sculpteurs Walter Bodmer (1903-1973) et Hans Aeschbacher (né en 1906). Le peintre Gérard Vulliamy (né en 1909), qui vit à Paris, passe vers 1934 de l’abstraction à une tendance surréaliste, domaine qui sera celui des objets de Meret Oppenheim (née en 1913).

Les artistes aujourd’hui les plus connus, dont beaucoup vivent à l’étranger et notamment en France, représentent un éventail de la plupart des tendances de l’art occidental actuel. Gérard Schneider (né en 1896) s’est révélé comme abstrait lyrique en 1945, date à partir de laquelle Wilfrid Moser (né en 1914) se consacre à ses peintures-assemblages, devenues plus tard des assemblages architectoniques. Longtemps designer graphique, le peintre Gottfried Honegger (né en 1917) fait servir l’ordinateur à une œuvre constructiviste. Robert Müller (né en 1920) traduit dans le fer et le bronze une vision organique imaginative et puissante, avec laquelle contrastent les machines bruyantes et dérisoires de Jean Tinguely* comme les hiératiques constructions mécanistes de Bernhard Luginbühl (né en 1929), également graveur réputé. Remarquables encore les tableaux-pièges de Daniel Spoerri (v. réalisme [nouveau]), les mannequins aux attitudes figées d’Eva Aeppli (née en 1925), le tachisme ambigu de Rolf Iseli (né en 1934), le bonheur pictural et les actions écologiques de Samuel Buri (né en 1935), les images froides et dilatées (pneus d’automobiles) de Peter Stämpfli (né en 1937), les volumes décoratifs en plastique de Pierre-Martin Jacot (né en 1941), les immenses dessins « hyperréalistes » d’Alfred Hofkunst (né en 1942). Dans le domaine plus confidentiel de l’invention néo-dadaïste, de la poésie graphique et de la recherche conceptuelle, parfois associées, se distinguent Diter Rot (né en 1930), André Thomkins (né en 1930), Markus Raetz (né en 1941).


L’architecture moderne

La construction a été active durant tout le xixe s., mais s’est limitée à des pastiches du néo-classicisme ou de la Renaissance. Le xxe s. s’ouvre avec les audaces mal acceptées de l’ingénieur Robert Maillart (1872-1940), pionnier du béton armé (dalles, arcs raidis, piliers-champignons), que l’on connaît surtout pour ses ponts, d’une légèreté inconnue auparavant. Karl Moser (1860-1936) fait appel à sa collaboration en 1911 pour les nouveaux bâtiments de l’université de Zurich ; le même architecte élèvera en 1926-27 l’église Saint-Antoine à Bâle, entièrement en béton.

Le Corbusier* a très peu construit en Suisse, et son cousin Pierre Jeanneret (1896-1967) encore moins. Mais son influence y sera grande, comme celle de Hannes Meyer (v. Bauhaus), un autre rationaliste qui travaillera surtout en Allemagne, en U. R. S. S. et au Mexique. La création à La Sarraz, en 1928, des C. I. A. M. (Congrès internationaux d’architecture moderne) favorisera le développement d’une architecture fonctionnelle mesurée dans sa conception, soignée dans son exécution, assurant aux écoles, hôpitaux, habitations collectives, un haut niveau moyen. Basé sur une recherche de formes « organiques », le Goetheanum du philosophe et pédagogue autrichien Rudolf Steiner (1861-1925), théâtre et université libre construit en 1924-1928 à Dornach près de Bâle, en béton apparent, est une étonnante réalisation d’architecture prospective.

En 1938-39, Hermann Baur (né en 1894) ouvre largement sur des espaces verts son école de plein air du Bruderholz, près de Bâle également. À Max E. Haefeli (né en 1901), Rudolf Steiger et Werner M. Moser sont dus le Kongresshaus de Zurich (1938-39, avec le concours de R. Maillart), l’hôpital cantonal de Zurich, commencé en 1942, et l’immeuble d’affaires « Zur Palme » (1969) dans la même ville. Max Bill édifie en Allemagne la Hochschule für Gestaltung d’Ulm, qu’il dirige de 1951 à 1956. L’ensemble d’habitations de Halen (1957), près de Berne, par l’Atelier 5 et Niklaus Morgenthaler, est un bon exemple d’utilisation de terrains en déclivité. Deux réalisations très remarquées ont été le Centre industriel Nestlé à Vevey (1960), par Jean Tschumi (1904-1962), et l’École des hautes études économiques et sociales de Saint-Gall (1964), par Walter Förderer (né en 1928), qui y a réalisé une importante expérience d’intégration des arts, avec le concours de grands artistes de l’école de Paris. À Max Schlup est dû le Palais des Congrès de Bienne (1961-1966). On citera encore les églises à tendance « brutaliste » de Justus Dahinden (né en 1925), architecte de la Ferro-Haus à Zurich (1971), l’école des Nations-Unies à Genève, par Jean-Marc Lamunière, le Lycée libre de Berne, par Daniel Reist, l’Asile communal de Viganello (1972), par Aurelio Galfetti, Flora Ruchat et Ivo Trümpy.

C. G.

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