Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Suisse

En allem. Schweiz, en ital. Svizzera, État d’Europe.


Le milieu


Un carrefour de civilisations

La Confédération suisse, avec 41 290 km2 de superficie, est un des plus petits pays d’Europe. Pourtant, sa puissance industrielle et financière est énorme. La population s’élève à 6,3 millions d’habitants, ce qui représente une densité de 153 habitants au kilomètre carré, chiffre élevé lorsqu’on considère que plus de la moitié du pays est située à une altitude supérieure à 500 m. La progression démographique a été rapide. En 1850, la population ne s’élevait encore qu’à 2,4 millions d’habitants. De 1960 à 1970, elle s’est accrue de près d’un million d’habitants. Toutefois, ces dernières années, l’accroissement démographique est plus la conséquence de l’immigration que du croît naturel. En 1973, le taux de natalité se montait à 13,6 p. 1 000 et la mortalité à 8,8 p. 1 000. L’immigration, nécessité économique, deviendra peut-être une nécessité démographique. Elle se heurte à la résistance des milieux conservateurs, qui voudraient limiter l’arrivée des immigrants : cependant en octobre 1974, les deux tiers des Suisses se sont prononcés pour le maintien des immigrants.

Un coup d’œil sur la carte montre que la Suisse est une zone de dispersion hydrographique. Près des deux tiers du territoire font partie de la zone de drainage du Rhin. Le reste se partage entre les réseaux du Danube (Engadine), du Pô (Tessin) et du Rhône (Alpes bernoises, Valais, une partie du Jura, lac Léman). Quoi d’étonnant alors que les migrations aient mis en place des peuples aux parlers différents ? Cette situation de dispersion équivaut aussi à une situation de carrefour où se rencontrent les influences occidentales (françaises), méditerranéennes (italiennes), européennes centrales (allemandes et autrichiennes).

Près des trois quarts des habitants parlent allemand, un cinquième, français, près de 5 p. 100, italien et environ 1 p. 100, le rhéto-roman (romanche). La frontière linguistique, qui n’a guère varié depuis le haut Moyen Âge, court du nord au sud, passant au sud-ouest de Bâle, par le lac de Bienne, Fribourg, Gruyères et coupant le Valais en amont de Sion. L’italien est surtout parlé dans le Tessin. Le rhéto-roman est limité aux Grisons.

Le pluralisme religieux complique la mosaïque linguistique. Près de 53 p. 100 des habitants se rattachent au protestantisme. Dans les régions francophones, la religion réformée est la plus répandue. Dans les cantons germaniques protestants, le protestantisme est souvent de tendance luthérienne. Les catholiques représentent un peu plus de 45 p. 100. Les aires linguistiques et religieuses ne se recouvrent nullement, sauf peut-être dans le Tessin, où domine le catholicisme. Les juifs sont très peu nombreux. Au siècle dernier, la population protestante était, proportionnellement, plus importante. L’immigration italienne, au cours des dernières décennies, a modifié la répartition religieuse, si bien que des réactions xénophobes ont éclaté ces dernières années, surtout dans certains milieux conservateurs protestants qui craignaient d’être « submergés » par les immigrés méridionaux. Problèmes démographiques, linguistiques et religieux ne peuvent pas être dissociés.


Les données climatiques

Sur le plan de la circulation générale atmosphérique, la Suisse n’échappe pas aux facteurs généraux qui déterminent les climats européens, mais le relief introduit des nuances considérables. Aussi peut-on distinguer trois groupes de climats régionaux.

• Le Mittelland. À Berne (alt. 572 m), la température moyenne est de – 1,1 °C en janvier et de 18 °C en juillet. Les précipitations s’élèvent à 1 000 mm, avec un maximum de juin à août (juin, 118 mm ; juill., 116 mm ; août, 114 mm). Aucun mois n’a moins de 53 mm (févr.). L’ensoleillement annuel est de 1 759 heures, contre 1 693 à Zurich. Les étés sont donc relativement tièdes, les hivers, pas trop froids.

• Le Jura. Il présente des données de moyenne montagne. La dissymétrie avec le Jura français est évidente. Les sommets reçoivent plus de 2 m de précipitations, alors que le versant oriental est plus sec. Neuchâtel ne reçoit que 981 mm. Dans cette dernière station, la température de janvier est de 0 °C en moyenne, contre 18,4 °C en juillet. Les conifères apparaissent vers 800 m pour disparaître à 1 600 m d’altitude.

• Les Alpes. Du fait de l’importance des dénivellations, les Alpes présentent de grands contrastes saisonniers et diurnes. À Davos (alt. 1 588 m, Grisons), la moyenne thermique de janvier est de – 6,3 °C. Elle est de – 0,2 °C à Sion (alt. 548 m, Valais), de – 8,7 °C à Säntis (alt. 2 501 m, au sud de Saint-Gall), de 2,3 °C à Lugano (alt. 276 m). Par contre, en juillet, les chiffres sont respectivement de 11,6 °C à Davos, 19,6 °C à Sion, 5 °C à Säntis et 21,3 °C à Lugano. Dans le Sud, les influences méditerranéennes sont plus nettes. Quant aux précipitations, elles reflètent également une grande diversité : 2 480 mm à Säntis, 1 007 mm à Davos, 1 726 mm à Lugano, mais seulement 592 mm à Sion. Les vallées, bien exposées ou abritées, contrastent avec les massifs, qui sont de véritables châteaux d’eau. La vigne est encore cultivée dans le Valais. Mais ici plus qu’ailleurs, l’exposition (adret, ubac) joue un rôle déterminant. L’ensoleillement est également variable, mais ne désavantage pas systématiquement la haute montagne. Davos compte 1 666 heures d’ensoleillement par an, Säntis 1 880, contre 1 699 pour Neuchâtel, 1 672 pour Montreux, 1 971 pour Lausanne et 1 979 pour Genève. Saint-Moritz, avec 1 805, se place encore bien. Les stations du Tessin sont les plus favorisées : Locarno, 2 286 ; Lugano, 2 101.