Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Strasbourg (suite)

Un foyer culturel prestigieux

Il existe une vieille tradition culturelle à Strasbourg : c’est un héritage rhénan, dû aussi au contact fertile entre deux civilisations. L’université de Strasbourg est une des plus complètes de France : elle compte une vingtaine de milliers d’étudiants, et la position de carrefour de la ville lui permet de s’ouvrir à toutes les influences. L’art a des racines profondes : les églises médiévales, la cathédrale, mais aussi les musées expriment les richesses accumulées par la ville et par sa bourgeoisie. La proximité de l’Allemagne a favorisé le développement de la musique. Grâce au conservatoire de musique, aux chœurs Saint-Guillaume, à la chorale de la cathédrale, à l’orchestre symphonique et au festival de musique, Strasbourg est une des villes les plus « musicales » de France et un « phare » de la civilisation française aux portes de l’Allemagne. L’Opéra du Rhin, regroupant les théâtres municipaux de Strasbourg, de Colmar et de Mulhouse, connaît cependant un démarrage laborieux : conçu dans un esprit de régionalisation de la vie culturelle par le ministère des Affaires culturelles, il doit desservir les trois principales villes d’Alsace. Le Centre dramatique de l’Est, devenu le Théâtre national de Strasbourg, effectue des tournées dans toute la France. Enfin, la Foire internationale contribue au rayonnement de la ville.

Ainsi, Strasbourg, à côté de sa puissance économique, présente un potentiel culturel varié, attirant des dizaines de milliers de touristes : l’hôtellerie a totalisé, en 1972, près de 700 000 nuitées, dont un tiers au profit des étrangers. Et la gastronomie alsacienne, qui trouve à Strasbourg son plein épanouissement, n’est pas le dernier élément d’attraction pour la grande cité des bords de l’Ill.

F. R.


L’histoire

Strasbourg entre dans l’histoire à l’époque d’Auguste, quand les Romains y établissent un camp : Argentoratum ou Civitas Argentoratensium. Ce « castrum », incorporé à la ligne de fortifications construite tout le long du Rhin par Drusus, occupe une situation stratégique particulièrement favorable, les voies militaires venant d’Italie, de Gaule et de Germanie se croisant en cet endroit. Des fouilles ont permis de reconstituer les murs d’enceinte de ce premier fort en forme de quadrilatère.

Des invasions germaniques ruinent à plusieurs reprises cette place forte, qui sert de quartier général d’abord à la IIe légion Augusta, puis à la VIIIe légion. Autour du camp se développe une agglomération civile dont de nombreux vestiges ont été retrouvés.

Deux routes principales passent alors à Argentoratum : celle qui vient de Bâle et celle qui se dirige vers Metz (Divodurum) par Saverne (Tres Tabernae). Au milieu du ive s., Argentoratum est une des principales places fortes de la Germanie supérieure, et l’historien Ammien Marcellin († v. 400) qualifie le lieu de ville (urbs).

En 352, la ville est détruite par les Alamans, mais dès 357 Julien l’Apostat, parti de Saverne dont il a restauré les fortifications, parvient à refouler les envahisseurs. Julien, devenu empereur, puis ses successeurs réorganisent les défenses de la cité, mais celle-ci ne peut résister à une nouvelle poussée des Barbares. Au début du ve s., elle est entièrement détruite lorsque Vandales, Suèves et Alains passent le Rhin (31 déc. 406).

La ville reparaît au vie s. sous le nom de Stratisburgo, ou Strateburgum (la « ville des routes »), que lui ont donné les Alamans, restés maîtres du pays après les tourmentes du ve s. Les Francs, après la bataille de Tolbiac (496), s’y établissent ; au vie s., Strasbourg est une des villes royales de la dynastie mérovingienne. Plusieurs souverains, dont Childebert II (575-596), y résident.

On ne possède aucun renseignement précis sur l’introduction du christianisme à Strasbourg. Si l’évêché paraît remonter à l’époque gallo-romaine, la première mention historique qui en est faite date du début du viie s., mais, dès cette époque, l’autorité des évêques sur la ville semble déjà bien établie.

Au milieu du viiie s., Strasbourg n’est encore qu’une agglomération de 1 500 âmes, vivant surtout de l’agriculture (vins, blé, bois). Avec Charlemagne, qui, en 775, dote les habitants du droit de négocier librement avec toutes les régions du royaume, s’affirme sa vocation commerciale. La cité, aux portes de laquelle Louis le Germanique et Charles le Chauve prêtent en 842 le « serment de Strasbourg » — dont les textes conservés constituent les plus anciens monuments des langues française et allemande —, est comprise dans le royaume de Lotharingie au traité de Verdun (843). En 870, le traité de Meerssen la rattache, comme le reste de l’Alsace, à l’Allemagne. Trois ans plus tard, Louis le Germanique confirme ses privilèges et augmente les pouvoirs de l’évêque (droit de battre monnaie).

Cette politique est poursuivie par ses successeurs, et, en 982, l’empereur Otton II attribue à l’évêque, qui devient le véritable souverain de Strasbourg, les pouvoirs de comte. Quatre grands administrateurs aident l’évêque dans ses fonctions : le schultheiss, chargé de la justice, le burgrave, chef des corporations de métier, le receveur fiscal et le maître des monnaies.

Ces fonctionnaires ou ministériaux seront à l’origine des familles patriciennes de la ville et ne tarderont pas à entrer en conflit avec le pouvoir épiscopal : évolution qu’accélère l’essor économique de Strasbourg. Les bourgeois aisés voudront, à leur tour, s’affranchir de la tutelle de l’évêque ; ils trouveront un appui auprès du pouvoir impérial, qui favorise l’autonomie des villes aux dépens des pouvoirs seigneuriaux. En 1119, Henri V allège les charges fiscales ducs à l’évêque, et une charte municipale, rédigée vers le milieu du siècle, restreint encore l’autorité épiscopale en matière de juridiction.