Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
S

structuralisme (suite)

Actuellement, le courant structuraliste en linguistique apparaît comme historiquement dépassé par la linguistique générative*. Cependant, cette dernière s’appuie elle-même sur de nombreux acquis du structuralisme, en particulier dans la distinction théorique entre les concepts de compétence et de performance issus des concepts saussuriens de langue et de parole. La réelle remise en cause du modèle structural en linguistique semble, aujourd’hui, apparaître dans des disciplines proches de la linguistique, mais faisant appel également à d’autres données et à d’autres méthodes : par exemple, en psycholinguistique, en sociolinguistique ou encore dans le domaine de l’énonciation. En effet, ces différentes approches du problème du langage ont en commun de se poser d’abord une question fondamentale rejetée par la linguistique structurale : celle du sujet linguistique et de sa place non seulement « en langue », mais également dans le discours.

G. P.-C.

 F. de Saussure, Cours de linguistique générale (Payot, 1916 ; nouv. éd., 1972). / E. Sapir, Language. An Introduction to the Study of Speech (New York, 1921 ; trad. fr. le Langage, Payot, 1953) ; Linguistique (trad. de l’américain, Éd. de Minuit, 1968). / L. Bloomfield, Language (New York, 1933, nouv. éd., Londres, 1965 ; trad. fr. le Langage, Payot, 1970). / N. S. Troubetzkoï, Grundzüge der Phonologie (Prague, 1939 ; trad. fr. Principes de phonologie, Klincksieck, 1949). / L. Hjelmslev, Prolégomènes à une théorie du langage (en danois, Copenhague, 1943 ; trad. fr., Éd. de Minuit, 1968) ; le Langage. Une introduction (en danois, Copenhague, 1963 ; trad. fr., Éd. de Minuit, 1966). / Z. S. Harris, Methods in Structural Linguistics (Chicago, 1951 ; nouv. éd. Structural Linguistics, 1963) ; Mathematical Structures of Language (New York, 1968 ; trad. fr. Structures mathématiques du langage, Dunod, 1971) ; Notes de Cours (Éd. du Seuil, 1976). / K. Togeby, Structure immanente de la langue française (Copenhague, 1951 ; 2e éd., Larousse, 1965). / N. Chomsky, Syntactic Structures (La Haye, 1957 ; trad. fr. Structures syntaxiques, Éd. du Seuil, 1969). / A. Martinet, Éléments de linguistique générale (A. Colin, 1960 ; 2e éd., 1967) ; A Functionnal View of Language (Oxford, 1962 ; trad. fr. Langue et fonction, Gonthier, 1971). / I. I. Revzin, les Modèles linguistiques (en russe, Moscou, 1962 ; trad. fr., Dunod, 1968). / R. Jakobson, Essais de linguistique générale (trad. de l’anglais. Éd. de Minuit, 1963-1973/ 2 vol.). / J. Dubois, Grammaire structurale du français (Larousse, 1965-1969, 3 vol.). / É. Benveniste, Problèmes de linguistique générale (Gallimard, 1966). / A. J. Greimas, Sémantique structurale (Larousse, 1966) ; Du sens (Éd. du Seuil, 1970). / J.-J. Katz, The Philosophy of Language (New York, 1966 ; trad. fr. la Philosophie du langage, Payot, 1971). / G. C. Lepschy, La Linguistica strutturale (Turin, 1966 ; trad. fr. la Linguistique structurale, Payot, 1968). / G. Mounin, Histoire de la linguistique des origines au xxe siècle (P. U. F., 1967 ; 2e éd., 1970) ; la Linguistique au xxe siècle (P. U. F., 1973). / N. Ruwet, Introduction à la grammaire générative (Plon, 1967). / O. Ducrot et coll., Qu’est-ce que le structuralisme ? (Éd. du Seuil, 1968). / J. Lyons, Introduction to Theoretical Linguistics (Cambridge, 1968 ; trad. fr. Linguistique générale, introduction à la linguistique théorique, Larousse, 1970).


Quelques représentants du structuralisme en linguistique


Émile Benveniste,

linguiste français (Alep 1902 - Paris 1976). Professeur de grammaire comparée au Collège de France de 1937 à 1972, il s’inscrit dans le courant structuraliste du Cercle de Prague. Ses recherches s’orientent dans deux grandes directions : l’étude des langues indo-européennes et la linguistique générale. Origines de la formation des noms en indo-européen (1935) constitue un ouvrage capital dans l’histoire de la grammaire comparée des langues indo-européennes. L’auteur y définit la racine primitive comme un ensemble de trois éléments : consonne + voyelle + consonne. Dans ce même domaine d’étude, il faut citer également : Noms d’agent et noms d’action en indo-européen (1948), Hittite et indo-européen (1962) et le Vocabulaire des institutions indo-européennes (1969-70, 2 vol.).

Ses études de linguistique générale constituent une problématique du langage plutôt qu’une théorie globale. Dispersées en de nombreux articles, elles ont été rassemblées dans Problèmes de linguistique générale (1966-1974, 2 vol.).


Viggo Brøndal,

linguiste danois (Copenhague 1887 - id. 1942). Spécialiste des langues romanes, il est, avec Louis Hjelmslev*, le fondateur en 1931 du Cercle linguistique de Copenhague et en 1939 de la revue Acta linguistica, dont il signe le premier article du numéro 1, intitulé « Linguistique structurale ». Il s’est efforcé de « retrouver dans le langage les concepts de la logique tels qu’ils ont été élaborés par la philosophie depuis Aristote jusqu’aux logiciens modernes ». Pour cela, il faut ramener les catégories linguistiques à des relations fondamentales (symétrie, transitivité, connexité). Ses principaux ouvrages sont le Système de la grammaire (1930), Essais de linguistique générale (1943), les Parties du discours (1948), Théorie des prépositions, introduction à une sémantique rationnelle (1950).


Zellig Sabbetai Harris,

linguiste américain (Balta, Ukraine, 1909). Étudiant, puis professeur depuis 1947 à l’université de Pennsylvanie, il travaille d’abord à des études de linguistique descriptive dans une optique strictement bloomfieldienne. Poussant à leurs extrêmes conséquences les principes de l’analyse en constituants immédiats, il élabore la théorie distributionnelle (Methods in Structural Linguistics, 1951). La détermination des éléments linguistiques (phonème, morphème) et leur classification se font uniquement en fonction de leur position dans les énoncés, sans recourir au critère du sens. Dans ses ouvrages suivants (String Analysis of Sentence Structure, 1962 ; Discourse Analysis Reprints, 1963 ; Mathematical Structures of Language, 1968), Harris applique ses analyses aux structures de la phrase, ce qui l’amène à introduire dans son système la notion de transformation. Il propose également une méthode d’analyse du discours, en transposant au domaine du texte les principes distributionnels utilisés dans le cadre de la phrase.


André Martinet,