Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Strindberg (August) (suite)

Romans et nouvelles

S’il est avant tout dramaturge, sa production romanesque n’en est pas moins considérable. Ses romans et nouvelles lui ont permis d’exprimer ses idées, ses sentiments et ses griefs, et sont tout aussi bien le miroir de sa personnalité.

Parmi ses premiers écrits, la Saga d’Ån Bogsveig (1871) est un court récit tiré d’une vieille légende scandinave ; Fjärdingen et Svartbäcken (1877) est un recueil de nouvelles qui, nommé d’après deux quartiers d’Uppsala, évoque la vie à l’université. Mais le génie de Strindberg se révèle dans son premier grand roman, la Chambre rouge (1879), où l’auteur s’attaque aux divers milieux de la société de Stockholm et fait une critique sévère des institutions. Cet ouvrage brillant, à la manière naturaliste, étonnamment riche et varié, est suivi d’un Épilogue (1882), qui contraste par son optimisme. Avec le Nouveau Royaume (1882), Strindberg poursuit sa critique sociale osée, impitoyable et se moque presque ouvertement de ses propres adversaires. Au même moment, il commence à rédiger ses Destinées et contes suédois (1882-1894) ; il y met à profit son goût pour l’histoire et donne à chaque épisode dramatique la tournure personnelle de son style.

Dans les nouvelles groupées sous le titre de Mariés (première partie, 1884), il réagit vivement contre le mouvement d’émancipation féminine : la femme idéale est l’épouse et la mère. Et c’est pour avoir ridiculisé dans un des récits le dogme de la communion de l’Église suédoise qu’il est l’objet de poursuites judiciaires. La seconde partie de Mariés (1886) est précédée d’une préface virulente où s’affirme encore davantage sa polémique antiféministe. Cependant, les nouvelles intitulées Utopies dans la réalité (1884-85) sont la première expression littéraire de son socialisme. Au sein des Vivisections, qui sont des articles, des essais, des esquisses, il faut retenir le Combat des cerveaux (1887), qui évoque le pouvoir de suggestion que peut exercer un cerveau plus fort sur les autres, comme c’est le cas en politique, en littérature, en religion.

Strindberg prend pour cadre l’archipel de Stockholm et la vie des paysans dans Gens de Hemsö (1887), roman d’un humour tendre, aux peintures réalistes, et Gens de l’archipel (1888), recueil de nouvelles d’un style sobre, aux personnages bien campés. Puis sa pensée évolue dans le sens de la philosophie de Nietzsche : une nouvelle, Tschandala (1888), a pour héros le surhomme intellectuel dont rêve maintenant l’auteur. Et ce même idéal se retrouve dans le roman Au bord de la mer (1890), où se dresse le personnage aussi grandiose que méprisable de l’inspecteur Borg. Le Marais d’argent, enfin, nouvelle conçue dès 1890, mais terminée huit ans plus tard, reflète par sa psychologie et les descriptions l’âme tourmentée de l’auteur.

Après Inferno, Strindberg renouvelle ses thèmes ou la façon de les traiter, et sa production dramatique l’emporte d’ailleurs. Un ouvrage intitulé Baie de beauté, détroit de honte (1902) comprend nouvelles et récits de valeur sans doute inégale, mais empreints de symbolisme et de mystère. Les Contes (1903) sont de petits récits pleins de lyrisme écrits dans le style de H. C. Andersen. Un nouveau désir de critique sociale porte Strindberg à écrire les Chambres gothiques (1904), mais ce roman, qui se borne à reprendre des idées déjà exprimées, est mal accueilli par la critique. Strindberg rédige alors Drapeaux noirs (1904), roman au titre symbolique d’une tout autre portée, témoignage d’une haine démesurée et d’une indignation sans bornes. Le livre n’est pas publié avant 1907 à cause du scandale possible, mais il reste un des chefs-d’œuvre de Strindberg. Celui-ci compose ensuite ses Miniatures historiques (1905), récits qui prennent leurs sujets dans l’histoire, depuis l’Égypte ancienne jusqu’à la Révolution française, et Nouvelles Destinées suédoises (1906), où il concentre son effort sur la présentation de grands personnages. Deux nouvelles, enfin, s’imposent par leur modernisme : le Couronnement de la maison (1906) et le Bouc émissaire (1907) ; dans la première, l’auteur se sert du délire traumatique et, sous forme de monologue, fonde son récit (qui passe du rêve à la réalité) sur des expériences vécues ; la seconde, centrée autour des deux personnages principaux, est remarquable par la subtilité des analyses psychologiques, pourtant très dépouillées.


Une œuvre multiple

En marge des romans et des nouvelles, Strindberg est l’auteur de nombreux autres ouvrages en prose. Sa passion pour l’histoire lui fait publier le Vieux Stockholm (1880-1882) et l’Histoire du peuple suédois (1881-82). Il cherche à montrer que l’histoire d’un pays est celle de tout son peuple et non seulement celle des rois et des grands, et il va à l’encontre des méthodes suédoises traditionnelles. Citons par ailleurs la série d’articles intitulés la Mystique de l’histoire universelle (1903). Strindberg recueille le fruit de ses investigations scientifiques dans plusieurs volumes de chimie, de botanique et de sciences occultes. Auteur d’innombrables articles, Semblable et différent (1884) et les Vivisections (1887) notamment, il poursuit son activité de journaliste jusqu’à la fin de sa vie, faisant paraître Discours à la nation suédoise, l’État populaire et la Renaissance religieuse (réunis en 1910).

Ses Pantomimes de la rue (1883) sont de petits croquis impressionnistes ; ses Poèmes en vers et en prose (1883) inaugurent un style entièrement libre, presque révolutionnaire ; ses Nuits d’un somnanbule (1884) sont une introspection sous la forme poétique ; ses Jeux de mots et arts mineurs (1905) sont de merveilleux poèmes lyriques où abondent descriptions, impressions et pensées.

Avec Un livre bleu (1907-1912), Strindberg s’efforce, en premier lieu, d’apporter un commentaire à Drapeaux noirs ; il s’agit d’essais, souvent amers ou pessimistes, écrits jour après jour et publiés tels quels, qui montrent combien l’humeur ou l’opinion de l’auteur peut être changeante.