Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Suisse (suite)

L’horlogerie a été introduite en partant de Genève. Ce sont des Juifs alsaciens qui sont, pour une part, à l’origine de l’organisation du commerce. Le développement de l’horlogerie a créé un paysage très original, celui des hautes vallées urbanisées, bien que les villes aient plutôt l’aspect de très gros bourgs. Les vallées où l’industrie est absente restent des réservoirs de main-d’œuvre. Les mouvements de travailleurs migrants ont pris de l’ampleur. Seules les hautes terres se dépeuplent.

Toutefois, les difficultés éprouvées lors des crises mondiales, la concurrence des États-Unis et du Japon ont conduit à un changement d’orientation qui touche surtout le Jura du Sud. Ce dernier se tourne de plus en plus vers la production d’appareillage électrique et la photographie (Vallorbe, Sainte-Croix).

Les basses vallées. Ce sont le val Saint-Imier, le val de Travers, la vallée de Tavannes, le val de Ruz et le val de Balsthal. Les altitudes se situent autour de 700 m. Le drainage est, ici, subaérien, alors que dans les hautes vallées il est fréquemment souterrain. Les conditions thermiques accroissent les possibilités d’une agriculture intensive. L’estivage du bétail est une pratique courante, qui entraîne une dissociation de l’habitat : villages groupés dans la vallée et exploitations estivales dispersées sur les versants (métairies, vacheries).

Les conditions hydrauliques permettent l’installation d’usines électriques. Aussi l’industrie y est-elle plus diversifiée que dans les hautes vallées : horlogerie et cimenterie à Saint-Imier ; métallurgie à Tavannes ; poteries à Balsthal.

Les basses vallées permettent des liaisons avec l’intérieur du Jura et la France et sont les axes préférentiels pour les relations intrajurassiennes. Toutes sont parcourues par le chemin de fer. Par leurs conditions climatiques plus clémentes, et par leur diversification, elles annoncent la bordure orientale du Jura.

Le Vignoble. Il s’agit d’un gigantesque adret où l’ensoleillement peut dépasser 2 000 heures par an. Les conditions climatiques favorables sont à l’origine de deux activités importantes qui manquent au Jura des chaînes : la vigne et le tourisme.

Les sols de décomposition du calcaire conviennent à la culture. Malheureusement, les trop fortes pentes sont un obstacle à une exploitation rationnelle, et il a fallu y remédier en édifiant des terrasses. Les rendements dépassent 75 hl/ha. Dans le canton de Neuchâtel, la surface cultivée est de 600 ha, dans celui de Vaud, de 3 300 ha et dans celui de Genève, de 1 050 ha. Les cépages blancs l’emportent partout, et la vigne est généralement d’un bon rapport.

Quant au tourisme, il bénéficie, outre d’un climat clément, d’excellentes voies de communication, de sites magnifiques, de richesses historiques et architecturales considérables. Les sites lacustres ont déterminé l’essor de stations balnéaires. Neuchâtel, Bienne sont les grands centres du tourisme. Mais les villages viticoles attirent aussi un nombre croissant de visiteurs. C’est une publicité pour l’écoulement de la production vinicole.

L’industrie prend des allures plus variées (à Neuchâtel : horlogeries, chocolateries [Suchard], manufacture de tabac, constructions électriques).

Aussi n’est-il pas étonnant que le chapelet de gros bourgs et de villes du Vignoble rassemble des densités très fortes (500 hab. au km2).

La transition avec le Jura tabulaire s’opère par la région des Franches-Montagnes, que le géographe H. Gutersohn appelle le Jura des plateaux.

• Le Jura des plateaux. Il s’agit de la région située entre le val Saint-Imier et le Jura bâlois (région de Delémont). Ici, les plis sont moins visibles, car ils ont été attaqués par l’érosion : ils forment un plateau d’une altitude maximale de 1 000 m.

L’aspect général du paysage est celui de pâturages boisés. L’absence de relief, c’est-à-dire l’absence d’abri, détermine des conditions climatiques rudes. L’habitat, dans l’ensemble, est dispersé : chaque ferme est isolée au milieu de ses terres, groupant forêts, prés, pâturages et champs. Cette région a été le grand centre suisse de l’élevage du cheval. C’est une région assez isolée, par rapport au reste de la Suisse ; Delémont est la seule localité de quelque importance, mais elle appartient autant aux Franches-Montagnes qu’à l’Ajoie. Toutefois, l’attraction du Fossé rhénan et de Bâle s’intensifie.

• Le Jura tabulaire. D’altitude plus basse, il présente des conditions climatiques plus favorables. Le Jura tabulaire apparaît comme une vaste surface légèrement inclinée vers le sud ; les vallées sont, ici, les facteurs de régionalisation.

À l’ouest, l’Ajoie est quelque peu isolée. Les défrichements ont été importants et les vallées sont intensément utilisées. On y pratique l’assolement triennal amélioré. Les arbres fruitiers font leur apparition. L’habitat est groupé, par opposition à celui des Franches-Montagnes. Ces deux régions constituent des réduits francophones au sein du Jura bernois, qui est, lui, dans l’ensemble, germanophone. Un fort mouvement régionaliste s’est développé dans ces deux régions, qui refusent, selon le chef du Front de libération jurassien, « d’être une nation d’horlogers colonisée par un pays de fromagers » dont l’aboutissement pourrait être, à court terme, la création d’un 23e canton dans la Confédération.

La vallée de la Birse. Elle est le prolongement vers le sud de la plaine d’effondrement du Rhin supérieur. L’agriculture y trouve de bonnes conditions naturelles. Quelques ressources locales (minerai de fer de Delémont) expliquent l’ampleur du travail industriel dans les bourgs et petites villes. Mais les localités de la basse vallée constituent déjà la grande banlieue de Bâle.

Le Jura bâlois. Il va de la Birse jusqu’à Rheinfelden ; le plateau est découpé par cinq vallées confluentes. Le travail industriel domine : l’hydro-électricité a joué un grand rôle dans la naissance de l’industrie moderne. Liestal, chef-lieu du demi-canton Bâle-Campagne, est une ville industrielle. Olten, plus au sud, est un des grands carrefours ferroviaires de la Suisse. Mais l’influence de Bâle domine toute la région.