Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Suède (suite)

Cependant, à partir des élections du 20 septembre 1964, la social-démocratie suédoise semble s’essouffler. C’est que l’inflation atteint la Scandinavie et que la rançon fiscale du progrès social se fait plus lourde déjà ; la Suède n’apparaît plus alors tout à fait comme le pays des « enfants gâtés de l’Europe ». De plus en plus, les syndicats suédois se battent pour instaurer la « démocratie industrielle », et le « socialisme à la suédoise » révèle ses faiblesses. Cependant, malgré les attaques de l’opposition contre le Premier ministre Tage Erlander, les socialistes remportent une victoire d’une grande ampleur aux élections législatives du 15 septembre 1968 en occupant au Parlement 125 sièges (51 p. 100 des suffrages).

Le parti du centre, dirigé par Gunnar Hedlund, gagne 3 sièges, mais les communistes, victimes de l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie, perdent 5 des 8 sièges qu’ils détenaient précédemment. La division des partis bourgeois entre eux (centre et droite) explique en partie l’importance du raz de marée social-démocrate.

Après vingt-cinq années passées à la tête du parti social-démocrate et du gouvernement de la Suède, Tage Erlander se retire de la politique et, en octobre 1969, fait élire à ces deux postes son secrétaire particulier, Olof Palme, qui appartient à l’aile gauche du parti.

Le nouveau Premier ministre annonce aussitôt un train de réformes sous le slogan « Égalité » : resserrement de l’éventail des revenus par le moyen de la fiscalité, démocratisation de l’enseignement et de l’entreprise, modification du statut de la famille et suppression des entraves juridiques à la complète émancipation des femmes. Malgré ces mesures, au début de l’année 1970, il se heurte à une grave crise sociale et économique.

Le patronat, inquiet d’une fiscalité galopante et de salaires trop lourds, a vu ses bénéfices diminués en quelques années de 25 p. 100 : aussi des centaines d’entreprises ont-elles fermé leurs portes, ce qui provoque le chômage de 25 000 salariés. À partir de décembre 1969, des grèves sauvages dans les mines de fer de Kiruna, en Laponie, et qui durent jusqu’en février 1970, sont déclenchées sans l’accord des puissantes fédérations syndicales, les Landsorganisationen (LO). Elles entraînent dans le pays un vaste mouvement de solidarité et portent un coup très dur à l’image du socialisme suédois.

Les élections législatives du 20 septembre 1970 sanctionnent le recul de la social-démocratie, qui perd 5 p. 100 des suffrages et se retrouve à la nouvelle chambre unique avec 163 sièges sur 350 ; les partis bourgeois, à eux seuls, en comptent 170. Si Olof Palme, chef d’un gouvernement minoritaire, reste au pouvoir, il le doit au soutien des communistes, qui ont remporté 17 sièges.

Les sociaux-démocrates retrouvent les mêmes problèmes : hausse des prix, inflation, budget déficitaire, etc. Pour y remédier, ils adoptent une politique d’austérité qui prévoit la suspension de milliers de fonctionnaires (officiers, professeurs). Aussi, un long conflit éclate entre l’État et les fonctionnaires, leurs syndicats réclamant une augmentation de salaires d’au moins 20 p. 100, et bientôt le pays est paralysé (arrêt de la circulation ferroviaire, fermeture des écoles).

Pour éviter l’asphyxie de l’économie, le gouvernement, soutenu par les partis bourgeois, décide de réquisitionner les fonctionnaires et d’interdire toute grève durant une période de six semaines. Finalement, la crise est dénouée, et, en juin 1971, un accord est conclu dans l’industrie entre le patronat et les LO.

Craignant l’échéance électorale de septembre 1973, Olof Palme essaie, au début de l’année 1973, de faire aboutir un certain nombre de réformes sociales (assurance dentaire générale, allocations familiales et de chômage, subventions aux régions pauvres pour mettre fin au dépeuplement des campagnes, etc.). En outre, le gouvernement veut séparer l’Église luthérienne, Église officielle en Suède, de l’État, libéraliser la procédure du mariage et du divorce, et faire reconnaître l’union libre ; il propose aussi des mesures énergiques pour lutter contre l’insécurité dans les villes (en Suède, où le régime pénitentiaire est très libéral, la criminalité a doublé depuis dix ans). Une nouvelle Constitution, destinée à remplacer celle de 1809, est votée en première lecture en juin 1973.

Mais ces mesures prévues semblent aller contre un certain regain des idées conservatrices ; la fiscalité trop lourde, le chômage grandissant, le relâchement des mœurs, le dénigrement de l’armée, l’augmentation de la criminalité provoquent un revirement de l’opinion, et les élections du 16 septembre 1973, précédées la veille par la mort du vieux roi, Gustave VI Adolphe, et l’avènement de son petit-fils, Charles XVI Gustave, se soldent par un net recul de l’ensemble de la gauche et surtout des sociaux-démocrates.

Les deux blocs, partis bourgeois et partis de gauche, obtiennent un nombre égal de sièges (175) au Riksdag, ce qui gêne considérablement Olof Palme, à la merci d’un tirage au sort. Les sociaux-démocrates (43 p. 100 seulement des voix et 156 sièges) ne doivent leur maintien au pouvoir qu’aux élus communistes (19 sièges).

Le 28 février 1974, en deuxième lecture, le Riksdag, par 321 voix contre 20 (communistes plus un modéré) adopte la nouvelle Constitution qui entre en vigueur le 1er janvier 1975. La royauté est réduite à une fonction purement honorifique. Le Parlement est monocaméral (il l’est, en réalité, depuis 1970), les élections sont fondées sur la représentation proportionnelle, la majorité électorale est abaissée de vingt ans à dix-huit ans, le nombre des députés est fixé à 349, au lieu de 350, afin d’éviter la parité des blocs de gauche et de droite. En 1976, par ailleurs, une nouvelle législation du travail est adoptée, consacrant le droit d’intervention des travailleurs dans les décisions de l’entreprise.