Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Suisse (suite)

• Enfin, les problèmes de la protection civile ont vu croître leur importance avec l’avènement de l’ère nucléaire. Une loi de 1960 a prévu la constitution d’un « Office fédéral de la protection civile » chargé d’étudier et de faire appliquer la réglementation nécessaire. Le personnel est fourni essentiellement par les hommes de 50 à 60 ans libérés des obligations militaires. Une nouvelle loi du 20 mars 1972 tend à centraliser l’organisation antérieure dans le cadre d’une « Planification générale de la protection civile ». L’effort doit porter sur la réalisation d’abris individuels et collectifs (de façon à porter de 42 à 100 p. 100 en 1990 la proportion de la population disposant d’abris) ainsi que sur le recrutement et l’instruction du personnel nécessaire au service des abris (120 000 hommes en 1990), qui doit être fourni par des « volontaires » dégagés des obligations militaires.

• Le budget de défense représente environ le quart du budget fédéral. Étant donné l’importance croissante des armements, toutes les questions techniques, financières et commerciales posées par leur acquisition à l’étranger ou leur fabrication relèvent depuis 1968 d’un chef de l’armement (Rüstungchef). La part relative du budget de défense par rapport au P. N. B. est cependant en diminution, passant de 2,2 p. 100 en 1969 à 1,8 p. 100 en 1976. Pour 1977, ce budget s’élevait à 3 041 millions de francs suisses, dont environ 8 p. 100 au titre de la défense civile.


Les forces armées helvétiques

À partir d’un noyau de 6 500 militaires de carrière et de 36 000 recrues, les forces armées helvétiques peuvent, en 1975, mettre 625 000 hommes sur pied en quarante-huit heures. Les 536 000 hommes de l’armée de terre seraient répartis entre 3 corps d’armée de manœuvre (comprenant chacun 1 division d’infanterie, 1 division frontalière et 1 division blindée), 1 corps d’armée de montagne (3 divisions) et 23 brigades frontalières, de forteresse ou de réduit. Ces unités sont dotées de chars « Centurion » britanniques, « AMX » français et, depuis 1971, d’un char dit « Panzer 1961-1968 », de fabrication helvétique.

L’aviation, qui n’a acquis son autonomie qu’en 1936, dispose d’environ 345 appareils de combat (dont 150 « Venom FB 50 », 55 « Mirage III » et 140 « Hunter F 58 »), servis par 46 000 hommes à la mobilisation. Parmi les unités, seule une « escadre de surveillance » est opérationnelle en temps de paix. Pour préserver sa neutralité, la Suisse s’est toujours efforcée de diversifier les origines de ses appareils militaires ou de les construire elle-même, éventuellement sous licence. 2 bataillons de 32 missiles « Bloodhound » participent à la défense antiaérienne.

B. de B.


Les littératures de la Suisse


Littérature d’expression allemande

Le premier apport culturel notable d’un territoire faisant partie aujourd’hui de la Suisse alémanique devance de plusieurs siècles le pacte politique constitutif de 1291. Du ixe au xie s., le couvent de Saint-Gall* apporte une contribution décisive à l’édification d’une nouvelle civilisation européenne. C’est là que nous trouvons une des premières épopées occidentales modernes (le chant latin de Walthari), la première prose scientifique allemande née de traductions du latin, ces chefs-d’œuvre poétiques (latins) que sont les séquences de Notker (v. 840-912) et, sans parler des chroniques du règne de Charlemagne, cet embryon d’un théâtre sacré que représentent les tropes de Tuotilo. Plus tard, c’est dans un couvent argovien (Muri) qu’on retrouvera le premier mystère pascal allemand, et à Saint-Gall le premier mystère de Noël (fin du xiiie s.). L’ère du Minnesang est riche en poètes alémaniques. Le chevalier zurichois Rüdiger Manesse († 1304) semble être à l’origine de la célèbre anthologie dite « de Heidelberg ». En Suisse, la tendance au réalisme se manifeste d’emblée chez les plus marquants des poètes. C’est à Steinmar (xiiie s.) qu’on doit la première et combien épaisse chanson à manger et à boire des lettres allemandes. Le cycle (der Ring) de Heinrich Wittenweiler (début du xve s.) prononce, dans un contexte satirique et paysan, « rabelaisien » avant la lettre, un jugement sévère sur les mœurs de l’époque et sur les guerres dévastatrices. Mais l’histoire suisse s’ouvre par une suite de combats libérateurs. Le sentiment de leur valeur guerrière suscite dès le xiiie s. chez les Confédérés une suite de chants historiques, plus tôt venus et plus nombreux que dans les autres provinces de langue allemande.

Le xve s., grâce à la réunion des conciles de Constance et de Bâle aux confins de la Confédération, inspire les premiers humanistes d’origine helvétique, notamment Nicolas de Wil (Niklas von Wyle [v. 1410 - v. 1478]), traducteur de Pétrarque, de Boccace et d’Enea Silvio Piccolomini. Ce dernier, devenu le pape Pie II, parraine l’université de Bâle. La ville rhénane, où s’installent des imprimeurs de premier plan (Johannes Amerbach [v. 1445-1514], Johannes Froben [v. 1460-1527], devient un des hauts lieux de l’humanisme au nord des Alpes. Elle attire peintres, savants, écrivains, parmi lesquels deux noms brillent en lettres d’or : Holbein et Erasme. Les succès politiques s’expriment dans l’œuvre colorée des chroniqueurs qui inspireront, à la fin du xviiie s., l’œuvre monumentale de l’historien Johannes von Müller (1752-1809). Au xvie s., l’humanisme helvétique — rude, pédestre, itinérant et généreux — est représenté notamment par Thomas Platter (1499-1582), chevrier valaisan devenu directeur d’école et imprimeur de Calvin à Bâle (ses souvenirs sont un joyau de la littérature autobiographique), et surtout par Paracelse, l’une des figures les plus étonnantes de l’histoire de la médecine occidentale. Contrastant avec cet hérétique génial, le sage et doux Conrad Gesner (1516-1565) construit une œuvre encyclopédique (botanique, zoologie, bibliographie, étude comparative des langues européennes).