Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

Suède (suite)

Appelé en Suède pour travailler au château royal, Guillaume Taraval, soucieux de trouver des aides, ouvre en 1735 un cours de dessin, transformé par la suite en Académie des beaux-arts. Taraval et le sculpteur J. P. Bouchardon (qui lui succède à la tête de l’Académie) jouent un rôle dans la formation des portraitistes Johan Pasch (1706-1769), Per Krafft (1724-1793) et Lorens Pasch (1733-1805). Per Hilleström (1733-1816) est un peintre de genre et d’histoire, et Elias Martin (1739-1818) le premier paysagiste suédois. À la fin du siècle apparaît l’un des meilleurs portraitistes européens de l’époque, Carl Fredrik von Breda (1759-1818), qui se met à l’école de Reynolds et de Gainsborough.


Le xixe siècle

Au début du siècle, l’influence de la France est supplantée par celle de l’Allemagne et par l’attraction des idées romantiques, puis une prise de conscience nationale se produit. Artur Hazelius fonde à Stockholm, en 1872, le Nordiska Museet (vie paysanne, arts décoratifs, choix des peintures murales populaires de Dalécarlie) et, en 1891, le musée en plein air de Skansen, lui aussi consacré au folklore (reconstitution d’une église, de fermes, d’ateliers et de maisons anciennes).


Architecture

Elle est marquée d’abord par l’éclectisme, avec quelques réussites dans le domaine néo-classique (Frederik Blom, 1781-1853). Puis un style scandinave s’élabore, inspiré par l’architecture ancienne de bois et de brique. Les restaurations de Helgo Zettervall (1831-1907) font de celui-ci le Viollet-le-Duc suédois. Le Nordiska Museet (1889-1907) d’Isak Gustaf Clason (1856-1930) accuse des réminiscences berlinoises et munichoises ; en 1900, dans sa banque de Scanie à Stockholm, Gustaf Wickman (1858-1916) combine une décoration raffinée à des formes puissantes, ramassées comme pour lutter contre un climat hostile.


Sculpture

Johan Niklas Byström (1783-1848) tente de rivaliser avec Thorvaldsen* ; Bengt Fogelberg (1786-1854) dresse de colossales figures du panthéon nordique. Puis des artistes comme Johan Petter Molin (1814-1873) et Per Hasselberg (1850-1894) parviennent à un art plus souple.


Peinture

Elle s’inspire de l’école davidienne, du romantisme allemand, voire, chez un Olof Johan Södermark (1790-1848), portraitiste de Stendhal, du souvenir des maîtres italiens.

À partir de 1875 environ, les peintres suédois viennent de nouveau très nombreux étudier à Paris. Alfred Wahlberg (1834-1906) trouve au contact de l’école de Barbizon de quoi résister à un académisme envahissant. Contre celui-ci se forme en 1886 une Ligue des artistes (Konstnärsförbundet), qui, malgré les persécutions dont elle est victime, favorise l’essor d’une remarquable école suédoise. Les œuvres visionnaires que Carl Fredrik Hill (1849-1911) et Ernst Josephson (1851-1906), d’abord proches de l’impressionnisme*, ont produites après avoir été atteints de troubles mentaux inspireront certains artistes du xxe s., de même que les marines « informelles » peintes par le dramaturge Strindberg*.

Carl Larsson (1853-1919) est un décorateur aimable, et Richard Bergh (1858-1919) un bon portraitiste, comme le peintre et graveur Anders Zorn (1860-1920). Karl Nordström (1855-1923) est le paysagiste de l’âpre côte du Cattégat, Bruno Liljefors (1860-1939) un peintre animalier. Enfin, Carl Wilhelmson (1866-1928) est parmi ceux qui ont le mieux exprimé la vie populaire suédoise.


Le xxe siècle

L’art contemporain, nuancé parfois de romantisme nordique, a progressivement obtenu droit de cité jusque dans ses hardiesses extrêmes. L’État sert aujourd’hui une pension à plus de cent artistes démocratiquement choisis par leurs pairs ; les commandes d’ordre monumental aux peintres et aux sculpteurs se multiplient ; l’Académie des beaux-arts et les musées jouent un rôle actif, et tout spécialement le Moderna Museet de Stockholm, dont Pontus Hultén a fait à partir de 1958 l’un des musées les plus importants d’Europe par l’intérêt de ses manifestations d’avant-garde.


Architecture

Ragnar Östberg (1866-1945) élève l’hôtel de ville de Stockholm (1911-1923), et Carl Bergsten (1879-1935) la galerie d’art Liljevalch à Stockholm (1916), que caractérisent légèreté et continuité spatiale. Les leaders de l’architecture fonctionnelle, bien acceptée dans un contexte d’idées sociales progressistes, sont Erik Gunnar Asplund (1885-1940 ; pavillons d’acier et de verre de l’Exposition de Stockholm, 1930 ; crématorium en forêt du cimetière sud de la capitale, 1935-1940) et Sven Markelius (1889-1972 ; salle de concert de Hälsingborg, 1932 ; Vällingby, ville satellite de Stockholm, à partir de 1953). On citera encore Osvald Almqvist (1884-1950), Sigurd Lewerentz (né en 1885), Nils Einar Eriksson (né en 1889), Nils Åhrbom (né en 1905), Peter Celsing (1920-1974)...


Sculpture

Un panthéisme puissant, servi par des formes simplifiées, caractérise l’art de Carl Milles (1875-1955), qui terminera sa carrière aux États-Unis. La tradition figurative est encore représentée par Christian Eriksson (1858-1935), Carl Eldh (1873-1954) et Gunnar Nilsson (né en 1904), installé en France dès 1928. Aux tendances avancées de la sculpture moderne appartiennent Christian Berg (né en 1893), Eric Grate (né en 1896), Bror Hjorth (1894-1968), un « primitif paysan » également peintre, Bror Marklund (né en 1907), Arne Jones (né en 1914), membre du groupe des « concrétistes » (abstraction géométrique) de 1947, Asmund Arle (né en 1918) et Per Olof Ultvedt (né en 1927), auteur d’étonnants assemblages animés en bois.


Peinture

À un expressionnisme de la couleur ou de la forme se rattachent Carl Kylberg (1878-1952), Siri Derkert (1888-1973), également sculpteur, Nils Dardel (1888-1943), Isaac Grünewald (1889-1946), Sven Erixson (1899-1970), Evert Lundquist (ne en 1904), sans oublier le groupe des « peintres de Göteborg » (Ivan Ivarson, 1900-1939 ; Ragnar Sandberg, 1902-1972).

La tendance de l’art « concret » ou constructiviste est représentée par Otto G. Carlsund (1897-1948), proche de Theo Van Doesburg, à Paris, en 1930. Un groupe surréaliste se forme, auquel André Breton préférera toujours les féeries érotiques de Max Walter Svanberg (né en 1912). Depuis la Seconde Guerre mondiale se sont confrontés le groupe des « concrétistes » (Olle Bærtling, né en 1911), le groupe des « imaginistes » (Svanberg ; Carl Otto Hulten, né en 1916) et le « groupe Ouest » du Hongrois Endre Nemes (né en 1909), qui a ouvert à ses élèves de Göteborg les portes d’une prospection de l’imaginaire. Torsten Anderson et Gustaf Bolin (né en 1920) se sont révélés au sein de l’abstraction lyrique ou paysagiste, tandis qu’Öyvind Fahlström (1928-1976) et Carl Fredrik Reuterswärd (né en 1934) ont fait éclater les concepts traditionnels de l’art avec une force de décision qui leur vaut une notoriété internationale.

G. G.

 H. Cornell, Histoire de l’art suédois (en suédois, Stockholm, 1944-1947 ; nouv. éd., 1966 ; 2 vol.). / P. Grate (sous la dir. de), Trésors d’art suédois des temps préhistoriques au xixe siècle (Malmö, 1963 ; 2e éd., 1973). / O. Granath, Art suédois contemporain (Stockholm, 1974).